LIVRE I
ou natif, l'état idolâtre ou corrompu, l'état chrétien ou civilisé, état naturel de la société. Dans le premier, ignorance et faiblesse; dans le second, erreur et violence; dans le dernier, raison et force. « L'état » naturel de l'homme, dit très-bien Burlamaqui, est, à parler en gé- » néral, celui qui est conforme à sa nature, à sa constitution, à sa » raison, et au bon usage de ses facultés, prises dans leur point de ma- » turité et de perfection. » ( Voyez à la fin de la première partie sur le mot nature).
if) Les mots être et avoir sont implicitement exprimés dans les langues anciennes; ils le sont à découvert dans l'es nôtres, où ils se joignent, sans se confondre, à plusieurs temps du verbe, dont ils sont les auxiliaires nécessaires. Les motifs de ces diversités ne sont pas arbitraires; ils sont peut-être dans la différence des idées modernes ou chrétiennes sur Yêtre et Y avoir, aux idées des païens, qui ne connaissaient pas plus Vétre qu'ils ne respectaient Yavoir ou la propriété. Mais ce n'est pas ici le lieu de développer ces vérités; il suffit de dire que l'homme raisonnable ne croit point au hasard; que plus l'effet est général, plus il lui suppose une raison importante; que si la parole est l'expression de la pensée d'un homme, une langue entière est l'expression des pensées d'un peuple, qui sont ses lois, ses coutumes, ses habitudes. Les raisons des règles du langage humain peuvent n'être pas celles que je donne; mais il faut les chercher; car l'homme doit travailler sans cesse à étendre sa raison : or, la raison de l'homme consiste à connaître les raisons de tout, ou la vérité, surtout dans les objets qui tiennent à son intelligence d'aussi près que sa parole.
298 LÉGISLATION PRIIVflTrVE.