LIVRE I
Ainsi, intelligence, pensée, volonté, constituent l'être intellectuel.
Organes, mouvements, action, constituent l'être organisé.
Intelligence et organes constituent l'homme.
Volonté et action constituent l'homme fait.
Raison el vertu const'tuent l'homme parfait, l'homme moral ou social (d).
L'homme passe par deux états très-distincts. Dans le premier, il a une intelligence sans connaissance de ses pensées, sans volonté, el des mouvements sans action. C'est l'état natif de l'homme, état originel, état imparfait, el dont il fait eflort pour se tirer. Au sortir de cet état, trop souvent il tomhe dans un état vicieux et dégénéré, celui où sa volonté est sans raison et son action sans force ou sans vertu; ou bien il passe à l'état perfectionné; celui où sa volonté est éclairée par la raison et son action forte et vertueuse : c'est l'état naturel de l'homme, état bon, étal accompli, état de la fin de l'être, bien différent de cet étal natif ou imparfait qui est l'étal du commencement, et où J.-J. Rousseau el ceux de son école ont placé l'état naturel de l'homme, erreur fondamentale qui infecte leurs écrits, et qui, malgré les couleurs brillantes de leur style, les rendra inutiles, même alors qu'ils auront cessé d'être dangereux (e -
ÏX.
Nous avons vu, § I" de ce chapitre, que l'homme est une intelligence, et qu'il a des organes. L'avoir est donc une manière de l'clre, et la plus générale possible, puisqu'elle comprend toutes les autres. Être est absolu, l'être est ou n'est pas. Avoir est relatif, et susceptible d'augmentation ou de diminution; et, comme les organes peuvent être plus ou moins dis-
â92 LÉGISLATION PRIMITIVE.
posés à servir la pensée, les connaissances dont ils transmettent l'expression sont plus ou moins étendues. Et même tout ce que l'homme peut acquérir, il peut le perdre, et cessé d'avoir sans cesser d'être.
Ainsi avoir est accessoire d'être: être est substance; avoir est accident, modification, manière d'être. Être est invariable; manière d'être ou avoir est variable. On ne peut pas être plus ou moins, mais on peut avoir plus ou moins.
Nous avons considéré l'intelligence et ses organes; il est temps de considérer la volonté et l'action : c'est ici que s'éclaircit le mystère de l'êlre.
L'homme, capable de pensée et de mouvement, veut ' parler, écrire, labourer : ses organes obéissent; il agit, soit immédiatement par lui-même et ses seuls organes, ou médiatement en ajoutant à ses organes la force auxiliaire d'instruments, comme d'un porte-voix pour parler, d'une plume pour écrire, d'une charrue pour labourer. Dans ces différentes opérations, il y a trois choses très-distinctes : 1" la pensée qui détermine les organes; 2" les organes qui sont déterminés; 3" le sujet de la détermination, sur lequel les organes s'exercent, o-u iiuîrement la volonté, Vaction, Vobjet.
Ces manières d'être sont relatives l'une h l'autre . la volonté
' C'est l'amour de soi ou des êtres semblables qui (iétormine la pensée à être une volonté, et le mouvement à être une action.