SENTIMENT DE LA DIGNITÉ SACERDOTALE
iimenl de notre dignité rende notre zèle plus ardent, notre charité plus active, notre fidélité plus courageuse, et si jamais survenoil une de ces tentations violentes où la foi la plus vive s'obscurcit , où le courage le plus ferme chancelle j si jamais il venoit un moment où nous vissions nos promesses, nos résolutions et tous les biens les plus chers d'un bon prêtre emportés et comme engloutis par l'oragej dans ce naufrage universel, qu'une pensée du moins survive et nous soutienne encore : voudrais-je à ce point avilir ma dignité et perdre mon honneur f
MâRQDES D'HCnULITE
DANS IIPÎ PRÊTRE.
Qu'il est difBcile, Messieurs, de concilier le sentiment dç notre dignité avec une humilité véritable ! Qu'il est à craindre que l'éclat dont la religion nous environne, la puissance qu'elle nous confie , l'autorité qu'elle assure à nos leçons ne servent d'aliment à notre vanité, et que nous ne détournions au profit de notre amour-propre un encens que la piété ne veut adresser qu'au Dieu dont nous sommes les ministres.
Nous avons beau reconnoître deux hommes en nous, établir entre l'homme du péché, dont nous déplorons les foiblesses , et l'homme de Dieu, dont nous exaltons le* privilèges, une distinction délicate j notre orgueil se plaît trop souvent à les confondre tous deux dans un même intérêt, ou plutôt c'est le premier qui lui est cher avant tout et en faveur duquel il réussit trop souvent à faire pencher la balance. Et voilà,
34o MARQUES d'humilité
Messieurs, le sujet des anxiéics d'un prêtre fidèle, de sesgénaisseraenls et de ses larmes. Il conuoîl les subiiiiiés de l'orgueil, il en redoute les surprises, il craint que cette maligne influence corrompant ses desseins,ses entreprises, ses vertus, ne le rende indigne de la seule récompense à laquelle il prétende, du seul regard dont il soit jaloux. Aussi, dans la juste défiance que lui inspirent la vue de tant de périls et le sentiment de sa foiblesse, son humilité se plaît à chercher des leçons près de la prudence,' de l'expérience el du savoir 3 et elle y trouve son appui le plus sûr comme son plus doux repos. En un mol, s'il est véritablement humble, un pré- Ire dans l'exercice de son zèle s'oublie luimême et consent à écouler les autres.
Travailler uniquement pour Dieu , ne chercher que sa gloire , ne se réjouir que pour lui des fruits de son ministère, comme s'attrister pour lui seul de sa stérilité , ambitionner non Teslime des hommes, mais leur amendement , non les témoignages de leur admiration , mais ceux de leur repentir^ ne voir enfin dans les âmes d'autre titre à notre affliction que leurs inclinations bonteuses , à notre empressement que leur loible&se, à nos sollicitudes que leurs pé-
DANS UN PRÊTRE. 3{r
rils, à noire respect que leurs vertus ; voilà^ Messieurs, ce zèle pur et clcsiniéressé qui dans un prêtre est toujours însé[>arablc d'une véritable humilité. Que scroit-ce, en effet, qti'un prélre qui se croiroit humble et ne joindroit pas cependant à l'exercice de son zèle cet oubli de lui-iuénie et cette entière abnéj^aiiun! Ce seroit un homme qui feroit tourner à son malheur les dons célestes eux-mêmes, appelleroit sur sa léte .TUant d'anathèmes qu'il répandrait sur ios autres de giàces et de béuédicllons, et s'enfonceroit d'autant plus avant dans la perdition qu'il travaillerait avec plus d'ardeur à détruire le rè^ne du péché et à ravir au démon ses conquéics. 11 auroit beau se féliciter des succès apparents de son ministère, des consulialions qui l'accablent, de la foule qui se presse autour de son tribunal, des innombrables auditeurs qui assiègent sa chaiie, des ap[)lauilissemenls dont on couvre ses leçous, si Dieu dans tout cet appareil, cesenjpressemenis et ces transports, ne voit au lieu du désir de sa gloire que l'intérêt personnel, que l'amour de» louanges, que les ai lificeset le triomphe de l'orgueil , que peut-il réserver au prêtre <jue séduisent ces inexcusables illusioa&y «inoQ sa colère et ses vengeancesP
3/^a MARQUES d'humilité
Hélas ! souvent peul-eLre il médite sur rhumililé , il en exalte les charmes, il s'attendrit quand on en ciie les exemples j il croit qu'il pourroit quelquefois y mêler les siens: ingrat, qui fait tourner conire Dieu même les dons qu'il a reçus de sa bontéj aveugle, qui, ne reconnaissant plus Jésus- Christ pour son chef, n'eniend plus les leçons ni de sa crèche^ qui lui parle tant d'humilité, ni de son Evangile, qui la rappelle à chaque page, ni de sa croix, son plus éloquent prédicateur!
Ah ! Messieurs , qu'un prêtre vérilablement humble a bien d'autres pensées, et qu'il est loin de rechercher l'encouragement de son zèle dans des espérances terrestres et de basses considérations! Que Dieu soit glorifié, que l'empire de Jésus-Christ s'étende et s'affermisse chaqvie jour, que la Religion, reprenant son éclat et ses droits, console ses enfanis de leur longue affliction et force ses ennemis de lui rendre les armesj que l'Eglise de France quitte les vêlements de son deuil et relrouve ceux de sa gloire j voilà l'objet des désirs d'un bon prêtre, de ses empressemenls , de ses sollicitudes j voilà les seuls iniérêis qui le touchent, les seuls biens dont sou cœur soit jaloux, les
UAKS UN PRÊTIVË. 343
seuls qo'il appelle sans cesse par ses vœux et par SCS soupirs; mais pour lui, traverser la vie ioconnu et oublié de tous, s'appliquaut aux fondions les plus humbles ^ portant à des devoirs de chaque jour une fidélité obscure et sans éclat, u'attendant que de Dieu seul l'encouragement de sou zèle et la récompense de ses travaux, c'est là le partage qu'il s'est choisij il y trouve son repos, sa consolation et sa joie. En s'enveloppant de ce silence, en se plongeant dans cette obscurité, en s'enfonçanl, pour ainsi parler, dans l'ombre du sanctuaire, vm prêtre est bien plus assuré de trouver Dieu, d'entendre sa voix, de jouir des communications de son amour. A-t-il d'autres biens à prétendre, et n'a-t-il pas appris de saint Augustin qu'un cœur est trop avare lorsque Dieu ne lui suflit pas?
