‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 71 sur 144 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qu'elle avait élevés au faîte du pouvoir '. Elle était donc sage et conforme à la nature de l'homme et de la société, elle laissait un libre cour* à l'industrie, et des chances favorables au mérite; elle accordait le moins possible aux passions humaines, cette institution connue en France, qui invitait toutes les familles à sortir à leur tour de l'état privé pour arriver à l'état public, qui, faisant passer par degrés la famille, de la charrue ou du comptoir, à la profession des armes ou à celle des affaires, la préparait peu à peu à remplir les plus hautes grades de la magistrature civile ou guerrière, accoutumait ainsi les uns à l'élévation, et disposait les autres à la voir sans trop d'envie; cette institution qui faisait croître la fortune avec les honneurs et l'émulation avec les moyens, qui donnait aux choses, aux hommes, à la société toute entière une marche progressive, et lui évitait ces secousses irrégulières et brusques qui la rejettent si souvent en arrière; cette institution qui faisait que l'élévation d'une seule famille se composait de sa propre industrie, de la considération publique, de l'approbation d'un corps, de la sanction du pouvoir. L'homme, qui sème toujours l'ivraie dans le champ de la nature, avait corrompu cette institution, je le sais, et l'élévation était devenue trop facile; mais les abus sont aisés à extirper, lorsqu'ils ont germé dans une institution utile, au lieu que les meilleurs règlements sont impossibles à maintenir, lorsqu'ils sont employés à corriger ou à soutenir une institution vicieuse.

1 On a remarqué que l'état de cordonnier avait fourni un très-grand nombre de membres des institutions révolutionnaires.

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