‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 28 sur 79 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

il faut rendre à chacun ce qui lui appartient. Ce grand homme attache beaucoup d'importance à ces antiques étymologies, et les regarde comme les dépositaires des premières vérités.

Eternel serait-il l'adjectif formé du mot être, comme temporel l'est de temps, annuel d'an, etc.? Car être, étymologiquement si différent de Y esse latin, semble présenter dans sa dernière syllabe tre, qui est la même chose que ter, l'expression des trois temps de la durée qui composent l'éternité, œviternus ou œternus.

« Dieu est possible, dit Descartes : donc il est; car s'il n'était pas, » il ne serait pas possible qu'il fût, » puisque nul autre être ne pourrait réaliser cette possibilité, et le faire être. Il faut, pour ruiner cette preuve soutenir que Dieu est impossible, et c'est ce qu'on n'a pas essayé. Condillac n'a pas compris cette preuve de Descartes. Ma preuve est plus simple. « Les hommes nomment Dieu, donc il est ; » car s'il n'était pas, il ne serait pas nommé. Donc Dieu est cause universelle, moteur suprême, pouvoir souverain, attributs conséquents à l'idée de Dieu, et dont aucun n'implique contradiction, comme rond-carré, peuple-souverain, fils-père, sujet-pouvoir dans le même Etat. Aussi Condillac a attaqué le principe de la contradiction, qui est l'épreuve de la fausseté de nos jugements.

(c) Partout où la raison de l'homme ne sera pas égarée par l'imagination, l'homme tirera sans effort ces conséquences si naturelles, conclura de l'ordre particulier à l'ordre général, et de l'ordre général à la nécessité de l'ordre particulier. Le plus simple bon sens s'accorde parfaitement dans ces conclusions avec le génie : ce sont les deux extrêmes de l'homme, et ils se touchent. Ils sont tous les deux de la famille de la raison; mais le bon sens, plus modeste dans ses goûts, s'occupe d'affaires domestiques : le génie, plus entreprenant, se lance dans la carrière publique. « Un homme est plus grand génie, dit Terrasson, » à mesure qu'il est plus homme d'Etat, et qu'il voit mieux ce qui va » au bien de la société civile. » Le bon sens conçoit que le Tout-Puissant a pu tout faire, et le génie démontre la nécessité de cet être toutpuissant; mais combien d'imagination ne faut-il pas pour se figurer un monde qui se fait tout seul avec des atomes ronds et crochus, à force de mouvements sans impulsion, d'ordre sans loi, d'effets sans cause, l'homme né d'un poisson et de la chaleur du soleil! Quand ma raison me dit qu'il existe un être nécessaire, que cet être est nécessairement tout-puissant, que le Tout-Puissant a tout fait, qu'ai-jr besoin d'ima-

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giner comment il a fait la moindre chose? car la difficulté est la même pour le plus petit germe qui renferme un monde de germes, comme pour le monde qui renferme tous les germes. Il m'est aussi difficile de concevoir pourquoi l'homme, avec toute la matière à sa disposition et son étonnante industrie, ne peut pas faire une graine, lui qui fait des navires et des palais, que d'imaginer comment Dieu a fait les germes gans une matière préexistante.

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