Cependant s'il faut qu'il s'arrache à sa solitude et aux ténèbres dont le couvroit son humilité, si les besoins de la religion, et l'ordre de ceux qui ne peuvent lui parler sans qu'il entende la voix de Dieu même, le forcent enfin de paroître au grand jour, il obéit, et le zèlequileconsumeva, puisqu'il le faut, éclater au dehors, mais quand il en suivra les transports, quel oubli de lui-nié-
344 siAUQUEs d'uumîlïté
me et quel noble déiintércssemenl! Voyezle dans le sauii uibnnnl, oubiiani ses affaires, ses ciutles et ses goûls les pins innocents, pour se dévouer tout entier aux pécheurs, leur consacrer de longues journées et quelquefois les moments de son repos. C'est là que vous verrez se séunir autour de lui, et l'enfance si douce à cultiver, cila jeunesse f]ui donne tant d'alarmes, et l'homme faitdontil faut ré^^ler la prudence, et le vieillard auquel il faut «ipprendreà mourir; c'est là qu'il enicnd avec une patience égale, CL la présomplion que î icn n'arrête, et la pusillanimité que tout effraye, l'inconstance qui change loi! jours et l'obstination qui jamais ne cède, la tiédeur qu'il faut ranimer et la ferveur dont quelquefois il faut modérer les transports; c'est là que reçoivent un même accueil, et le riche que la loi fastueuse de ses bienséances poursuit quelquefois jusqu'aux pieds du sacré tribunal, et le pauvre qui pour y paroîlre et par hormeur pour Dieu, adéposé peutélre pour un moment les humbles livrées de l'indigence; ne craignez pas qu'il se laisse surprendre à l'éclat et au fasle dont les mondains environnent leurs dignités ou leurs richesses, qu'ils'applaudisse de leur concours, qu'il lire
PANS UN PRÊTr.F.. 34?
de leur confiance une vaniié puérile. Non, son noble clésinicrcssenicnt dcdai"ne ces misérables calculs et sVlève à de plus hautes pensées. Ce sonlpour Jui des àraes, ei c'est assez pour le remplir de soUiciludc cl d'effroi : des âmes rachetées par le àang de Jésus-Christ que ce Maître divin lui confie et dont il faudra rendre compte à son redoutable tribunalj des âmes que le démon essaye d'envelopper dans des filets plus déliés et plus subtils et dont il faut dissiper les illusions, combattre la mollesse, enflammer la charité, troubler la fausse paix, entraîner dans cette voie étroite et peu fiéquculée •qui seule conduit au salut : comment s'enorgueillir d'une confiance qu'accompagnent tant de devoirs et de péiils?
Ne craignez pas que les pauvres ne trouvent près de lui que la sévérité sur le front, l'impatience et l'ennui dans le langage, des observations froides, des questions sans intérêt, enfin dans les' exhortations et les conseils une dédaigneuse précipitation. Ce sont des âmesj ce litre seul les rend précieuses et vénérables à ses yeux j des âmes que le Sauveur chérit d'un amour spécial, et qui offrent avec lui des traits divins de rcsscmblauce : elles ont comme
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lui leurs opj>robres, dont ilfaui leuriuonirct le prix, leur calice dont il faut leur adoucir ramerlume, leur croix enfin dont il faut leur alléger le fardeau. Pour qui un prélre aura-l-il jamais un zèle plus ardent, de plus douces paroles, une affection plus tendre ?
Mais c'est surtout quand Dieu lui commande de mon 1er dans la chaire de vérité et de distribuer aux peuples le pain de la parole, qu'au milieu des élans de son zèle il garde piésenle à sa pensée la loi d'une humble et sainle abnégation.
Existeroit-il encore au milieu de nousmêmes, après tant de sévères et ineffaçables leçons, même après que, suivant la prédiction du prophète, le Seigneur, pour se venger des prélres qui refnsoient de rendre gloire à son nom, a publiquement maudit leurs bénédiclions et tourné pour eux la pompe de leurs solennités en opprobre et en ignominie^ existeroit-il encore des imitateurs de ces hommes qui, pleins d'euîmêmes et brûlant du désir des louanges, comploieut pour rien la vérité dont ils éloient les organes, et pour tout, l'intérêt de leur renommée, et voyoient dans l'avidilé des peuples qui se pressoient à leurs
DANS V^ PRÊTRE. ^y
leçons y non une consolation et un encouragement pour leur zèle , mais une spéculalion pour leur vaine gloire et des profils pour leur orgueil? Insensés! qui transfornioieul la chaire de vérité en théâtre et s'en éiablissoient eux-mêmes les acteurs, composant leurs gestes, leur visage et leur voix au gré des spectateurs dont ils meudioient les suffrages ; et , au lieu de loucher et de convertir les âmes, se bornaient à flatter des oreilles frivoles parleurs phrases apprêtées et leur vaine cadence. Ah! Messieurs, un prêtre 'fidèle ne connoît pas tous ces calculs d'une honteuse vanité j il sait avec le grand apôtre, que s'il s'attache aux éloijes des créatures, il n'est plus le serviteur de celui qui eu a commandé le mépris j qu'il lui importe peu d'être censuré par des hommes qui ne vivent qu'un jour, ab humano die, mais qu^le juge immortel est le seul dont il doit redouter la sentence. Il estime trop la vérité pour la vendre pour des louantes, et trop les dons du Sainl-Esprit pour en foire cet indigne trafic? et il faut qu'où lui montre pour prix de Sits leçons, non de l'admiration, mais des remords, non des applaudissements, mais des larmes, non des éloges, mais des vertus.
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. Cependanl , Messieurs , riiumililé qui ennoblit le pre.ire par cet oubli de luimême et celte généreuse abné;5aiion , règle aussi son zèle par la prudence, eu lui inspirant une sage et modeste déférence pour les conseils. Que la route dans laquelle nous nous en"aiicons en entrant dans le sacerdoce est difficile à tenir, et de quelle sagesse n'avons nous pas besoin pour y marcher avec constance et nous détourner des dangereux sentiers que l'illusion, l'ignorance, la foiblesse, quelquefois la corruption ouvrent devant nous à chaque pas! Car, hélas ! pour être la lumière du monde, ne sommes-nous jamais nous-mêmes dans îes ténèbres; povir être le sel de la terre, ne sommes-nous jamais affadis, et pour être chargés de guérir les passions, sommesnous sans retour à l'abri de leurs atlcinies? •Ah! l'ennemi du salut ne sait que^top que nous sommes foiblcs aussi el accessibles à ses traits, que jamais nous ne périssons seuls , et que la chute d'un prêtre entraîne avec elle une immense ruine. Aussi, c'est à nous qu'il livre de plus violents assauts, c'est contre nous qu'il aiguise ses plus cruelles aimes. Et cle là, non-seulement ces distractions ou ces langueurs, ces ué-
DANS UN PRETRE. 34g
gligcuces ou ces scrupules, celte présomption ou cet aballcnienl, partage inévitable de notre fragiliié, et dont le prêtre le plus fervent ne sait pas toujours se défendre; mais surtout de là, contre le prêtre seul, cette guerre opiniâtre pour terrasser sa fidélité, ou fatiguer du moins sa constance j de là, pour aiusi parler, contre le prêtre seul, ces tentations de choix qui lui font trouver des périls où le mondain n'auroit pas le plus léger sujet d'alarmes; de là cette imagination qui s'enflamme, ce sang qui bouillonne, et bientôt ce courage qui s*abat et cette force qui tombe. Courez , prêtre infortuné, courez près de celui dont lit choix votre confiance; allez chercher dans ses conseils la lumière , dans vos doutes le soutien pour votre foiblesse, et, s'il en est besoin, la fin de vos remords; que sa voix retrouve encore le chemin de votre cœur; qu'il dissipe vos incertitudes, ranime votre courage , et bénisse votre repentir.
