‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 58 sur 144 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

gentilshommes protestants s'attachèrent aux princes rebelles ou à l'amiral de Coligni, et même au temps de la ligue, les gentilshommes catholiques servirent moins Henri III que les Guises. On lit dans les mémoires du temps que, sous Henri IV, le duc d'Épernon, brouillé avec Sully, n'osa point sortir de son hôtel, parce qu'il n'avait que six cents gentilshommes autour de lui, et que Sully en avait huit cents. Lors de la fronde, on les vit offrir leurs services au prince de Gondé, au parlement, à Mazarin, même au coadjuteur. Ces dévouements étaient publics et connus même sous Louis XIV, et l'on en trouve un exemple remarquable dans le journal de son règne, que le P. Daniel a inséré à la suite de son histoire. « M. le prince, » dit le journal, « ayant fait demander justice » au roi par M. Le Tellier contre le comte de Goligni, qu'il » accusait de dire partout qu'il tuerait M. le prince, le roi » répondit qu'avant de prendre un parti, il fallait entendre ce » que Coligni avait à dire pour se justifier; qu'il avait appris » que Coligni disait partout que M. le prince ne le haïssait » après l'avoir tant aimé, et avoir dit tant de bien de lui, que )> parce qiïil s'était attaché uniquement au service du roi; et que » si ce propos avait quelque fondement, il (le roi) se croirait » déshonoré, s'il abandonnait Coligni à la colère de M. le » prince. » La noblesse aujourd'hui ne servait plus que l'État, et si une fois, alarmée des dangers que courait la personne royale, elle a manqué, pour sauver le roi, à la loi fondamentale de la constitution, qui lui ordonnait de rester distinguée, ou plutôt distincte des deux autres ordres, en se rappelant les temps et les lieux, qui oserait lui en faire un crime?

Page 1