‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 48 sur 144 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Depuis Charles Vil et François Ier jusqu'à l'infortuné Louis XVI, les atteintes portées à l'ordre du ministère politique, ou dans les personnes, ou dans les propriétés, nous conduisent, de règne en règne, jusqu'à l'abolition du pouvoir lui-même, et dans la personne, et dans la dignité. Ainsi Henri III et Henri IV l (et Hénaut s'en étonne avec raison) déclarèrent que la possession d'un fief même de dignité n'ennoblirait plus ; Louis XI1Ï ôta à l'ordre son chef immédiat, en ôtant à la royauté un lieutenant nécessaire, et il abolit la charge de connétable. Louis XIV soumit la personne des nobles et leurs biens à des impôts, qu'ils ne devaient acquitter, et qu'ils n'acquittaient autrefois que par le service personnel; et c'est ce qui fait dire à Montesquieu que « les terres du mi- » nistère doivent avoir des privilèges comme les personnes. » Louis XV, en limitant les substitutions, ordonna aux familles de s'éteindre, et Louis XVI enfin commanda à l'ordre, et à tous les ordres, de s'anéantir, lorsqu'il les invita à voter par tête : innovation contre la nature de la société qui compte des ordres de personnes, et non des têtes d'individus ; erreur funeste qui fut la cause immédiate de nos malheurs.

'Henri IV s'appelait volontiers le premier gentilhomme de son royaume, dans le même temps que le calviniste Montbrun disait qu'un gentilhomme qui avait l'épée au poing et le cul sur la selle était égal au roi. Les nouvelles doctrines avaient introduit des idées d'égalité jusque sur le trône, et des idées d'indépendance même chez le ministre.

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