‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 115 sur 144 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et indiquent de nouveaux développements. La vérité est toujours ancienne, et rien ne commence dans le monde, que l'erreur.

« Le second vice qu'on peut reprocher aux corporations. » c'est celui d'enseigner comme vérités, des opinions consa- » crées par une longue tradition dans l'école. »

Aujourd'hui une opinion est vraie, parce qu'elle est nouvelle; jadis elle était vraie, parce qu'elle était ancienne, et à tout prendre, la présomption de vérité, comme la présomption de justice, est en faveur de l'ancienneté de possession. Ce respect même superstitieux des corps pour les anciennes opinions, qui rend plus difficile l'introduction des opinions nouvelles, est cette quarantaine rigoureuse qu'on fait subir aux marchandises qui viennent d'un pays suspect, et telle est la force nécessaire de la vérité, que toute opinion qui, à la longue, ne triomphe pas de la résistance des hommes, ou qui succombe, malgré leur protection, est une erreur. Ainsi il est aisé de juger que la législation sévère du christianisme l'emportera, majgré les hommes, sur la législation faible de la philosophie moderne.

« Un troisième vice, et peut-être le plus grand de tous, est » celui de commander despotiquement la croyance des élèves » dans les sciences comme dans la morale, de ne jamais pro- » poser le doute, qui seul excite et développe les facultés de

» l'entendement Ainsi, au lieu de laisser à l'entendement

» humain cette extension de liberté qui le porte sans cesse » vers le perfectionnement, et le rend capable des plus grands » efforts, les instituteurs éloignaient avec soin, ou condam- » naient avec humeur les élans de 1 imagination, les inquié- » tudes du génie, qui cherchent l'appui des vérités jusque » dans le vague des préjugés et des erreurs. » Tous ces reproches rentrent au fond les uns dans les autres, et se réduisent tous à refuser aux corps le génie de l'invention, et à leur faire un crime de défendre ce qui est ancien contre ce qui est nouveau.

Mais on n'envoie pas un enfant dans un collège pour douter, on l'y envoie pour savoir, et l'on peut s'en reposer sur les passions, du soin de nous mettre des doutes dans l'esprit; l'auteur du rapport le dira tout à l'heure. Jamais aucun corps n'a commandé la croyance dans les sciences exactes sans en exposer les principes, ni dans la morale sans en donner les motifs. Et certes, si les sciences admettent le doute de l'incertitude, la morale, règle nécessaire de nos devoirs, ne permet que le doute de la discussion, et la société est entre Yétre et le néant, tant que la morale est entre le oui ou le non. On a joui, dans la révolution, d'une plus grande extension de liberté, et loin de comprimer les élans de l'imagination et les inquiétudes du génie, on a lâché la bride à tous les écarts, à toutes les extravagances de l'esprit humain. Qu'en est-il résulté de grand, d'utile, et même d'ingénieux? Le perfectionnement de quelques méthodes, quelques nomenclatures faites avec plus d'art et d'ordre, ou quelque mécanique qui n'est nulle part usuelle, pas même chez son inventeur; mais que d'erreurs en morale, que d'absurdités en législation, que de fautes en politique, que de sottises en littérature, que d'impostures en histoire, que d'obscénité dans les arts d'imitation, quelle dégénération même dans la langue! Et combien nous devons être humiliés que tant d'essor permis à l'imagination et au génie, tant d'extension donnée à la liberté de tout penser et de tout dire, n'ait pas produit, même dans l'art dramatique, dans cet art dont on a voulu faire le palladium de la morale, le supplément des lois, et le premier moyen d'instruction publique, un ouvrage, un seul ouvrage à peine qui puisse survivre aux circonstances qui l'ont fait naître, et aux preneurs qui l'ont vanté!

« Cependant, continue le rapport, le mécanisme de lins- » truction était si bien organisé dans les écoles, qu'on y con- » tractait l'habitude du travail, et que le vrai talent en sortait

» impatient de se porter à l'étude des vérités Et Ton peut

» poser comme base fondamentale, que, dans les temps qui ont

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