CHAPITRE XV
leur service à cheval, aujourd'hui surtout qu'on à mis à cheval jusqu'à l'artillerie '.
Ces institutions s'accommodent à tous les temps comme à tous les lieux, parce qu'elles sont naturelles. Cette pospolik (on appelle ainsi en Pologne la cavalerie propriétaire) n'était que brave dans un temps, elle serait disciplinée dans un autre. On obtient tout des hommes, lorsqu'au lieu de leur répéter sans cesse que la loi doit plier sa force à leur faiblesse, on leur dit que leur faiblesse doit être soutenue par la force de la loi, et leurs dérèglements redressés par sa rectitude; lorsqu'au lieu de leur parler sans cesse de plaisirs et de jouissances qui font aimer la vie, on ne les entretient que de devoirs et de sacrifices qui la font supporter; lorsqu'on leur dit enfin que la perfection étant la vraie nature de l'homme, et ses penchants sa nature corrompue, les lois les plus contraires à ses penchants sont les plus naturelles à sa raison.
On trouve dans le journal de Louis XIV une preuve de ce que peut la force de la discipline sur les hommes, preuve à laquelle rien ne peut être comparé dans l'histoire ancienne ou moderne, et qui offre de grandes leçons aux chefs, et de grands exemples aux subalternes. « Les Suédois, commandés par » Gustave-Adolphe, avaient en Allemagne l'armée la mieux » disciplinée qui ait jamais été. Tous les enfants qu'ils avaient » eus depuis l'entrée de Gustave en Allemagne étaient accou » tumés aux mousquetades. Quoique l'armée ne soit pas un » lieu fort propre pour élever la jeunesse, néanmoins on pre- » nait un soin très-exact de leur éducation, leur faisant ap- )> prendre à lire et à écrire dans de petites écoles portatives, » que l'on tenait dans le quartier ou dans le camp... Les en- » nemis étaient quelquefois campés si proche, que leur canon » portait sur la petite école, où l'on a tu trois ou quatre en-
' Les Anglais riches habitent beaucoup la campagne, et servent dans leur milice à cheval; aussi les chevaux sont-ils extrêmement multipliés en Angle* terre.
» fants emportés d'un seul coup, sans que les autres chan- » geassent de place ou quittassent la plume qu'ils avaient à » la main... Cette armée était telle, qu'il n'est pas au pouvoir » de tous les rois du monde d'en composer une semblable, » parce que le temps et la discipline l'avaient formée, et qu'ils » avaient appris, sous le grand Gustave, à commander et à » obéir. Si l'autorité des chefs était absolue dans l'armée, celle » des ministres de la religion ne l'était pas moins; c'étaient » des censeurs sévères, qui ne souffraient ni le blasphème ni » le scandale, en sorte que le continuel exercice de la guerre » et de la discipline rendait cette armée invincible. »
Qu'on ne s'étonne pas de la préférence que nos pères donnaient à la force propriétaire sur la force soldée. Ils auraient tremblé de voir la société opposer pour sa défense le peuple armé au peuple indigent; ils distinguaient avec trop de soin les personnes sociales et les fonctions publiques, et sans doute, dans leur simplicité, ils auraient eu peine à concevoir qu'un gouvernement pût être tranquille, lorsque sa sûreté, son existence même pouvaient tenir à une solde arriérée pendant quelques semaines, ou à une subsistance trop chère de quelques sous.
Le ministère public avait autrefois un chef immédiat, connu sous le nom de connétable. Cette dignité, qui a sauvé l'Etat sous Duguesclin, et l'Église sous Anne de Montmorency, appartenait exclusivement à la noblesse, et elle a été dangereuse, lorsqu'elle a été conûée à des mains plus puissantes. Les rois, en France, n'ont pas assez senti combien ce premier officier était nécessaire au pouvoir dont il était le vicaire, et trop alarmés sur les trames ambitieuses de quelques hommes, ils ont fermé les yeux sur le danger des révoltes populaires : à la place des dignités, ils ont créé des commissions; le prince a été entouré de courtisans, cl l'Etat n'a plus eu de serviteurs.
Ce premier officier du pouvoir existait chez les Germains : Reges ex nobiliate, duces ex virtuie sumunt; il existait même chez les Romains, lorsqu'ils se constituaient en monarchie, et