Mais si la houle ou la crainte l'éloignoit de son premier Ananie, et qu'il vînt inconnu, et sans autre titre que celui de son sacerdoce, se jeter à vos pieds, solliciter vos conseils y et cacher dans vos bras son rc*
3So MARQïîËS d'humilité
peniir et ses pleurs, gardez-vous, ministres du Seigneur , gardez- vous de le repousser ou de faire gloire à sa vue de vos répugnances et de vos dégoûts. N'est-il pas votre frère? N'est-ce que par sa chute que vous avez appris qu'un prêtre pouvoit être fragile, et n'avez-vous jamais imploré pour vous la commisération et l'indulgence?
Hélas! il se consume peut-être à la poursuite des pécheurs , et quand il vient luira^éme réclamer son pardon, faut-il qu'il ne s'attende qu'à des rigueurs et des rehuts? Il s'attendrit sur leurs égarements, il les exhorte à la confiance ; lui interdirezvous tout espoir, et n'est-ce que pour lui qu'il n'est plus de miséricorde? Non, compatissez à sa douleur, pleurez avec lui, et qu'il entende de votre bouche ces paroles, qui ne reprocheront pas à Saùl pénitent ses crimes, mais qui les effaceront. Mon frère, c'est le Seigneur Jésus qui m'envoie pour que vous soyez guéri de votre aveuglement et rempli du Saint- Esprit. Saule frater^ Dominus rnisit me Jésus, ut videas et implearîs Spirûu" Sancto.
Cependant si les ténèbres et les incertitudes de sa propre conscience aver lissent
souvent un prélrc de chercher dans la prudence d'un prêlre plus éclairé sa lumière et son guide , plus souvent dans les difficultés inextricables, qui sans cesse embarrassent la voie du saint ministère, une humble défiance sent le besoin de recourir aux conseils d'un maître habile et d'en invoquer le savoir et l'expérience. Car, au milieu de cet affoiblissemcnt général de la foi, de ces ténèbres qui obscurcissent les plus claires vérités, de cette indépendance qui soulève tant d'esprits superbes, de cette mollesse qui flétrit tant de cœurs , enfin de ce torrent des coutumes qui semble tout entraîner à une perte inévitable, comment un prêtre trouvera-t-il dans ses seules lumières la sagesse qu'exigent de lui tant d'obstacles , de scandales et de périls ? Qu'il a besoin de prudence , de ménagements et d'habileté, mais qu'il a besoin aussi de droiture, de franchise et de courage! Que d'occasions qu'il faut ménager, que de moments décisifs qu'il faut savoir attendre , que de désordres qu'il faut réprimer sans retard , que d'abus dont il ne peut encore que gémir! Ici c'est une rigueur outrée qui veut l'eulraîner à ses excès, et là le relàchemeuit qui veut en
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faire son complice; ici c'est une impiété astncieuî.e qui essaie de le surprendre, et là une inij)léié |)Uissanie qui voudroit Tépouvanler.Où uouver que dans les conseils d'un ami prudeni, la lumière pour se diriger dans ces ténèbres, le courage pour porter cesallaqnes, la constance pour soutenir ces assauts?
Mais qu'il aille aussi consulter une amitié solide, si la religion l'appelle à l'instruction de ses onfaiils et au ministère de la sainte parole; c'est cet ami fidèle qui tempérera le premier élan d'une ardeur inconsidérée par de graves représentations. Qu'a-t-il appris, et quelles sont les sources où il a puisé la selLUce? Est-ce en méditant les écritures, en approfondissant les ouvrages des docteurs, en étudiant le cœur de l'homme , qu'il a commencé son difficile apprentissage? ou du moins ses talents ontils reçu cette culture vvdgaire qui sauve la parole sainte d'une dégradation honteuse ou d'un ridicule travestissement? C'est cet ami fidèle qui encouragera son travail et animera son ardeur. Travaillez, lui dirat-il; la Religion, il est vrai, pour se main-' tenir , n'a juis besoin de vos talents , mais elle y trouvera son ornement et sa gloire.
DANS UN PRÈrne. 353
Ce sont des hommes grossiers qui ont fondé sur la icne le Rovaume de Jésus-Christ; mais des génies sublimes onl élé chargés de le sonlcnir ei de l'éiendre. Dire cjne dans la conversion des âmes la grâce fait tout, c'est parler le langage de la Foi j mais , sous ce prétexte, négliger ses lalenls ou dédaigner ceuxd'auirui, est une lâcheté coupable ou une orgueilleuse médiocrité. En(iu c'est cet ami fidèle qui le défendra contre l'amour de la nouveaulé. Un ministre de l'Évangile, quel que soit son âge, appartient aux temps anciens; c'est un homme qui, pour ^rler à son siècle, est pour ainsi dire des siècles passés, portant avec lui les vérités qu'il leur a empruntées, et ne parlant que le langage qu'ils lui onl appris. Tout ce qui est nouveau lui donne des alarmes; les docliines nouvelles lui inspirent de la défiance; même les expressions nouvelles, il ne les emploie qu'avec pudeur ; et s'il voit des Prêtres oubliant les intérêts réels de la Religion pour de vaines subtilités, s'enflammer pour des opinions et des systèmes, les soutenir avec opiniâtreté, les exalter avec iureur, il rougit de leur imprudente crédulité et s'indigne contre leur scandaleux enthousiasme.
Mais où trouver, Jilcssieurs, des coa-
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seils plus louchanls et plus sûrs que dans les exemples qu'offre la vie eniière du Pontife augusle qu'environne tant d'éclat et qu'accompagnent tant d'applaudissements, mais qui nous rend son autorité si douce, ses leçons si persuasives et si aijuables ses vertus? Quel quesoit notre rang dansle Sanctuaire, nos obligations ont éic les siennes, et le Sacerdoce n'a pas de fonctions si humbles qu'il n'ait fait gloire de remplir. Il a aimé l'enfance et l'a nourrie du lait de la Sainte Parole ; il a fait relentir la chaire chrétienne ^^le sa voixj il a consolé le pauvre au jour de la tribulaliou, et s'est assis près du lit du malade pour lui apprendre à mourir. C'est ainsi que Dieu l'a conduit par tous les degrés de la milice sainte, afin qu'à l'exemple du Prince desPasieurs il reconnût en nous des frères , nous encourageant par son indulgence et nous ranimant par les exemples de sa fidélité. DebiUt per omnia frairlbus similari uL muericors fieret et fidelis Pon~
LETTRE PASTORALBè
DE Mc« LÉVl^QUE DE VERSAILLES,
A JU'OCCASION DR SA PRISE DE rOSSESSIOIV ET OE son INSTALLATIOir.
Elienne- Jean-François Borderies , par la miséricorde divine et la grâce du saint Siège aposioliqne, Evoque de Versailles j
Au clergé ei aux fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en notre seigneur Jésus-Christ.
