DE L'EDUCATION EN GENERAL
La nation française, effrayée du vide immense que d'anciennes fautes et des désordres récents ont laissé dans l'instruction publique, soupire depuis longtemps après un établissement public d'éducation, et le gouvernement, pour qui le désordre est plus pesant qu'aux peuples mêmes, pour me servir de l'expression de Montesquieu, a interrogé les autorités locales sur les anciens moyens d'éducation qui existaient en
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France; et il annonce l'intention prochaine d'acquitter enfin cette première dette de l'administration, ou plutôt de pourvoir au premier besoin de l'État.
Les vrais amis de leur pays ne doivent pas laisser échapper cette occasion d'entourer l'administration de toutes les lumières que l'expérience et l'observation ont pu fournir sur cet objet important; car si c'est un devoir de dire la vérité aux gouvernements, môme lorsqu'ils la repoussent, c'est un bonheur de la leur offrir, lorsqu'ils la cherchent.
J'entre sur-le-champ en matière; je me garderais bien d'écrire sur l'éducation, si j'avais à en prouver la nécessité. « J'ai » toujours pensé, écrivait Leibnitz, qu'on réformerait le genre » humain, si l'on réformait l'éducation de la jeunesse. »
On a confondu, dans notre révolution, les différentes sociétés auxquelles l'homme appartient, et ses divers rapports dans chaque société. On n'a pas distingué l'homme de la famille de l'homme de l'Etat, l'homme privé de l'homme public, et il a résulté de cette confusion un système d'éducation qui n'est pas plus propre à former l'homme pour la société domestique, qu'à le former pour la société publique.
Il faut donc remonter aux éléments de la société, pour établir les principes de l'éducation qui convient à l'homme. L'homme et la société sont aujourd'hui comme un pays hérissé, faute de culture, de halliers épais qui en dérobent la vue, et en défendent l'approche. Il faut, pour s'y reconnaître et en tracer la carte, se placer sur le point le plus élevé.
L'homme naît ignorant et faible, mais capable d'apprendre, par le secours d'autres êtres intelligents, à connaître et à agir; bien différent de la brute qui naît avec un instinct qui, sans aucune instruction, suffît à ses besoins. En un mot, l'homme naît perfectible, l'animal naît parfait.
L'art de faire passer l'homme, educere, educare, de l'état d'ignorance et de faiblesse à l'état de connaissance et d'action. Rappelle éducation.