DES RAPPORTS DE DIEU ET DE L'HOMME
Tous les peuples ont donc connu la cause la plus universelle ou Dieu, l'effet le plus universel ou l'homme : universel, puisqu'il renferme en soi l'esprit et la matière, hors desquels il n'y a rien dans l'univers; universel encore, parce que tout se rapporte à lui, comme l'objet de ses pensées ou sujet de son action.
Mais ces deux termes extrêmes de tout le système des êtres, la cause et Veffet, partout pensés, partout nommés, ces deux termes en rapport nécessaire, puisque le mot d'effet exprime par lui-même un rapport à la cause, et le mot de cause un rapport à Yeffet; ces deux termes, dis-je, ne donnaient pas aux hommes des lumières sur la nature de leurs rapports avec Dieu. Quel était le moyen de leurs relations avec l'être suprême, ou plutôt, par le moyen de qufel être la grandeur de Dieu, être général, se proportionnait-eWe à la faiblesse de l'homme, être particulier et local, et l'infirmité de l'effet à la perfection de la cause? C'était là la grande énigme de l'univers, dont la solution a été un scandale aux Juifs et une folie aux Gentils. Ici, l'importance des objets, et, j'ose dire, la nouveauté des raisons, sollicitent l'attention des esprits, même les plus prévenus, contre le fond des croyances religieuses, ou contre toute nouvelle forme de les présenter; car, si les uns
ne lisent pas, parce qu'ils ne veulent pas apprendre, les autres condamnent, parce qu'ils croient ne rien ignorer, et qu'ils ne peuvent pas se persuader cette vérité fondamentale, que pour l'intérêt de la société, la vérité se développe à mesure que l'erreur s'aggrave et s'étend, et qu'il n'est aucune vérité, absolument aucune, qui soit positivement interdite à l'intelligence humaine.
L'homme avait donc, dès son origine, une connaissance des deux termes extrêmes de l'univers, Dieu et ïhomme, la cause et Veffet. Mais pour établir entre eux une proportion qui fût le fondement de l'ordre général et particulier, il fallait un terme moyen, rapport ou raison entre les deux autres, un être médius ou médiateur; car il n'y a, en général, de rapports connus, et âe proportion déterminée, que lorsque les trois termes de toute proportion, extrêmes et moyen, sont connus '.
Proportion, rapports ou raison, êtres ou termes extrêmes de la société, être moyen, ou médiateur (car ces mots sont synonymes), toutes ces expressions, non-seulement peuvent être employées en parlant de Dieu et de l'homme, et de leurs rapports, mais elles sont usitées; et dans quel ouvrage sur ces matières ne trouve-t-on pas ces locutions : « Dieu a propor- )' tionné sa grandeur à la faiblesse de sa créature, les rapports » de Dieu à l'homme, et de l'homme à Dieu....? » Et la religion chrétienne toute entière, qu'est elle autre chose que la connaissance du rapport entre l'extrême puissance de Dieu, et l'extrême infirmité de l'homme et du moyen de leurs relations? et n'est-ce pas dans cette connaissance qu'est la raison de toute société?
' Ici je supposé âu lecteur quelque connaissance des proportions , une des plus belles et des premières parties des mathématiques.