DE LA PENSÉE, ET DE SON EXPRESSION
1"" L'homme n'a la connaissance des êtres que par les pensées présentes à son esprit.
2° L'homme n'a la connaissance de ses propres pensées que par leur expression, qui lui est transmise par ses sens.
De ces deux principes découle la science des êtres et de leurs rapports (a).
L'homme a deux sortes d'expressions de ses pensées : donc l'homme a deux sortes de pensées, donc deux sortes d'êtres sont.
1° La pensée est exprimée par des gestes qui la figurent, ou par le dessin qui fixe le geste. Ainsi exprimée, elle s'appelle image ou figure; la faculté qui s'exprime en nous s'appelle imagination, l'être exprimé s'appelle corps ou matière.
2° La pensée est exprimée par une parole qui la nomme, ou par une écriture qui fixe la parole. Ainsi exprimée, elle s'appelle proprement idée; la faculté qui s'exprime en nous s'appelle intelligence, l'être exprimé s'appelle être intellectuel, esprit.
Ainsi, 1° l'imagine, ]iniage, je me figure (mots tous synonymes) en moi-même un arbre, un animal; je le figure au dehors par le geste, je fixe ce geste par le dessin ', 2° y idée ou je conçois, je nomme en moi-même justice, raison; je nomme au dehors, ou je prononce raison, justice, et je fixe cette parole par l'écriture.
Ainsi on peut regarder comme un axiome de la science de l'être intelligent, que le geste est la parole de l'imagination, et que le dessin en est l'écriture. Les muets manquent de l'expression de la parole, et ont éminemment celle du geste; les aveugles manquent tout à fait de l'expression du geste, et parlent beaucoup [h).
Tantôt l'image emprunte l'expression de l'idée ou la parole, et je dis ou j'écris arbre, animal, au lieu de les figurer par le geste ou le dessin; tantôt l'idée revêt l'expression de l'image, et au lieu de dire ou à' écrive justice, je la figure sous la forme
' De là vient que les enfants appellent <ous les dessins des images; ils pensent ot parlent en cela parfaitement vrai.