CHAPITRE VIL
sa province, et à sa place son sénéchal ' ou bailli, était assisté en jugement et en combat par les nobles de son ressort, vicedomini ou vidâmes, vice-comités ou vicomtes, juniores castaîdii ou châtelains, vicarii, etc., ses pairs, c'est-à-dire ses semblables, et non ses égaux, puisqu'ils jugeaient et combattaient avec lui, comme lui, et sous lui; le roi, enfin, dans ses plaids ou parlements, était assisté en jugement, comme il l'était en combat, par les premiers magistrats, ducs, sénéchaux, baillis, ses barons, son baronnage, seniores, seigneurs, ses pairs ou ses semblables, puisqu'ils jugeaient et combattaient sous lui, comme lui, et avec lui, et qu'ils exerçaient, dans une partie considérable du royaume, la fonction suprême de juger et de combattre, qu'il exerçait et dirigeait dans toute sa plénitude dans le royaume entier. Là, et non ailleurs, est la véritable et antique origine de la pairie; et certes, il est temps enfin d'en chercher la nature, plutôt dans la constitution de la société que dans les opinions des hommes. Je puis citer, sur ce que j'ai dit des baillis ou sénéchaux, le célèbre Ducange 2, et mieux encore, les faits, et ces formes antiques qui s'étaient conservées dans nos anciens usages. Les chefs du jugement et du combat, dans les provinces, les sénéchaux ou baillis, comme représentant les anciens ducs ou comtes, et dont ils étaient les lieutenants, tenaient encore aujourd'hui lieu de ces officiers, puisqu'ils étaient même aujourd'hui de tous les magistrats les seuls qui
1 On appelait sénéchal, dans la langue d'oc, ce qu'on appelait bailli dans le pays d'en-deçà la Loire, ou la langue d'oui. L'officier du bailliage, qu'on appelait lieutenant-général, s'appelait juge-mage (judex major) dans la sénéchaussée. A Paris, la sénéchaussée ou bailliage s'appelait le Châtelet; le bailli ou sénéchal, prévôt de Paris,]et ses lieutenants-généraux, le lieutenant civil et criminel.
* Sub prima regum stirpe inter regni optimates quiplacitis etjudiciis regiis intererant accessentur senescalli... Senescallus idem dicit ac minister domini vicarius; senescalli munus in rébus bellicis prœcipium fuit... Senescallorum denique erat jus reddere principis subditis eo quo nomine cœteris judiciis prœerat. Senescalli appellantur in Us provinciis quœ antequam coronœ Franciœ unirentur principibus suis paruerant, cùm ballivos habere solius régis est.
fussent distingués des autres officiers civils ou militaires, dans la circonstance où tous les ordres de l'État jouissaient de la plénitude de leur existence politique, je veux dire aux étatsgénéraux, dont les sénéchaux et les baillis en présidaient par eux-mêmes ou leurs lieutenants-généraux les assemblées élémentaires. Ils y présidaient même les ducs et pairs actuels, qui n'y étaient que de simples seigneurs de fiefs, et même en cette qualité les princes du sang qui y ont assisté. Même avant la révolution, dans la marche ordinaire de l'administration, la justice se rendait, dans les fiefs, au nom du seigneur; dans la province, au nom du sénéchal ou du bailli; dans le royaume, au nom du roi. Il n'y avait rien de changé à cet égard : mais telle était la dégénération des vrais et anciens principes, que l'office de sénéchal, le seul qui fût reconnu par la constitution, était tombé en désuétude, et qu'il était à peine connu de celte opinion prétendue publique qu'une administration inattentive avait laissé germer dans la nation.
J'ai dit que les magistrats, chefs du jugement et du combat dans les différents ressorts des provinces, étaient dans l'origine les pairs du roi, chef de la justice et de la force dans l'État ; et ce qui le prouve, c'est, 1° que postérieurement, et lorsque les magistrats eurent rendu leurs commissions héréditaires, et qu'ils en eurent fait de grands fiefs, ils continuèrent sous leur nouvelle forme d'être les pairs du roi, à l'exclusion même des princes ou seigneurs du sang qui n'étaient pas feudataires : et même on vit des femmes héritières de grands fiefs, assister en jugement le roi comme ses pairs; 2° que les baillis, ou chefs de la noblesse dans les provinces, étaient à cet ordre précisément ce que les évèques étaient à l'ordre du clergé, et que le roi n'avait, même aujourd'hui, de pairs ecclésiastiques que parmi les évêques : raison d'analogie qui est extrêmement forte quand on traite des antiques usages de la monarchie française, où Ton voit dans toutes les assemblées politiques siéger à la fois les grands ou officiers du clergé, et les grands ou officiers de la noblesse. « Les plus anciens auteurs, » dit