‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 44 sur 144 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et l'on n'a pas oublié l'origine de la révolte de Luther, et qu'une dispute survenue entre des corps pauvres, à l'occasion des distributions lucratives, avait été l'étincelle qui produisit ce long et funeste embrasement. Mais aussi accourut au secours de la religion et de la vie monastique, « tombée, dit » Fleury, dans un grand mépris depuis l'introduction des » mendiants, » cette milice, dont les religieux mendiants na vaient été que l'ébauche, et comme la première épreuve; ce renfort devenu nécessaire à l'instant où l'Eglise, attaquée avec fureur au dedans par de beaux esprits et des savants, au dehors par des princes, obligée de se défendre contre ses propres enfants, avait, dans un autre monde récemment découvert, de nouveaux ennemis à combattre, de nouveaux Etats à conquérir. On voit assez que je veux parler de l'ordre des Jésuites, institution la plus parfaite qu'ait produite l'esprit du christianisme, née pour le combat, et cependant propre à la paix, constituée pour tous les temps, tous les lieux et tous les emplois; corps puissant et riche, où le particulier était pauvre et soumis, considéré des grands et respecté des peuples, réunissant à un égal degré l'esprit et la piété, la politesse et l'austérité, la dignité et la modestie, la science de Dieu et celle des hommes. Je passe au ministère politique.

Les guerres intestines et les expéditions d'outre-mer avaient porté un coup mortel à l'ordre politique. Les familles qui avaient survécu s'étaient enrichies de l'héritage des familles éteintes; d'autres s'étaient appauvries par le pillage et la dévastation de leurs biens. L'égalité entre les familles du même ordre en fut altérée, ou les inégalités s'accrurent. Les plus pauvres vendirent leurs fiefs, comme plus anciennement elles les avaient donnés au clergé, et l'ordre politique s'affaiblit par l'extinction des familles, et plus encore par l'aliénation ou l'agglomération des fiefs.

Cet affaiblissement de l'ordre politique, la nécessité de repousser les Anglais, qui, les premiers en Europe, avaient placé la force de leurs armées dans les troupes soldées; la

fureur des conquêtes en Italie, qui saisit nos rois à cette époque, déterminèrent Charles VII à faire un établissement fixe de ce qui n'avait été jusqu'à lui qu'une levée accidentelle et passagère. Les troupes soldées n'avaient été jusqu'alors que la partie la moins nombreuse et la moins estimée des armées françaises; elles en devinrent la force et la partie principale : différence importante, qui, dans une nation monarchique, place la force de l'Etat dans l'infanterie qui a toujours fait la force des Etats populaires ou despotiques ; arme plus soumise que fidèle, plus propre à l'agression qu'à la défense (et c'est aussi l'esprit de la démocratie), et qui, plus portée au mécontentement que la cavalerie par la nature de sa composition, ou parce que l'homme y est moins occupé, a partout été, et même en France, le premier et le plus puissant instrument de révolution. Les religieux mendiants, dépendant de ceux qui donnaient, avaient mis un principe démocratique dans l'Église, et condescendu trop souvent aux faiblesses des fidèles, ou quelquefois appuyé les prétentions indiscrètes de la cour de Rome, « car, dit Fleury, ce furent les Frères men- » diants qui poussèrent aux plus grands excès les prétentions » de l'autorité des papes \ » De même les troupes soldées, dépendantes de ceux qui payaient, avaient mis un principe démocratique dans l'Etat; prêtes à servir, suivant le temps et les occurrences, les faiblesses du peuple et les abus du pouvoir. Une armée de soldats est un peuple armé, véritable démocratie militaire, observe Montesquieu, en parlant de l'empire romain, où l'empereur n'était qu'un premier magistrat toujours amovible « Charles VII, » dit Robertson dans son Introduction à

1 Le pape a une autorité ordinaire pour les temps ordinaires, une autorité extraordinaire pour les temps extraordinaires, et la doctrine des partisans outrés des maximes italiennes consiste à lui attribuer une autorité extraordinaire pour les temps ordinaires, c'est-à-dire, une autorité inutile, et dont l'Église n'a pas actuellement besoin ; de même que les partisans fougueux des maximes gallicanes laissent à peine au pape une autorité ordinaire même pon les temps extraordinaires.

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