Enfin, nos très-chers frères, nous pouvons laisser éclater en liberté les seniimens dont notre âme est remplie, vous faire entendre notre voix , et vous adresser pour la première fois le lainage d'une affection paternelle. Le moment approche où, Dieu nous ménageant une consçlalion plus douce encore, nous franchirons la dislance qui nous sépare de vous^ dislance si courte en
apparence, mais si Ionique an gré de noire tendresse, et que notre creiir a déjà parcourue tant de fois. Bientôt nous serons au milieu de vous, nous vous parlerons de près , nous vous demanderons votre cœur, . nousjgjus donnerons le nôtre , et contracteron^pour jamais avec vous, sous les yeux du Pasteur immortel des âmes, une solennelle et indissoluble alliance. Il est vrai que cette joie si douce a bien elle-même son amertume, et cet empressement si vif ses alarmes aussi, sesdéfiances et ses terreurs j car comment n'être pas saisi d'épouvante en remplissant un ordre rpii met sous notre garde tant d'àmcs à la fois, atlaclie à leur salut le nôtre, nous commande de ne travailler, de ne vivre, de ne respirer que pour elles , et ne nous permet qu'à ce prix cpielque confiance pour notre éternelle destinée? Comment ne pas se courber en tremblant sous un si pesant fardeau , quand on a le juste sentiment de sa foiblesse ? comment consentir à devenir voire lumière, quand on a besoin tant de fois «te réclamer un guida ? counnent devenir le sel mystérieux qui doit réveiller en v©us le goût des choses célestes , quand on n'a soi-même qu'une piélc affadie et sans saveur? commeul oser sur-
tout se préscuier pour votre modèle, avec la conscience de ses innombrables besoins et l'obligation de cacher tant de fois , dans les bras d'un Dieu de miséricorde, sa confusion et ses regrets ?
Mais ne prenons que le Seigneur pour confident de notre infirmité, et ne vous montrons pas nos besoins et notre foiblesse ; car, pour l'intérêt de vos am.cs et le succès de notre apostolat , il nous faut du moins votre respect, en attendant qu'un sentiment plus doux devienne le prix de notre dévoùment, de nos sueurs et de nos sacrifices. Ainsi c'est pour vous que , sans oublier les sentimens d'une trop juste humilité, nous consentons à ne pas vous en adresser le langage. Nous vous laissons les illusions de votre charité et les préventions trop favorables pour nous , que nous devons à la bonté de votre cœur, au langage indulgent de quelques amis, et peut-être aux excusables exagérations d'une aveugle reconnoissance. Toutefois , dans cette conviction de notre impuissance, au milieu de ces anxiétés et de ces frayeurs , Dieu ne nous laisse pas tomber dans l'abattement , et notre confiance en son pouvoir el son amour, plus forte que le sentiment de notre indignité,
358 MAKDExsorrs
ranime notre cœur et relève nos espérances. Le Seigneur, en effet, a-t-il besoin qu'un bras de chair lui prête son appui ? Pour l'accomplissement de ses desseins, s'en repose-t-il sur notre concours ? et tout est-il perdu pour lui, lorsque notre aide l'abandonne? Ah! N. T. C. F., que le grand apôtre l'enlendoit bien autrement, lorsque, iîer de la conscience de sa foiblesse, parce qu'elle relevait la gloire de son Dieu, il aimoità publier que le Seigneur avoit choisi ce que le monde avoit de plus foible et de plus vil pour renverser la puissance du siècle et confondre sans retour les prétentions de son orgueil : Infirma mundi elegtt Deus^ ut confundat fortia, ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus (i). A son exemple, nous nous glorifierons dans nos infirmités, puisqu'elles ferontéclaterla force de celui qui nous envoie , et dans notre bassesse, puisqu'elle doit relever sa grandeur. Irons-nous plus avant, N. T. C. F. , et oublierons -nous à ce point les lois d'une sage circonspection , ut minus sapiens dico (2) ? Oui , nous vous le dirons dans la
(1) I. Cor. 28.
(2) n. Cor. 23.
ET LEf^RES PASTORALES. 350
douce effusion d'un premier entrelien , dëjà le Seigneur semble, par les impressions secrètes de sa grâce, justifier notre confiance dans son appui. A mesure que le jour approche où nous serons unis par des liens que le ciel a formés lui-même, une lumière plus vive vient nous éclairer, un senlinaent plus doux console notre ame , les travaux auxquels Dieu nous appelle ne nous donnent plus tant d'effroi, les amertumes qu'il nous laisse entrevoir ne nous semblent plus sans consolation. La charité dont il remplit notre âme , et l'inexprimable affection dont chaque jour il nous enflamme pour vous , allégera toutes les fatigues , calmera toutes les douleurs, et nous rendra faciles et légers, non-seulement les travaux du ministèoMÉKingélique , mais aussi l'oubli de notre repi8|P*abandon de nos plus chers intérêts, et s'il le falloit , le sacrifice même d« notre propre vie; iradidimus vobis non solùrtï En^angelium Dei , sed etiani animas nosiras, quoniam carlssimi nobisfacti estis ( i ) . Désormais nous n'avons plus rien qui ne soit à vous; omnia vestra sunt (o.), C'est.
(1) I Thess. 1
(2) I. Cor. 3.
36o MAKDEMENTS
sur VOUS que nous fixerons sans cesse nos regards j c'est vous qui viendrez vous mêler à tous nos entretiens j c'est pour vous que nous parcourrons vos villeset vos car^agnes. Enfin nous ne tiendrons nos mains conslaroment élevées vers le Dieu de toute consolation, que pour en faire descendre sur vous les bénédictions de la miséricorde ou de l'amour ; omnia vestra sunt. Vous serez l'objet de toutes nos pensées, le but de toutes nos entreprises , et nous n'aurons désormais à nous réjouir que de votre joie , à gémir que de vos malheurs.
Ce sera donc par notre dévoùment et notre tendresse que nous nous efforcerons d'adoucir vos gémissemens sur la perte d'un prélat vénérable, que votre attachement et votre foi ont environné de tant d'honneurs et de regrets. La mort, en vous privaii| de sa pré^nce , n'a pu vous ravir le souvenir de ses longues vertus, de sa science profonde, de la franchise de son caractère , de l'indulgence de son cœur, de sa constance dans l'amitié , de son courage au milieu des plus vives douleurs , et surtout de ce zèle pour la religion dont la mort seule a révélé tout le secret, en découvrant les libéralités pieuses dont les fruits seront d'âge en âge pour
les élèves du sanctuaire un témoignage éclatant (le sa solllciiuile et de son amour.
Ce sera par la constance de nos sollicitudes et de nos efTorlsque nous mettrons à profit pour vous les exemples de l'illustre Pontife, que la Providence a placé sur le siège le plus éclatant de l'Eglise gallicane, et auquel nous attache pour jamais le double lien d*une tendre affection et d'une vive reconnoissance. Nous n'aurons pas été vainement les témoins de son ardeur brûlante pour le salut de ses brebis, de son zèle infatigable pour les ramener au bercail, de sa douceur pour les y fixer, de ces qualités brillantes enfin qui l'environnent de tant de gloire, et dont l'éloge ne peut être suspect même dans notre bouche, puisque les étrangers et les inconnus eux-mêmes semblent, pour en parler, emprunter le langage de la vénération la plus profonde et de la plus tendre amitié.
