LIVRE I
exprime l'être supérieur à l'homme, objet de son amour ou de sa crainte ; ils ont trouvé sous des formes différentes la connaissance, l'adoration et le culte de quelque Divinité : croyance de tous les peuples, que Cicéron appelle « la voix de la » nature et la preuve de la vérité, » vox naturœ et argumentum veritatis.
Cet être, les hommes l'appelèrent Dieu, ou de tout autre mot correspondant (presque toujours monosyllabique) universellement entendu de tous les hommes qui parlaient la même langue [b).
Mais par cela seul que les hommes s'entendaient en parlant de Dieu, ils avaient tous une même idée de Dieu, et de ce qu'était Dieu à leur égard. En effet, comme l'homme n'a di> connaissance des êtres que par ses pensées, il s'ensuit que l'homme voit ses pensées, et par conséquent se voit lui-même dans tous les êtres. Ainsi l'homme conçut avec facilité la pensée d'une volonté qui a produit la généralité des êtres, et du pouvoir qui les conserve, comme il concevait en lui-même la pensée de sa propre volonté qui reproduit les êtres particuliers, et de son pouvoir particulier sur les êtres subordonnés, Là aurait dû s'arrêter la raison, et Dieu était connu de l'homme (c).
Mais l'imagination voulut aller plus loin. L'homme avait l'idée claire et distincte de la volonté de Dieu; il voulut se faire l'image de Vaction de Dieu dans îa production des créatures, et comme il voyait ses propres organes être l'instrument de son action particulière, il attribua des organes à la Divinité, pour expliquer son action, et il s'en fit des images taillées. En lui attribuant ses sens, i! lui attribua ses sexes, ses passions.
ses faiblesses; de là les absurdités de l'idolâtrie, et les abominations de son culte, qui commença par faire un homme de Dieu, et qui finit par faire ses dieux des hommes.
La connaissance de la Divinité donnée aux peuples en état natif ou naissant, conservée chez les peuples en état naturel ou perfectionné, s'altéra donc chez les peuples en état corrompu, et les Grecs, peuple dégénéré et cause première de la dégénération des peuples, peuple mauvais, accusé par toute l'antiquité d avoir altéré les traditions primitives, parce qu'amoureux de fables et d'allégories il mit la vérité en vaines images, les Grecs deligurùrent l'idée de la Divinité, au point que leurs sages, ne la reconnaissant plus, préférèrent d'en nier l'existence.
Primum grands homo moi taies loUere contra. Eut ociilosausus...
LCCRET.