DE LA MORT DU PAPE LÉON XIL
Etienne- Jean-François BORDERIES , pnr la mîsérlcordeDlvinc et par Li grâce dvi Saiui-Siége Apostolique , évèque de Versailles, au Clergé ei aiixFidèles de notre Diocèse, .salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus- Christ.
La religion ne peut avoir à déplorer de perle plus amère que celle dont la foudroyante nouvelle a rempli les Enfants de la Foi de deuil et de conslernation. Léon XII n'est plus ! un coup inattendu vient de frap- 2)er cette têie auguste, et de ravir tout ensemble à l'Eglise son chef visible, aux Fidèles leur père, aux Pasleurs leur modèle et leur guide , enfin aux Princes et aux Rois le juste objet de leur vénération et de leur confiance !
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Ainsi s'évanouissent sans relonries espérances que nous avoienl permis de concevoir pour la longue durée de son ponlificat, les circonstances merveilleuses don lie Ciel avoit pris soin d'environner son exaltation j tout sembloit en effet autoriser pour sa conservation notre sécurité, le concours des suffraiies dont la réunion inattendue confondit toutes les prévoyances et surtout celles de sa profonde humilité 3 le miracle qui, lorsque nous le possédions à peine, dissipa nos vives alarmes en l'arrachant des bras de la mort, et le prodige enfin, plus étonnant peut-être, d'une santé si long-temps chancelante et foible que le travail et les sollicitudes sembloient chaque jour raffermir.
Mais la mort est venue tromper tous ces calculs , nous montrer encore une fois la vanité des pensées humaines, et ravir à la barque de Pierre un pilote qui la conduisoit si sagement à travers tant d'écueils et d'orages.
Maintenant plongée dans une affliction profonde, Rome sent plus vivement le prix du don qu'elle avoit reçu et en acconapagne la perte de ses inconsolables regrets. Elle pleure , tout à la fois , et le Ponlife dont la piété profonde lui préscnloil chaque jour
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■de si louchants exeruples, dont la voix appela dans ses niurs d'innombrables Chiéiiens au jour de la miséricorde ei du salut, dont Je y.èle faisoit sortir de ses ruines et rendoit i\ l'Apôtre des nations une illustre basilique; •et le Prince dont le langage et le regard déceloient la noble origine, en qui les artc trouvoienlun protecteur éclairé, les pauvres nu père compatissant et tendre , les abus un inflexible réformateur j qui faisoit goûter ù 5es peuples, sous l'œil d'une constante vigilance , une sage liberté, purgeoit ses Etals <l'un odieux brigandage, etrelevoitlamagniiicence de sa capitale, en l'embellissant encore des plus uliles connue des plus riches ornements.
Mais Rome n'est pas seule à déplorer ce «ruel trépas, et c'est son privilège qu'elle ne peut se réjouir sans que l'univers tressaille d'allégresse, ni se plaindre sans qu'il réponde aux cris de sa douleur : Urbi etorhi. Elles honoreront celte mort lameulablc de leurs gémissements et des signes d'une filiale douleur, ces nombreuses églises qui y placées à l'ombre de l'Eglise Romaine, trouvent un si doux appui dans sa tendresse maternelle , et nn guide si sûr dans la sagesse de ses lois .
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Mais elles. le pleureront elles-mêmes ces contrées lointaines que leurs précautions et leurs défiances rendent inaccessibles à l'avidité des spéculations et à la curiosité des sciences, mais qui ne le furent pas à l'activité de son zèle et aux sollicitudes de son amour.
Elles le pleureront aussi ces régions qui, depuis long-temps séparées de la véritable Eglise, par des dissenlions funestes, lui couservent encore d'innombrables enfants, et qui voyoient chaque jour les préventions s'effacer , les haines s'éteindre , les obstacles s'aplanir devant la douceur de ce sage Pontife et sa céleste modération.
Surtout elle le pleurera , cette île célèbre , si féconde en grands hommes , et jadis si féconde en grands Saints , qui nous a nourri nos Prêtres , nous a gardé notre Roi , et qui maintenant , dans ses sentiments plus doux pour l'Eglise Romaine, trouve le prix de sa paiiente et généreuse hospitalité.
Mais c'est la France avant tout qui ressent de cette perte une profonde douleur. La France , dont ce saint Ponlifc ne prononçoit le nom qu'avec attendrissement, dont il aimoil à parler la langue, dont il chéris- ^oit le clément et pieux Souverain 3 la France
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Oonl les succès le reniplissoient de joie, et les périls Je consternation , snr laquelle il sembloit ciendre une main plus Lieu veillante , et verser les trésors célestes avec plus ■d'effusion cl de prodij^alité j enfin la France y ■dont le Clergé fut souvent honoré de ses ■éloges, et dont les Evéques entourant son -autorité suréminenle de leur profonde vénération , et répondant par l'affection la plus vive à sa tendresse paternelle, trouvoieul <Jans ses lumières, ses encouragements et ^es décisions, leur guide, leur consolalioa -et leur apptii.
Cependant , N. T. CF., celui qui , durant sa vie, prosterné devant le Seigneur, frappoit chaque jour su poitrine comme uii simple Fidèle, et réclanioit humhlemcnt la divine miséricorde , a besoin peut-être luimême d'en ressenlir encore les effets; car le Juge suprême ne peut-il pas découvrir des souillures dans l'àmc la plus sainte, et les Anges sont-ils purs devant ses divins regards? Demandez donc, N. T. C. F. , s'il en est besoin encore après tant de zèle, de ferveur et de vertus, demandez à Dieu, par les plus ferventes prières, de hàler, pour ce digne et bien aimé Père, la possession de
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]a seule gloire dont, au milieu de tant de grandeurs , il estima le prix.
Mais offrez aussi, N. T. C. F. , offrez au Seigneur d'humbles supplications pour qu'il daigne placer sur la Chaire pontificale un digne successeur de Léon XII, qui fasse taire nos gémissements et revivre ses vertus; appelez par des vœux ardents d'abondantes lumières sur l'assemblée de ces hommes vénérables et pieux, inébranlables soutiens de l'Eglise Romaine, que l'Esprit Saint va charger du choix d'un nouveau Pontife, et qui bientôt le désigneront au respect du monde chrétien, à son obéissance et à son amour.