Mais, pour assurer le succès de nos desseins et la constance de nos résolutions, nous réclamons, avant tout, l'entremise de vos prières, frères vénérables, l'ornement et la gloire de la chaire pontificale , dont il nous sera si doux d'interroger l'expérience , de consulter la sagesse , d'espé-
rer l'atlachément , d'imiter les vertus.
Vous seconderez aussi nos efforts par la iorvcur de vos supplications, pasteurs de la cité royale que décorent tant de glorieux monuments, qu'ennoblissent tant d'illustres souvenirs, et qui semble sans cesse rappeler dans son sein nos augustes maîtres, noo-seulemcnt en étalant à leurs regards les incomparables magnificences du plus grand de leurs aïeux, mais aussi en leur offrant , grâce à votre zèle , à vos leçons , à vos exemples, le spectacle des anciennes mœurs, une aimable politesse, une touchante hospitalité, une concorde fraternelle, et surtout d'innombrables fidèles se pressant sur vos pas dans nos temples, et gardant à la religion un respect profond , un tendre amour, une inébranlable fidélité.
Enfin vous prierez pour nous, et vous, pasteurs^ trop peu nombreux, hélas! répandus sur ce vaste diocèse, qui, livrés à des travaux non moins utiles, mais plus obscurs , en dévorez dans le silence les amertumes et les dégoûts, toujours courbés sur cette vigne que le Seigneur vient de nous confier pour l'arroser sans relâche de vos sueurs, et trop souvent de vos lar-
tT LETTRES PASTORALES. 363
mes 5 el vous, jeunes lévites, espoir du sanctuaire , dont le nom seul retentit déjà si doucement à notre cœur, qui devez bientôt accourir à l'aide de vos pères défaillants sous le faix du travail et des années , honorer leurs cheveux blancs par une docilité filiale, et réjouir leur vieillesse par le spectacle de votre pieuse ardeur; et vous, saintes épouses de Jésus-Christ, qui, protégées à l'ombre du sanctuaire contre les illusions du siècle et ses prestiges corrupteurs , n'en consumez pas moins vos jovirs à pleurer sur des cricurs qui vous soçt clraugèrcs, à expier par la pénitence des passions qui jamais ne troublèrent la paix de votre cœur, et obtenez ainsi grâce pour les pécheurs, en faisant monter vers le ciel, avec les gémissements du repentir, le doux encens des prières de l'innocence; et vous enfin, chrétiens de toutes les conditions, en qui la religion trouve des enfants dociles et des amis tidèles; riches, dont elle règle l'opulence; pauvres, dont elle adoucit les besoins; cœurs foibles qu'elle soutient, cœurs innocents qu'elle protège , coeurs affligés qu'elle console. Vous tous enfants de la foi , réunissez, en faveur de votre nouveau pasteur, vos supplications el vos vœux,
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01, iravaillanl à votre saiiclificalion en assurant la sienne, oblencz pour Jui un zèle dont voire bonheur véritable sera toujours l'objet, une lumière qu'il ne désire que pour vous éclairer, et les bénédictions enfin qu'il ne recevra que pour les répandre.
Ainsi, N. T. C. F., tandis que vous devez votre paix, votre abondance, votre prospérité, à la longue expérience, au profond savoir, à la constante sollicitude du noble dépositaire de la confiance royale , que son maître n'a pas cru pouvoir mieux payer de ses services, de son dévouement et de son amour qu'en lui confiant le doux emploi de veiller à votre bonheur si près de ses regards j tandis que votre grande et belle capitale trouve dans le magistrat à qui sont confiés ses plus chers intérêts une autorité douce et paternelle, qui se fait d'autant plus sûrement obéir, qu'elle commande avec moins d'empire et qui soutient ses ordonnances ou ses conseils du souvenir d'une incorruptible fidélité, et du spectacle des plus édifiants exemplesj enfin, tandis qu'elle voit les nombreux guerriers que renferment ses murs montrer, sur leur front et dans leurs regards, quel amour les enflamme pour l'auguste ei excellent prince dont le
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ciel leur a commis la garde, nous prélerons noire concours à tanl de généreux efforts, en inspirant par nos discours , et s'il se peut par nos exemples, le respect et la fidélité pour une religion qui seule a dan» sa maiu un frein pour tous les vices , un aiguillon pour toutes les vertus , et présente au dévouement ses plussolldcs récompenses, et à la valeur elle-même ses plus nobles encouragements.
Sera la préseule lettre pastorale lue et publiée aux prônes de toutes les églises paroissiale^, dans toutes les communautés religieuses > dans les collèges et maisons d'éducation, et affichée partout où besoin sera.
Donné à Paris, le 3 août 1827, jour de la fête de l'Invenlion du Corps de saint Etienne.
-|-ET. J. F. Epêque de P^ersallles^
Par Mandement,
Chauvkt , Chanoine Secrétaire.
DE
Mgr. L'ÉYÊQUE DE VERSAILLES ,
L'établissement d'une Caisse Diocésaine, en faveur des Séminaires et des Prêtres âgés ou infirmes.
Etienne-Jean-Fiançois Borderies, par la Providence divine et l'autorité du Saint- Siège Apostolique, Evéque de Versailles, au Clergé et à tous les Fidèles de notre Diocèse, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.
C'est à vous-mêmes que vous devez l'imputer, N. T. C. F. ; c'est aux seniimenls dont vous avez fait éclater pour nous le consolant témoignage , qu'il faut vous en prendre, si, lorsque nous terminons à peintnotre première visite pastorale , il vous faut déjà répondre à nos gémissements et partager nos sollicitudes ; car , quelle confiance ne doivent pas nous inspirer et cetem-
pressenient à vous poiier au-devanl de votre nouvel Evéque, et cette avidité pour entendre ses premières paroles 5 enfin, celle bienveillance", et même déjà, s'il nous est permis de le dire, celle affeclion filiale qu'il nous étoit si doux de lire sur vos fronts et dans vos regards. Vous n'avez point attendu que nous eussions rempli nos promesses et réalisé vos espérances, vous nous tenez compte même de nos désirs, ou plutôt, la foi vous élevant à de plus hautes pensées , ce n'est pas nous , c'est l'ambassadeur de Dieu , le cîJposilaire de ses miséricordes, l'auge de son alliance , c'est J.-C. lui-même que vous avez entouré de vos respects et de vos hommages. Sicid angelum Dei excepistis me, slcut Chrlslum Jesum. ( Galat. 4- i4' )
Mais cette douceur n'étoil point sans mélange, et une douleur secrète est venue trop souvent troubler , pour nous, l'inexprimable consolation de vous voir pour la première fois, de vous parler de noire tendresse , de rencontrer des cœurs qui répondoient au nôtre.
