‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 36 sur 144 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CONSTITUTION SEMBLABLE DU MINISTÈRE RELIGIEUX ET DU MINISTÈRE POLITIQUE.

Division de juridiction, hiérarchie dans les fonctions, nature des propriétés, tout, jusqu'aux dénominations, devint peu à peu semblable dans le ministère religieux et le ministère politique. « Tout,» dit M. de La Curne de Sainte-Palaye, dans ses excellents Mémoires sur la Chevalerie, auxquels je renvoie le lecteur, « tout confirme l'idée que nos anciens auteurs ont » eue de faire un parallèle assez exact entre le sacerdoce et » la chevalerie... Presque tous les auteurs se réunissent à re- » connaître, dans l'investiture de la chevalerie, les rapports » sensibles avec les cérémonies employées par l'Église dans » l'administration des sacrements. Les plus anciens panégy- » ristes de la chevalerie parlent de ses engagements, comme » de ceux de Tordre monastique et du sacerdoce. Le privi- » lége attaché à l'habillement ecclésiastique était également » affecté à l'habillement du chevalier, et pour qu'il ne man- » quât rien au parallèle entre les deux états de clergie et de » chevalerie, nos anciens auteurs voulaient étendre sur les » chevaliers l'obligation du célibat. »

L'Église était divisée en métropoles, en diocèses, en paroisses; l'État en gouvernements ou duchés, districts ou comtés (depuis bailliages ou sénéchaussées), en fiefs. L'une avait ses ministres gouvernés par un chef, vicaire de Jésus-Christ, pouvoir suprême de la religion; l'autre, ses nobles commandés par un chef appelé maire du palais, grand sénéchal, enfin connétable, lieutenant né du pouvoir suprême pour la force,

comme le référendaire ou le chancelier le fut ensuite pour la justice. La religion avait ses ordres religieux et politiques, engagés par des vœux, chargés, même alors, de l'éducation publique et du dépôt des connaissances sociales; la politique avait ses ordres militaires et religieux, engagés aussi, et par les mêmes vœux, à défendre la religion contre les infidèles : tous les deux avaient leurs tribunaux spéciaux et leurs assemblées générales, conciles, cours plénières, parlements, étatsgénéraux. Les deux ministères s'appelaient ordres ou personnes ordonnées pour une fonction qui demande subordination dans les volontés et hiérarchie dans les grades. Ils s'appelaient tous les deux milice ou personnes dévouées, de me lito, je me dévoue, qui, par le changement d'e en i, commun à toutes les langues, mêmes vivantes, a fait milito, je combats x.

La nature des propriétés était absolument la même, et elles portaient le même nom. Le ministère de la religion possédait des dîmes et des fonds de terre; le ministère politique possédait des fonds de terre et des champarts (campi pars), dîme ou tasque 2, rentes ou censives, etc., c'est-à-dire une contribution en nature de denrées. Les propriétés des unes et des autres s'appelaient également bénéfices, ou biens employés à faire le bien de la société. Les propriétés de l'ordre ecclésiastique ont retenu le nom de bénéfices; celles de la noblesse ou de l'ordre politique ont pris le nom de fiefs. Écoulons Sieyes : « Plus je » réfléchis à cette alternative (de doter le clergé en propriétés. » ou de le salarier en argent), et moins je peux trouver mau- » vais que le service ecclésiastique ait continué d'être à la » charge des terres cédées au clergé, et même j'oserai regretter » que les dépenses militaires aient cessé d'être acquittées par

1 Cette identité s'étend jusqu'au pouvoir môme des sociétés. Les rois, dans l'Écriture, sont appelés Christs, et Jésus-Chris! est appelé nis et jusqu'au nom de/ils de l'homme, qui est spécialement réserve à Jesus-Christ, l'Église, dans sa liturgie, le donne aux rois, et super filium hominis quem confirmasti tibi.

Tasque est le mot taxe, défiguré par le peuple, qui dit tasque au lieu de taxe, comme il dit fisque au lieu de fixe, et sesque au lieu de sexe.

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