‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 87 sur 144 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

le maître de la cavalerie, lieutenant du dictateur, véritable monarque, avait les mêmes fonctions et presque le même titre que le connétable, cornes stabuli, comte préposé à la cavalerie. Une dignité, qui était en quelque sorte le bras du pouvoir, et qui soutenait un roi faible sans alarmer un roi fort, a toujours existé en France jusqu'à Louis XIII, sous un nom ou sous un autre. Je dis jusqu'à Louis XIII, car il est à remarquer que cet office, conservé, agrandi par les rois les plus forts, a été aboli par le roi le plus faible. Ce fut saint Louis qui donna au connétable les attributions militaires de la charge de grand sénéchal, devenue héréditaire dans la maison d'Anjou, et entrée avec les autres biens de cette maison dans celle d'Angleterre. Les offices ne peuvent être dangereux que lorsqu'ils deviennent héréditaires contre la nature desoffices, qui doivent être électifs, duces ex virtute. Les survivances pour les grandes places étaient un des grands abus des derniers temps. On retrou vait encore quelque vestige de la juridiction personnelle de connétable dans le corps de la connétablie, et même de la dignité ellemême dans le tribunal des maréchaux de France, présidé par le plus ancien d'entre eux. Les maréchaux de France étaient autrefois les lieutenants du connétable, qui avait en eux ses lieutenants-généraux pour l'ordre militaire, comme il y en avait dans l'ordre judiciaire. Mais les lieutenants-généraux étant devenus, sous le titre de maréchaux de France, les premiers officiers militaires, il s'éleva à leur place d'autres lieutenants-généraux des armées, qui existaient encore de nos jours, comme dans les bailliages, le lieutenant-général ayant conservé seul l'exercice de ses fonctions, eut au-dessous de lui des lieutenants particuliers civils et criminels.

La valeur guerrière, les talents politiques, l'industrie honnête et heureuse, rendront au ministère politique les membres que la révolution lui a enlevés : c'est ainsi du moins qu'ont fini jusqu'à présent toutes les révolutions, et ceux qui seront venus sur la fin de la journée recevront la même récompense que ceux qui ont supporté le poids du jour et de la chaleur.

Les souvenirs s'effacent, les passions se calment \ les hommes disparaissent, et la société survit aux hommes et aux événements, plus éclairée par ses erreurs, plus sage de ses fautes, et quelquefois plus forte même de ses revers.

Le voile sombre de l'avenir couvre les destinées de la société; mais telle que ces femmes des rois de l'Inde qui périssent sur le bûcher de leurs époux, la noblesse française a cessé d'exister lorsque le trône a été renversé. Elle n'est plus, mais la postérité dira peut-être que si elle n'a pas fait trembler l'Europe, elle a défendu la France, et associé son nom et ses services à tous les événements mémorables qui ont illustré la monarchie; que si elle n'a jamais fait des lois, elle les a défendues avec courage devant les rois, et interprétées avec intégrité en faveur des peuples; que si elle n'a pu se préserver d'un siècle entier de faux savoir et de licence, elle a répandu en Europe, depuis dix siècles, un esprit d'honneur, de désintéressement, de loyauté et de dévouement qui tempérait le pouvoir, ennoblissait la dépendance, et formait encore en Europe la défense et l'ornement de la société. Sans doute, quelques familles ont vécu trop d'une génération, et quelques hommes trop d'un jour; mais c'est en général qu'il faut considérer la société et tout ce qui s'y rapporte, et j'ai voulu justifier les institutions, et non faire l'apologie des hommes passés, ou la satire des hommes présents. Dans les institutions qui sont l'ouvrage des hommes, les hommes sont souvent meilleurs que leurs lois; mais dans les institutions qui sont l'ouvrage de la nature, les lois sont toujours plus parfaites que les hommes :

1 Ils ont peut-être reçu une récompense plus forte;... mais les souvenirs se sont- ils effacés, les passions se sont-elles calmées, et la révolution à-t-ellc uni ?.... {Note de l'Éditeur.)

2 C'est ee qu'on ne doit jamais perdre de vue, quand on compare certaines institutions religieuses ou politiques avec d'autres institutions, certains hommes avec d'autres hommes, et qu'on cherche à s'expliquer pourquoi les hommes sont si rarement d'accord avec leurs principes, et qu'ils sont tantôt meilleurs que leur doctrine, et tantôt plus mauvais.

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