Oui, au milieu de cette pompe et de cet appareil doul votre foi nous environnoit, un speclacle plein^ d'amertume appeloit sans cesse nos regards, et sans cesse noire oreille
éloit atlrislée par des cris plus perçants que ceux de voire pieuse allégresse j sans cesse nous cniendions les génûssenienis de tant d'églises qui dé])lorcui vaiuenieul leur longue viduilé , sans cesse s'off roicut à nos regards et ces Prêtres vénérables, qui, courbés sous le poids des infirmités et de la vieillesse, ne peuvent plus poursuivre les brebis égarées que de leurs plaintes cl de leurs vœux, ni présenter aux brebis fidèles d*aulre leçon que le souvenir de leurs vertus ; et ces jeunes Pasteurs dont il a fallu vaincre les modestes défiances, avant de leur faire accepter le soin de plusieurs troupeaux à la fois , mais qui , déjà épuisés de faligues et consumés de soucis, nous donnent la juste crainte qu'une fin prématurée ne leur assure trop toi le prix de leur dévouement et de leur obéissance.
Voilà le tableau sans cesse présent à nos yeux, ou plutôt le fardeau qui pèse sur notre cœur et qui l'accable ; mais au milieu de tant d'amertumes et de soins une espérance nous ranime j c'est sur votre cbarité qu'elle se fonde. C'est votre cbarité qui doit écarter de ce vaste Diocèse les calamités qui le menacent depuis si long-temps; c'est votre cbarité qui, soutenant par ses larges-
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ses les pieuses Ecoles où doivent se former, sous nos yeux, les jeunes élèves du Sanctuaire, rallunjera le flambeau de la foi, que tant d'orages ont presque éteint au milieu de nous j c'est elle qui préparera pour l'ignorance des guides, pour la foiblesse des appuis, des sauve-gardes pour l'innocence, de vraies consolations pour toutes les douleurs. C'est cette charité que nous invoffuous à grands cris pour nqs séminaires j c'est d'elle que nous attendons le succès de notre plus chère entreprise et l'affrauchissement du plus cruel de nos soucis.
Ah ! que ne nous est-il donné de nous présenter à chacune de vos demeures, d'y parler à chacun de vous de nos chers Séminaires, des soucis dont ils sont pour nous le continuel objet, des douces espérances qu'ils nous font concevoir, et d'accepter de vos mains, avec une reconnoissance égale , la modeste offrande do la médiocrité et les riches profusions de l'opulence. Nous choisissons du moins pour vous parler en notre nom , les interprètes les plus sûrs de tous nos sentiments , et les organes les plus propres à toucher vos cœurs : ce août, avant tout , vos Pa;steurs , dont la yoix
Syo MANDEMEMTS
VOUS est connue, qui vous attendrissent si souvent en faveur du pauvre , el qui, sans doute , ne vous parleront pas en vain, quand ce sera le Sanctuaire lui-même dont ils vous exposeront la détresse et les besoins. Ce sont aussi des femmes honorées pour leurs vertus et leur piété profonde, qui fçront concourir à notre sainte entreprise leur charité compatissante et leur courageuse activité. •
Voilà uos représentants près de vous ^ voilà les ministres à qui nous confions le plus cher de nos intérêts ; mais avant que leurs sollicitations et leurs prières essaient d'attendrir vos cœurs, nous voulons nousmême, le premier, échauffer votre zèle pour cette sainte entreprise , et renverser les obstacles qui pourroient en retarder le succès.
Votre zèle, comment nes'enflammeroitïi pas de l'ardeur la plus vive, quand vous considérez le dommage qu'une noire tempête a porté dans l'héritage de J.-C, et que vous contemplez autour de nous tant de destructions et de ruines ?
0 Eglise de France ! Eglise renommée entre toutes les autres, qu'as-tu fait de tu beauté? Comment a succédé à tant d'éléva^
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lion et Je magnificence , tant de détresse ei d'abaissement ? Qui l'a dépouillée des vêtements de la gloire , pour ne te plus laisser que les habits du deuil ei de rhumdialion? Quesontdevenus ces prêtres innombrables, l'honneur de la France et son plus ferme appui j ces docteurs si éclairés, ces mait^c^ si habiles , ces confidents si sûrs , ces hommes qui forraoient entre tous les étals un si doux et si puissant lien r Que sont devenus, et ceux dont l'Eglise relevoit la naissance par ses dignités , et qui répandoient à leur tour sur elle- un si brillant éclat, et ceux à qui elle confioit ses richesses, et quienfaisoient un si saint, ou du moins un si noble emploi, et ceux à qui elle avoit don- Taéla clef de la sciencç, et qui l'enlouroieGl de tant de gloire ou la défendoieul avec tant de courage. Hélas î ils ont succombé sous les coups d'une haine furieuse , et il ne nous en reste plus que le douloureux souvenir.
Oni, mais c'est daus']|ce souvenir même que votre zèle , N. T. C. F., doit puiser un nouvel aliment j c'est la vue de tant de maux qui doit vous remplir d*une vive douleur j c'est lajprofondeur de ces plaies qui doit vous inspirer une tendre et salutaire
commiséralion. L'Eglise est voire mère j et quelle mère en niérila mieux le nom ? C*est elle qui vous a donné une seconde naissance ) sans laquelle la première seroit un bienfait perdu j elle qui vous nourrit du pain de la parole j elle qui, dès votre entrée dans la carrière de la vie, vous présenta le seul flambeau qui pût vous diriger, le seul bouclier qui pût vous défendre. Que de craintes dont vous fût es l'objet! que d'empressements î que de sollicitudes! Par sa tendresse pour vous, jugez de son amour pour les ministres qu'elle n'a plus ! Elle les rappelle, elle vous les redemande par ses gémissements et ses cris } vous pouvez les lui rendre : hélas! ceux que vous lui rendrez ne seront ni plus savants que ceux qu'elle pleure, ni plus zélés, ni plus tendresj mais leur jeunesse luidonnera l'espoir qu'ils ne lui coûteront pas sitôt des larmes de regret, et qu'il lui sera permis de concevoir pour un long avenir de douces espérances. L'Eglise est votre mère : que d'engagements vous prîtes avec elle ! que de prooiesses elle reçut de vous ! Dans les transports de votre reconnoissance, combien de fois ne lui dîtes-vous pas, comme Salomon : «Ma mère, demandez, et vous ne cou-
noîlrez pas (1« refus, m Malmenant elle vous montre ces vastes moissons qui, depuis si long-temps, appellent tics ouvriers j ces innombrables enfants qui, depuis si longtemps, réclament en vain le pain céleste qui doit nourrir leur ame. C'est maintenant que vous pouvez la payer de ses bienfaits ; donnez-lui, si elle a dissipé voire aveuglement, des hommes qui aillent chasser la nuit de l'ignorance j si elle a guéri vos plaies, des hommes qui consolent l'infirme sur le lit de la douleur; si elle a brisé vos fers, des hommes qui visitent le captif, et allègent le poids de ses chaînes!
