‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 54 sur 57 · A L'OCCASION DE LA PRISE D'ALGER · texte numérisé non relu

A L'OCCASION DE LA PRISE D'ALGER

EtIENTS'E-JEAN- FRANÇOIS BORDERIES ,

par la miséricorde Divine et par la grâce du Saint-Sie'ge Aposlolique, Evéque de Ycrsailles, premier Aumônier de S. A. R. Madame la Dauphine, au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse , salât et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Enfin nous sommes vainqueurs! la plus sainte des causes a triomphé, N. T. C. F., et les enfants de l'Evangile ont vu tomber à leurs pieds les disciples slupides d'un barbare et voluptueux imposteur. Elle est renversée pour toujours cette puissance qui ne s'étoit fondée que sur les rapines et le sang; il s'est ouvert devant la valeur de nos guerriers ce hideux repaire où une brutalité lé-

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roce enlassoit depuis une longue sniie de siècles tant de captifs et de trésors ; et celte plage cruelle, dont l'aspect seul inspiroit au navigateur l'horreur et l'épouvante, voit enchaîner aujourd'hui pour jamais son avarice et ses fureurs.

Désormais le commerce ne craindra plus qu'on vienne lui ravir ses innocentes conquêtes ', les sciences et les arts pourront sans alarmes poursuivre sur les eaux leurs courses pacifiques; et la mère en embrassant son fils sur le rivage, n'aura du moins à redouter pour lui que la rage des flots.

C'est le Maître Souverain que nous adorons, c'est l'Arbitre du sort des emplies, c'est le Dieu des armées qui vient d'opérer pour uovis ces prodiges. Pournousila calmé une mer qui s'irrite sans cesse, enchaîné les orages, amorti les feux d'un ciel brûlant, renversé les barrières que l'art et la nature nous opposoient à l'envl , et terrassé sous les coups de nos phalanges ces hordes sauvages que sembloient rendre invincibles leur inombre et leur désespoir. C'est Dieu qui tout à la fols a fait retrouver à nos vieux défenseurs leur ancienne vaillance pour se précipiter dans de nouveaux hasards, a tempéré dans nos jeunes guerriers, par une sage

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obéissance, la fougue d'une- trop vive ardeur, enfin a donne à leur valeureux chef ce coup d'œil si sur, cet^ intrépidiié si froide, mais surlouL celte héroïque niagnanimilé, qui dans l'attente du plus cruel malheur, faisoit taire au fond de son cœur le cri des douleurs paternelles, pour n'y laisser d'autre senlimenl que le désir d'assurer le triomphe de la France et du Roi.

Le Roi! qnel cœur, à ce nom seul, ne sent éveiller son courage? est-il un péril, quand le Roi invite à l'affronter, qui puisse donner de l'effroifCest en répétant son nom, ce nom si doux et si cher, que nos guerriers ont traversé les flots, abordé une terre inhospitalière, foudroyé leurs ennemis, et planté sur la demeure d'un dominateur farouche le glorieux étendard des Bourbons.

C'est donc le Roi qui a conduit dos soldats à la victoire, c'est son regard qui de loin a dirigé leur courage, c'est dans son cœur que nos guerriers ont puisé leur invincible ardeur. Plus heureux qu'un empereur puissant et renommé, le Roi de France triomphe dans des lieux où Charles-Quint vit échouer ses apprêts immenses et ses longs efforts j il va même plus loin qu'un des plus illustres comme des moins patients de ses aïeux.

Louis-le-Grand crut en fiûie assez contre ces peuples féroces, en châtiant leur insolence : notre Roi la foule aux pieds et rcncliaîne sans retour. Ainsi Charles X n'est plus seulement le meilleur des monarques, il est encore le plus glorieux des conquérants. Une vénération profonde eulouroit depuis longtemps ses vertus 5 mais sa victoire aujourd'hui relève leur éclat, et lui assure pour jamais l'admiration de l'univers et sa recon- Moissance.

Venez donc, N. T. C. F., venez vous presser autour de nos Autels, venez faire retentir nos Temples des chants d'une sainte allégresse, bénissez le Dieu qui par cette éclatante victoire assvire à notre Religion sainte tant de consolations , à notre Roi tant de gloire, à notre France tant de splendeurj mais aussi conjurez-le de profiter dans sa miséricorde de l'attendrissement que ses bienfaits font éprouver à tous les cœurs , pour les unir ensemble par un lien plus durable et plus fort j et d'éclairer les Français d'une lumière si vive, de les toucher par une grâce si puissante, que tous confondent désormais la religion , le Prince et la Patrie dans un même et seul amour.

10 juillet i83o.

A l'occasion

DE LA MORT DU PAPE PIE Yllî

Etienne- JEAN- FRANÇOIS BORDERIES , par la miséricorde Divine el la grâcedn Saint- Siège Apostolique , Evcque de Versailles , au clergé et aux Fidèles de notre Diocèse , salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

La Sainte Eglise Romaine, N. T. C. F., pleure encore une fois de son veuvage. Une mort imprévue , en lui ravissant le Souverain Pontife Pie VIII, vient de la remplir de consternation et de douleur. A peine étoit-il assis sur le Siège de saint Pierre, et déjà il nous faut déplorer sa perte et renoncer aux consolantes espérances que faisoient coucevoir sa piété profonde, sa longue expsrieuce , ses douces et pacifiques vertus.

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Mais si la mort en frappant sans pitiéles dignités les plus hautes, apprend aux choses humaines quelle est leur insiahilitc, du moins il est une grandeur que ses coups ne peuvent atteindre et qui n'a point à redouter ses humiliantes leçons. C'est à la chaire <ie Saint Pierre qu'est assuré ce glorieux privilège : la parole de Jésus-Christ lui garantit une durée immortelle, et il s'est engagé à la soutenir jusqu'à la fin des siècles sur d'inébranlables fondements. Les successeurs du Prince des Apôtres, qui s'y placent lour-à-lour, n'y trouvent pas, il est vrai, une défense contre la loi comniune de la mortalité , mais leur trône vénérable n'a pas de vicissitudes à craindre. Au milieu àe& orages qui renversent tout autour de lui, il demeure debout j et tandis que de siècle en siècle des systèmes divers naissent pour bientôt mourir, l'autorité de ses leçons reste toujours vivante , et ses oracles ne seront réduits au silence que par la ruine de l'univers.

Offrez donc au Seigneur, N. T. C. F., d^humbles et ferventes prières^ obtenez, par l'ardeur de vos soupirs , que le Pontife que nous pleurons, dépositaire ici-bas des trésors de la miséricorde divine , y participe

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lui-même à son tour j el que celui que l'Esprit-Saint désignera pour nous consoler de sa perle , soit l'héritier de ses vertus , comme il doit Tèlre de son pouvoir.

11 Décembre i83o.

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