‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 42 sur 144 · CHAPITRE IV. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. H

» moments, les mœurs des Français ont été peut-être compa- » râbles aux plus belles mœurs des nations les plus illustres de » l'antiquité (beaucoup meilleures).... La religion, telle qu'elle » était à peu près en France, était en général soumise aux » rois, soumise aux magistrats ', et favorable à l'ordre et aux » mœurs. Les troubles religieux qui s'élevèrent forcèrent le » gouvernement à suspendre l'exécution de ses desseins utiles, » et à s'opposer aux opinions nouvelles. Ces opinions prirent » naissance dans ce siècle où plusieurs papes eurent des » vertus. On ne souffrait pas beaucoup alors des excès de la » papauté, mais on en craignait le retour. Les maux étaient » diminués, et l'impatience était augmentée. Luther n'était » pas un homme de génie, et il changea le monde. Le livre » de Calvin parut, et le chrétien de Calvin est nécessairement » démocrate. . Tous les sectaires plus ou moins tendaient à » l'indépendance. » Je reviens à mon sujet.

« Le concile de Latran, dit Fleury, avait très-sagement » défendu d'instituer de nouveaux corps religieux. » Mais la cour de Rome crut que les maux de l'Église et les besoins de la religion demandaient des secours extraordinaires, et peutêtre aussi que quelques papes, irrités des obstacles que le clergé et les universités avaient opposés à des prétentions qui n'avaient jamais été parfaitement éclaircîes, regardaient comme nécessaire l'institution dune milice plus disponible en quelque sorte pour les fonctions ecclésiastiques, et plus dévouée à leurs volontés. « Il eût, ce semble, été plus utile, reprend Fleury, » que les évêques et les papes se fussent appliqués sérieuse- » ment à réformer le clergé séculier, sans appeler au secoure » ces troupes étrangères. » Quoi qu'il en soit, les papes favorisèrent l'établissement des religieux mendiants 2. Mais trop

' Et un peu plus que les magistrats n'étaient soumis à la religion.

{Note de lÊditeur.)

2 II faut dire cependant que le pape Innocent III taisait difficulté d'approuver le nouvel institut de saint François ; mais le cardinal de Saint-Paul, évêquede Sabine, le détermina par des raisons qui font honneur à sa piété

frappés peut-être des abus qu'entraînaient les richesses de l'ancien clergé, ils ne firent pas assez d'attention aux suites probables de la pauvreté à laquelle le nouveau se condamnait, et en voulant réprimer le luxe, ils ouvrirent la porte à l'avarice, qui se nourrit de désirs bien plus que de jouissances. La réforme dans le chef et dans ses membres, appelée par tant de conciles, selon Bossuet, et après laquelle l'Église soupirait depuis longtemps, cette réforme, à laquelle la réforme prétendue de Luther et de Calvin apporta le plus grand obstacle, ne pouvait être que la correction des hommes, l'amélioration des institutions, et non l'altération des principes; et des corps qui ne doivent subsister que de dons volontaires comme dans l'état naissant de société, établis tout à coup au milieu d'une société âgée, où tout, et la religion elle-même, était assis sur la propriété, doivent y produire de la discordance dans les formes, et donner aux idées une direction nouvelle, et peutêtre même opposée aux anciennes idées. Aussi lorsqu'on réfléchit aux progrès des opinions, et à l'influence lente, mais irrésistible, qu'elles exercent sur les actions humaines, on n'oserait peut-être pas soutenir que ces maximes de détachement universel de toute propriété, de pauvreté apostolique, de perfection évangélique, prèchées, et même pratiquées par les ordres mendiants à leur naissance; que l'indépendance qu'ils affectèrent plus tard des évêques, et même la facilité que quelques-uns introduisirent dans la morale, n'aient pas disposé les peuples à voir peu après, avec moius d etonnement.

plus qu'à son jugement. Il demanda au pape s'il voulait condamner l'Évangile. Ce n'est, au reste, qu'avec les égards dus à la papauté qu'on peut parlei des erreurs, ou même des vices de quelques papes, et comme des enfants bien nés parlent des torts de leur père. Depuis un demi-siècle, les écrivains même catholiques se permettaient sur la cour de Rome la censure la plus aigre, et souvent la plus injuste. Il est intéressant de remarquer dans les relation:quelquefois épineuses des parlements avec les papes, les égards et le respect que les magistrats alliaient avec des procèdes même sévères.... C'est ce qu'on ne doit jamais oublier.

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