L'Eglise est votre mère : il faut l'arracher de l'oppression sous laquelle un tyran farouche la fait depuis long-temps gémir : î'incréduliié a rassemblé contre elle d'innombrables soldais; elle leur a dit : « Affranchissons-nous d'une trop longue servitude j délivrons-nous de cette maîlresse austère et incommode qui, depuis trop long-temps, prétendoit nous régir; forçons au silence les bouches qui publioient ses lois et défendoient ses privilèges; que nos oreilles n'etiiendent plus ses cantiques d'allégresse ; que nos yeux n'aient plus à soutenir le spectacle de ses solennités. » Combica
de fois ce langage audacieux n'a-t-il pas coniristé voire oreille r combien de fois ces efforts sacrile'ges n'ont-ils pas consterné votre cœur? combien de fois inspiré à votre zèle les plus nobles projets et les plus généreux sacrifices? Mais le plus utile dessein que vous puissiez concevoir, à la vue de tant de désastres^ c'est celui de perpétuer la tribu sainte, et d'y ménager à la Religion des défenseurs intrépides pour repousser tant d'assauts et tant de fureurs. Il est vrai, ce n'est point vous à qui Dieu a commis la charge d'éprouver leur courage, de les diriger par vos conseils, de les conduire contre l'ennemi; mais c'est de votre main qu'ils recevront leur solde; c'est à vous qu'ils devront, et le pieux asile dans lequel en secret ils exerceront leur courage, et les nobles exemples qui vont les enflammer, et les sages leçons qui les formeront au combat. C'est à vous que la Religion devra bientôt le touchant éclat qu'ils rendront à ses fêtes , le pieux concours dont ils rempliront ses templesj les vertus qu'ils inspireront à ses enfants, et la terreur qu'ils imprimeront au cœur de ses ennemis.
Mais pourquoi nous borner à considérer l'avenir, et ne vous montrer que des espé-
RT I.ETÏRRS PASTORALES. 3; 5
rances, lorsque déjà de jeunes Samuels, dans l'asile qui les voit croître, sous les yeux du Seigneur, el, comme dans le berceau d'une^ piété naissante, vous présentent des vertus qui sont tout à la fois et une consolation si douce pour votre piété, et un aiguillon si vif pour votre zèle : voyez-les, dans l'âge delà légèreté, si réservés et si calmes; dans l'âge de la présomption, si défiants et si timides; dans l'âge de l'indocilité, si respectueux et si soumis. Quelle paix sur leur front ! quelle modestie dans leurs regards! quelle simplicité dans leurs demandes! quelle candeur dans leurs réponses! quelle innocence dans leurs jeux! Mais c'est surtout quand ils se réunissent dans la Maison de Dieu et se pressent autour de ses autels, qu'on juge ce que la Religion doit se promettre de ces jeunes cœvu's; la yivacité de leur foi, l'ardeur de leurs soupirs, la joie qui les inonde, les larmes qu'elle fait couler, montrent comment Dieu les prépare de loin, par cette familiarité ineffable, à parler un jour à son peuple des douceurs de son service et des cbastes délices de l'innocence 3 ou plutôt ce charme du premier âge, la blancheur de ces robes de lin , cette ferveur si vive et ce recueillement si profond , tout semble an-
SyG MANDEMENTS
tioncer, noD de jeunes enfants, mais des Esprits célestes réunis autour du trône de l'Agneau et pénétrés de son amour.
Ah ! que la Religion perde sa magnificence €t son éclat, qu'elle soit, s'il le faut, condamnée à l'indigence; si Dieu lui ménage de si doux dédomrnagemenls, elle peut espérer de recouvrer bientôt ses véritables ornements et ses plus chers trésors !
Cependant ce zèle pour la gloire de la Religion et la perpétuité du sacerdoce doit s'attendre à rencontrer plus d'une fois des obstacles qu'une charité courageuse peut seule renverser, et des objections auxquelles une piété prudente et éclairée peut seule répondre.
Le premier obstacle pourra se trouver dans les dédains et les rebuts de l'impiété; mais c'est là surtout qu'il nous est permis d'attendre du sexe le plus timide une noble intrépidité qui saura braver le mépris, et, s'il le faut, s'endurcir contre les affronts.
Qu'elle est digne d'admiration, N, ï. C. F., cette femme chrétienne vivant au sein de l'abondance , ou peut-être joignant l'éclat de la naissance à celui des honneurs et de la richesse, et qui, par amour pour l'Eglise et pour lui former des minisires, con-
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acnl à se prcsenler seule el sans apparçil dans des maisons inconnvics, pour y parler l'humble langage de la pauvreté, *et tendre, comme elle, uncniainsnpplianie! Mais c'est surloul à la porte de l'impie qu'il lui faut ranimer sa foi et rappeler sou courage. D'abord elle s'arrête devant cette demeure, et ne sait si elle doit en franchir le seuil : mille affections diverses, mille sentiments opposes soulèvent ou attendrissent son cœurj mais enfin la cliarité triomphe j elle pénètre et parvient jusqu'à cet infortuné déserteur de la foi de ses pcres, qui ne sait plus prononcer le nom de J.-C. que pour blasphémer ses dogmes, et de ses ministres que pour les accabler d'outrages.
Est-ce une méprise? que peuvent avoir de commun avec lui de pareils intérêts? Qu'a-l-il à faire de la Religion, et que lui font ses ministres ? Qu'a-l-il à faire de la Religion ! Ah ! s'il ne borue pas à lui seul toutes ses affections et toutes ses pensées, peut-il voir sans épouvante et sans douleur la Religion prèle à nous fuir ! que deviendront sans elle tant de pauvres dont elle est la richesse, tant d'infortunés dont elle est respérauce, tant d'affligés dont elle essuie les
SyS MANDEMENTS
pleurs, tant de victimes de l'in Justice dont elle apaisç les murmures et calme le désespoir ? Que lui font ses ministres ! Ingrat ! que ne font-ils pas pour vous ? ils prêchent à vos enfants le respect, à vos infe'rieurs l'obéissance j ils décident le pauvre à supporter l'éclat de votre opulence, et l'artisan à se courber sous le travail pour votre oisiveté. Ils contiennent par la crainte de Dieu ces nombreux esclaves qui vous entourent, l'un qui prépare vos aliments, l'autre que vous chargez de recueillir vos richesses; celui-ci qui veille à la porte de votre demeure, celui-là que vous laissez dormir si près de votre couche ; voila ce que font pour vous les ministres de la Religion; ils défendent tout à la fois votre vie, votre sommeil, vos trésors, et même vos plaisirs.
Le second obstacle se rencontrera trop souvent peut-être dans la tiédeur de l'indifférence. Quelle douleur pour un cœur rempli des plus nobles ardeurs du zèle , lorsque les enfants mêmes de la foi, loin de répondre à ses transports, semblent vouloir le glacer par leur indifférence? Ils déploreront avec vous les maux de l'Eglise; ils s'affligeront de ses perles ; ils s'effraieront de ses périls; mais, comme si la cause de la
Religion étoii pour jamais désespérée, ils ne songeront pas à venir à son aide, à réparer lanl de ravages, à prévenir tant de malheurs. Egoïsme cruel qui renferme dans le moment présent tout leur intérêt et toute leur prévoyance, sans penser aux calamités qui attendent leurs enfants, à la famine redoutable qui les menace de si près, à l'ignorance impie qui doit être inévitablement leur partage. Insensibilité fatale qui, les tenant assurés de trouver jtisqu'à la fin, pour euxmêmes, un temple pour prier, une chaire pour s'instruire^ une m.iin pour recevoir à la dernière heure le dernier gage du salut , ne prend pas d'autre souci et s'endort dans une déplorable sécurité!
