‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 17 sur 79 · DES ÊTRES ET DES MANIÈRES D ÊTRE · texte numérisé non relu

DES ÊTRES ET DES MANIÈRES D ÊTRE

L'homme même le plus borné dit : Je suis, tu es, il est, nous sommes, ils sont, et chez les peuples les plus abrutis on retrouve l'expression de ces pensées. En parlant ainsi, les hommes s'entendent eux-mêmes et sont entendus de leurs semblables; ils agissent les uns envers les autres à l'occasion de cette intelligence mutuelle de leurs pensées : donc ces paroles sont des expressions de pensées, donc l'homme partout a des idées d'être, d'être singulier et d'être pluriel, d'être moiel d'être lui. Non-seulement l'homme dit : Je suis; mais il dit : J'ai été, je serai, j'aime ou je suis aimant, je suis aimé, et dans les diverses modifications du verbe, il exprime l'idée de la distinction des personnes, de la différence des temps, des progrès de l'action faite et de l'action reçue, de l'actif et du passif. Là sont les racines du langage, et la raison pour laquelle verbe et parole sont synonymes. En effet, le verbe est la parole par excellence, parce qu'il est l'expression exacte de l'être intelligent, et de toutes ses manières d'être, de pensée, de sentiment et d'action, et que nul autre que l'être intelligent ne peut dire : Je veux, j'aime, j'agis, je suis [a) .

Les êtres sont, et ils sont tous d'une certaine manière propre à chacun; car, s'il n'y avait qu'une manière d'être, on ne distinguerait aucun être, il n'y aurait qu'un être. Je ne distin-

guerais pas mon esprit de mon corps, mon esprit d'un autre esprit, mon corps d'un autre corps, je ne distinguerais rien (6).

L'homme est une intelligence capable de pensée, et il a un corps ou des organes capables de mouvement; organes qui transmettent à l'esprit l'expression de ses pensées, et en reçoivent la détermination de leurs mouvements. La manière d'être propre de l'homme est donc d'être une intelligence servie par des organes.

ÏV.

La pensée qui détermine le mouvement s'appelle volonté, le mouvement qui est déterminé par la pensée s'appelle action.

la pensée a un objet de ses déterminations, un terme, et le mot même de détermination indique un terme. Ce terme est Vobjet de la volonté, le sujet de l'action, qui conduit à la fin que l'être se propose. Celte fin est d'être, le bien-être, ou plutôt le mieux-être, la perfection ou la plénitude de l'être; car quelle autre fin que l'être, l'être libre de vouloir et d'agir, pourrait-il se proposer dans sa volonté et dans son action?

La perfection de la volonté s'appelle la raison, la perfection de l'action est la vertu, virtus, action forte; car la vertu est force même avec la faiblesse physique, vii'tus in infirmitate perficitur, comme le crime est faiblesse même avec la force physique, impotentia, et c'est ce qui fait dire à Hobbes que le méchant est un enfant robuste.

La vertu est donc une action commandée par une volonté raisonnable (c).

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