CHAPITRE VII
» précédé la révoluiton, la nature de l'instruction publique » exigeait quelques réformes; mais on ne peut pas nier que la » méthode ne fût admirable... » Saisissons cet aveu, et disons qu'il faut un corps pour l'enseignement public : le passage que je viens de citer décide la question.
Mais comment former un corps en France?... Il faut vouloir, car vouloir est en tout ce qu'il y a de plus difficile; et le gouvernement, ainsi que l'homme, prend souvent ses désirs pour des volontés. Ce n'est pas que les gouvernements n'aient souvent des volontés, mais c'est toujours du côté où ils éprouvent le moins de résistance, et c'est ce qui fait que tous les gouvernements d'Europe font à grands frais tant de choses faciles, et qu'ils entreprendraient plus volontiers de détourner le cours d'un fleuve que de réformer les mœurs d'un village.
Les commencements de tout corps qu'on pourrait former en France seraient imparfaits comme tous les commencements; mais les corps ont bientôt perfectionné les hommes et les choses.
Une fois le corps formé, c'est au gouvernement à empêcher qu'il ne dégénère, et il est sûr d'en maintenir la discipline, tant qu'il ne s'immiscera point dans son régime intérieur. Ce corps chargé de l'éducation publique, et parfaitement institué pour remplir cette destination, existait dans toute l'Europe, et sa suppression l combinée pour le vaste système de destruction qui a fait de la France un monceau de ruines, a été le premier acte de cette sanglante tragédie où nous avons vu tant de catastrophes, et dont l'Europe attend le dénouement.
La religion chrétienne règle les États, les États règlent les corps, les corps règlent les familles, la famille règle l'individu :
1 Quel douloureux rapprochement à faire en ce moment avec ce que l'auteur écrivait ii y a près de trente ans, et qu'il est àcraindrequela seconde suppression de ce corps illustre, suppression plus injuste que la première, n'ait été combinée pour un système de destruction plus vaste encore, et qui serait le dernier acte de cette sanglante tragédie! ! ! (Note de l'éditeur.)
tout tend à faire corps dans le monde social ; c est la force d'adhérence du monde physique, et l'on peut dire qu'il n'y a d'esprit public ou social que dans les corps publics : esprit de religion, esprit de patrie, esprit de corps, esprit de famille, esprit public; enfin, âme de la société, principe de sa vie, de sa force et de ses progrès.