Eh quoi! sont-ce là les sentiments d'un Disciple de l'Evangile ? Où est la charité pour nos frères, le zèle pour le salut des âmes, le désir de la gloire de Dieu ? Peut-on porter le titre de Chrétien, conserver une étincelle de foi, et ne pas frémir à l'aspect de l'abîme où va se précipiter la génération infortunée qui s'élève et qui croît sous nos yeux ? Car, si la tribu sacerdotale s'éteint au milieu de nous, que rcslera-t-il à vos enfants? qui leur dira qu'ils ont une âme à sauver ? que J .-C. est leur seule espérance r
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qui soutiendra leurs [)as chancelanis dans la roule de la vie ? qui leur fournira des armes contre les passions ? qui les consolera dans leur vieillesse? qui leur fermera les yeux? Mais, quoi! ne suffit-il pas pour serrer Tàme de douleur ou du moins la remplir de mortelles alarmes, du tpcclacle que nous offrent nos canj|.agnes, frappées d'une Stérilité spirituelle, et nos villes elles-mêmes que la perle successive des ministres de la Religion remplit à chaque instant de conslernalion el de deuil! Que d'enfanis à qui l'oa refuse le lait de la sainte Parole! que d'infirmes qui ne trouvent plus de Samaritain! que de brebis qui errent sans pasleursî que de chaires mueltcs! que de iribunaux «ans juges! que d'autels sans sacrificateurs! que de temples que la mort d'un dernier prêtre a fermés sans retour!
Qui le comprend mieux que vous, pasteurs vénérables de ce diocèse? qui ressent à cette vue une plus amère douleur? Hélas! vous les voyez autour de vous avec leurs cheveux blancs, moins courbés encore sous le poids de l'âge, que sous un continuel et infatigable travail, ces hommes qui n'ont survécu à la captivité, à l'exil, à tant d'iionQrables adversités, que pour porter avec
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VOUS le poids du jour et de la chaleur. Vous les voyez s'achcrainant vers le terme de leur pélerinageelcomnie penchés su rieur tombe. Quelle reconnoissance, au souvenir de leurs longs travaux et à la pensée de leur fin prochaine! quel attendrissement et quels regrets! Mais aussi quelle n'est pas votre ardeur pour réparerleurperte! quels ne sont pas vos efforts pour assurer le succès d'une entreprise qui promet à jvotre zèle des coopëratcurs et des soutiens ! Secondez le courage de ces dames pieuses qui vont, à notre voix, se partager ce vaste diocèse, et, pour en assurer la prospérité véritable, veulent, en faveur du Sanctuaire, lever sur d'immenses richesses un facile et léger tribut; aplanissez le chemin devant elles, rendezleur les accès faciles, en disposant les cœurs à se dilater, à leur vue, par une sainte générosité. Faites retentir nos chaires de ces grands intérêts; persuadez par vos exhortations secrètes les coeurs froids et. les esprits difficiles ; enfin, que ces dignes dépositaires de la confiance du premier pasteur trouvent toujours leur appui dans votre zèle, leur guide dans vos lumières, comme elles trouvent dans vos vertus les plus sûres et les plus touchantes leçons.
Mais c'est à vous surtout, qui joignez, au caractère sacré dont vous êtes revêtus, l'aulorilé de vos exhortations et le pouvoir de vos exemples 5 c'est à vous, pasteurs de ce diocèse, qu'il appartient de renverser le plus redoutable de tous les obstacles, eu dissipant les préventions de la piété même. Oui,, la piété peut quelquefois, sans repousser vos demandes, ne les accueillir cependant qu'avec quelque réserve et quelque circonspection, et présenter, dans ses incertitudes et ses bésilalions, quelques épreuves à votre constance. En effet, elle voit la charité s'attendrir sur mille infortunes à la fois, rassembler, pour y porter remède, de pieux et nombreux concours, y faire entendre sa voix gémissante et le cri de sa douleur, emplover enfui tous les saints artifices du;zèle pour toucher les coeurs les plus durs et conquérir sur les plus insensibles une légère offrande. Ici, c'est l'enfance abandon-, née que la charité prend sous son aile et dont elle doit protéger l'innocence. Là, ce sont de jeunes orphelins à qui elle veut conserver la crainte de Dieu et l'horreur du mal, leurs seuls mais véritables trésors. Tantôt elle arrache leur proie à des créanciers impitoyal)les, et tantôt elle ouvre à de
jeunes prisonniers un refuge pour leur repentir. D'autres fois, portant ses regards Tcrs une terre lointaine, c'est le sépulcre du Sauveur qu'elle arrose de ses larmes, et dont elle voudroit alléger du moins la hon* leuse et cruelle oppression. D'autres fois enfin, c'est près de nous qu'elle veut en faire revivre les touchants souvenirs , en nous appelant sur un nouveau Calvaire, pour y partager les dernières fatigues de l'Hommc-Dieu , et compatir à ses dernières douleurs. A la vue de tant d'objets qui lui inspirent une commisération si tendre, la piété s'arrête incertaine 5 elle ne sait où doit surtout se fixer son cœur; elle ne sait du moins où porter ses plus abondants trésors; respectables pasteurs, c'est de vous que la piété doit l'apprendre ; c'est vous qui, dédaignant toute considération humaine, et redoutant, avant tout, pour votre patrie, le seul malheur qui entraîne tous les autres malheurs, éclairerez la piété dans ses incertitudes, et fixerez sa décision. C'est vous qui lui direz : Compatissez à tant de maux, ouvrez à tant d'infortunes une main généreuse; mais voyez, avant tout, le plus pressant de tous les besoins; entendez avant tout les gémissemenls de la Religion et les cris
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de !a France j avant tout , formez-nons des Prêtres. Prenez pitié de ces enfants qu'abandonna la nature, que vos soins maternels les consolent de ces rigueurs j mais avant toutformez-nousdcsPrctres,ou ces enfants, objets de tant de sollicitudes , n'entreront bientôt dans la société que pour en respirer les vices, et bientôt ne croîtront que pour . l'en punir. Brisez les fers de ces captifs, adoucissez du moins la pesanteur de leurs chaînes j mais avant tout, formez-nous des Prêtres qui sauveront l'innocence de l'oppression du crime j et briseront, pour les coeurs foibles, le joug du plus cruel esclavage. Soutenez par vos secours les gardiens fidèles qui pleurent svir le tombeau du Sauveur; qu'il s'élève aussi, et qu'il domine sur notre France, le signe sacré de notre rédemption; mais avant tout, formez-nous des Prêtres sans lesquels la croix elle-même est muette, qui, seuls, peuvent enseigner la science d'un Dieu crucifié, et seuls appliquer les mérites de ses affronts et de sa mort; enfin, formez-nous des Prêtres, et vous donnerez à l'infortune ses consolateurs les plus puissants, à la justice ses vengeurs les plus incorriipiibles, au trône ses défen-
seurs les plus iîdèles, à la soclélc ses plus uiiles souiieus.
i5 oclobro 1827.
j ET., Evéque de Versailles.
Par Maiulemenl : Cbauvet , Chanoine, Secrétaire-général»