‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 37 sur 144 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

» cette énorme quantité de fiefs fondés en France, en faveur » d'un corps national militaire qui n'existe plus. On ne me » fera jamais accroire que cette manière d'assurer les deux » grands services publics de la société fût plus onéreuse au » peuple que l'impôt dont il est presque partout accablé. » Ce passage, extrêmement remarquable, est textuellement extrait des Observations sommaires sur les biens ecclésiastiques, publiées en 1789.

Les contributions pour la subsistance des ministres de la religion et de ceux de l'État sont naturelles, sont nécessaires, ce qui fait qu'elles ont été connues dans toute société et à toute époque de la société, et qu'on ne peut pas même concevoir une société sans ministres, ni des ministres sans moyens assurés de subsistance. Ainsi, quelle qu'eût été l'origine des biens de Tordre ecclésiastique et de ceux de l'ordre politique, origine sur laquelle des écrivains, prétendus philosophes, ont débité tant d'inepties ou tant d'impostures, ces biens donnés ou acquis, mais non usurpés, avaient été réglés par l'autorité publique à mesure que la société s'était constituée, et ils étaient devenus établissement public, nécessaire pour perpétuer le corps ecclésiastique ou les familles nobles. Les progrès de la civilisation commencèrent en Europe avec l'état fixe et propriétaire du ministère public, et les désordres de l'état sauvage y ont recommencé lorsque le ministère public y est devenu amovible et salarié.

Tout était donc parfaitement semblable l dans la destination sociale et dans la constitution extérieure des deux ordres, dont l'un devait juger la doctrine et combattre les vices, et l'autre juger les actions et punir les crimes. Et si la raison et l'histoire ne nous disaient pas qu'ils sont parfaitement semblables

' Cette correspondance entre les deux ordres était telle, que dans la suite le grade de docteur était le grade pair de celui de chevalier, et que l'hermine était la décoration distinctive de l'un et de l'autre. Licencié répondait kécuyer, et bachelier, ne veut dire que bas chevalier. Cette parité est évidente dans les compositions pour le meurtre, établies dans les premiers temps.

entre eux, les malheurs communs et la haine désespérée dont ils ont été à la fois l'objet suffiraient pour nous l'apprendre. Ainsi, selon la remarque de l'auteur des Études de la Nature, l'État partout s'élevait avec l'Église, le donjon à côté du clocher, le seigneur ou le magistrat à côté du prêtre, et dans cette double institution, qui réglait les volontés et les actions religieuses des fidèles, les volontés et les actions civiles du féal ou du sujet, était le moyen de tout ordre public et de toute perfection sociale, qui consiste dans ces deux mots : Gloire à Dieu et paix aux hommes dont les volontés sont bonnes, c'est-àdire qui prennent l'ordre général pour unique règle de leurs volontés particulières.

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