RELIGIEUX MENDIANTS, TROUPES SOLDÉES
Avant de parler de la révolution faite au quinzième siècle dans l'état du ministère public, je dois, pour faire sentir la différence des temps, et par conséquent des institutions, avant et après cette époque, placer ici un morceau tiré du Catéchisme universel de M. de Saint-Lambert, ouvrage que je m'abstiendrai de caractériser, par égard pour un homme vivant, mais qui se ressent autant de la caducité de la philosophie que de celle de l'auteur. Le lecteur remarquera peut-être que l'époque dont parle cet écrivain fut précisément celle des innovations; mais il doit observer que l'effet bon ou mauvais des grands changements n'est sensible qu'au bout d'un intervalle de temps souvent considérable, et que pour une nation en société, comme pour un corps en mouvement, l'impulsion donnée subsiste encore, même après que la direction est changée.
Ce qui prouve avec la dernière évidence les funestes effets des innovations faites dans l'État et dans l'Église, à l'époque dont nous parlons, est qua cette époque même, « la France, » dit avec beaucoup de raison 31. de Saint-Lambert, « a été le » pays où la justice a été le mieux administrée, et dans lequel » les magistrats ont eu le plus l'esprit, le caractère, les mœurs » qu'ils devaient avoir. Leur pouvoir n'offensait personne, il » ajoutait à la sécurité de tous; il donnait la force de situation. » Les nobles jouissaient comme propriétaires protégés par les » lois : leurs droits, et non leur puissance, assuraient leur » tranquillité. La nation prenait toutes ces habitudes qui, » dans une monarchie, deviennent des vertus. Dans ces