‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 91 sur 144 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

surtout échauffer son cœur, et qui regarde l'amour comme la faculté souveraine des deux autres facultés : véritable pouvoir dans l'homme, puisqu'il donne la volonté à sa pensée, et l'action à ses organes.

Ce n'est pas que la philosophie ne reconnaisse aussi dans l'homme des affections et un amour, mais c'est l'amour de soi dont elle fait le mobile de toutes nos actions, même sociales, et elle veut que la bienveillance universelle ne soit qu'un égoïsme éclairé. La religion, au contraire, commande, inspire l'amour des autres, et en fait le fondement de la société. Ainsi une fausse philosophie commence par isoler les hommes, et les concentre en eux-mêmes pour mieux les porter au dehors et les réunir dans une réciprocité de secours et de services, et la véritable sagesse nous dit que, pour servir les autres comme on se sert soi-même, il faut les aimer comme on s'aime soimême.

Résumons. Le but général de l'éducation est de donner à l'homme la connaissance des lois qu'il doit suivre, de lui inspirer de l'affection pour les objets qu'il doit aimer, de diriger son action vers les devoirs qu'il doit pratiquer. Connaître, aimer, agir, voilà tout l'homme et toute la société. « L'Egypte » n'oubliait rien pour polir ïesprit, ennoblir le cœur et forti- >; fier le corps, » dit Bossuet, qui admet cette distinction.

Les êtres moraux ou sociaux sont tous compris dans les manières d'être générales de pouvoir, de ministre et de sujet. Mais les hommes naissent et vivent tous sujets : sujets, au moins dans la famille> d'un pouvoir humain; sujets partout, et pour jamais, du pouvoir divin. Tous les hommes ont donc, sous ce rapport, les mêmes lois à connaître, les mêmes devoirs à pratiquer, donc la même éducation à recevoir. Les principes de cette éducation générale se trouve dans les Commandements de Dieu, comme les principes de l'éducation particulière des chrétiens, dans les Commandements de l'Église. En effet, les Commandements de Dieu « renferment, selon Bossuet, les pre-

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» raiers principes du culte de Dieu et de la société humaine, » et l'instruction qu'on en retire, qu'on ne croit que religieuse, est tout aussi politique.

Cette éducation élémentaire, générale pour tous, suffisante pour le plus grand nombre, et qui consiste en exemples autant qu'en leçons, et en habitudes plutôt qu'en raisonnements, n'est que préparatoire à l'éducation spéciale que chacun doit recevoir, suivant la profession à laquelle il se destine lui-même, ou à laquelle il est destiné par la société. Ces derniers mots demandent une explication plus étendue.

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