‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 52 sur 57 · DÉ MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

DÉ MONSEIGNEUR

Pour le Jubilé universel accordé par notre saint Père le Pape Pie YIII, à l'occasion de son Exaltation.

Étienne-Jean-François BORDERIES , par la miséricorde Divine et par la grâce du Saint-Siège Apostolique, Evéque de Versailles , au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

C'est pour la première fois qu'il fait entendre sa voix à son immense ironpeuu, le nouveau Poniife que la boulé divine vient de placer sur la chaire de Saint-Pierre , et déjà vous reconnoissez. , N. T. C. F. , dans ses premiers accents les touchants soucis de sa profonde humilité, mais surlout les tendres effusions de son affection paternelle. Quel édifiant spectacle , de voir le Père com-

SgS MANDEMENTS

mun des Fidèles , environné de tant d'éclat, appelé par le Sénat le plus auguste , ou plutôt par l'Espril-Saint lui-même j» à celte haute dignité, gémir, à la face de l'Univers , du fardeau qui l'accable , s'effrayer de sa foiblesse, et ne prendre confiance qu'au souvenir du bras invincible qui doit défendre l'Eglise contre tous les assauts, et la soutenir jusqu'à la consonimation des siècles sur ses immortels fondements! Mais aussi, quel attendrissement de l'enlendre appeler ses enfants à son aide, faire valoir près d'eux les droits de sa tendresse, réclamer leurs prières, et fonder sur la ferveur de leur intercession sa plus douce espérance!

Toutefois, N. T. C. F., celui qui vous expose ses besoins vient soulager les vôtres, et s'il invoque votre secours, il vous en offre par avance le prix j car , ce n'est pas quand il s'agit de vos intérêts, et quand il faut vous prouver son amour, que son humilité se livre aux anxiétés et aux défiances. Alors il se souvient de sa puissance ; il sait quels sont ses droiis, et quel crédit lui donne sur le cœur de Jésus- Christ le titre de son Yicaire, dont il est honoré. Tous les trésors, en effet, de cet adorable Maître, viennent d'être ouverts devant lui, et le premier

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usage qu'il fait de ce glorieux privilège c'est d*y puiser avec liberté pour répandre sur vous les dons spirituels sans ménagement et sans mesure.

L'antique et vénérable nom de Jubilé dit tout à des Chrétiens, et il remplit leur cœur d'une pieuse allégresse. C'est dans le Jubilé que l'insuffisance de nos satisfactions pour nos péchés est couverte par la satisfaction surabondante du divin Rédempteur de nos âmes 5 c'est dans le Jubilé que les salisfactions des Saints elles-mêmes suppléent à l'imperfeclion des nôtres, le sang de Jésus-Christ communiquant ses mérites et sa valeur au sang que ses serviteurs ont répandu poiu" lui. C'est dans le Jubilé que les cris de l'Eglise sont plus, plaintifs, les cœurs des pécheurs plus faciles à s'attendrir; enfin, que Dieu semble oublier sa justice et rester sans défense contre les larmes du repentir. Alors , point de rocher que la grâce ne brise, point de hauteur qu'elle n'abaisse, point do chaîne qu'elle ne rompe , point de ténèbres qu'elle ne dissipe.

Il est vrai, N. T. C. F. , ce Père tendre et vénérable que Jésus-Christ vient de nous donner , semble déjà se laisser entraîner par un amour aveugle pour ses enfants, et dans

la charité qui le presse, oublier, à ce premier moment de son élévation , les lois d'une juste réserve. Qu'elles sont en effet faciles à remplir les conditions qvi'il nons impose, pour répandre sur nous de si consolantes faveurs! Qu'elle sera proniptemeut parcourue cette carrière de mortifications et de prières dont le terme présente un prix si désirable à nos légers efforts! Mais s'il s'abandonne à cette prodigalité, et semble nous livrer sans précaution les richesses dont le Fils de Dieu l'a rendu dépositaire, c'est qu'il met sa confiance dans celle miséricorde infinie dont, plus que jamais, il sonde lés profondeurs et pénètre tons les secrets. Il sait ce qu'on doit se promettre de cet accord unanime des enfants de la Foi qui, d'un bout de l'Univers à l'autre , vont faire monter jusqu'au trône de la miséricorde le cri de leur repentir et de leurs besoins. Il sait que la justice suprême, queîqu'irritée qu'elle puisse être, ne pourra résister à cette pieuse violence, et que le cœur de notre Dieu, toujours si compatissant et si bon, semble, dans ces jours de propitiation et de salut, devenir cependant plus tendre et s'élargir encore.

Yous justifierez son espoir, N. T. C. F.',

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et répondrez à ses désirs. Vous consacrerez ces jours de miséricorde, mais qni vont s'enCuir si rapidement, à médiler sur les vérités éternelles, à gémir de vos foiblesses, à déplorer vos égarements, à former pour nne vie meilleure de généreuses résolutions, ou plutôt vous prendrez l'engagement qui, dans ces jours de séduction et de scandale , renferme tous les autres , celui de pratiquer enfin l'Evangile ouvertement et de bonne foi. Laissez à d'autres cette indigne pusillanimité qui tremble devant les regards de l'impie , cette lâcheté que son sourire fait pâlir , ce respect humain qui se tait devant ses blasphèmes 3 mais vous dont Jésus-Christ est l'ami , le législateur et le Dieu, montrezvous coin\ageusement ses Disciples , ou plutôt portez avec une noble fierté un litre qui peut bien s'allier quelquefois avec des foiblesses , mais qui du moins suppose toujours dans celui qui s'en glorifie, l'esiime et le désir des plus sublimes vertus.

Au reste, N. T. C. F., vos intérêts les plus cherset les plussacrésdeviennent désormais inséparablement liés aux intérêts de ce Pontife auguste , à qui Jésus-Christ vient de confier le salut de l'Univers catholique, et dont le zèle intrépide n'a pas reculé devant

cet intrépide emploi. Offrez doue en retour de l'héroïque dévouement où sa charité l'entraîne, offrez au Seigneur, pour lui, les ferventes supplications d'un amour filial et d'une tendre recounoissance , et puisque la destinée de la barque mystérieuse dont Dieu lui commet la conduite, est d'être sans cesse battue par les orages , demandez à celui qui en est le guide invisible d'apaiser les flots qui l'agitent, ou de profiter de leur violence pour la conduire plus sûrement au port.

4 août 182,9.

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