‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 32 sur 79 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

général et le collectif, c'est-à-dire l'esprit et la matière. Voici un exemple sensible de la différence du général au collectif. Armée est l'expression particulière d'une idée composée ou collective, qui comprend tout le matériel de l'armée. Général [dux) est l'expression abstraite d'une idée générale qui comprend toute la pensée ou la volonté de l'armée. Les idées générales sont toutes simples et indécomposables; les idées particulières sont toutes composées ou départies, comme un arbre, un animal, ou d'individus, comme armée, multitude, genre, espèce, et ces dernières idées s'appellent collectives, iusixc^, raison, sagesse sont des idées simples ou générales , des idées unes , et voilà pourquoi on ne dit pas au pluriel les prudences, les sagesses, etc., comme on dit des armées, des genres, etc. Toutes les idées unes ne sont au fond que l'idée d'un seul et même être, de Dieu. Idées particulières ou composées, idées simples ou générales : toute autre division rentre dans celle-là. Il faut peu diviser en métaphysique.

(c) L'expression est à, caractéristique de toute proportion, parce qu'elle exprime tout rapport en général , se traduit autrement dans la langue de la géométrie. Dans celle-ci, est à veut dire contient; h con^ tient 2, comme 8 contient k. Dans l'autre , est à veut dire agit fur, détermine, produit.

[d] La philosophie toute entière n'est que la science de la cause, du moyen et de Yeffet. Elle est purement rationnelle, si elle s'élève aux causes; empirique ou expérimentale, si elle se borne aux effets. Le matérialisme ne connaît que des effets, des faits, et l'athéisme nie la cause; ce qui revient au même.

Le déisme, qui est la doctrine des plus sages des anciens et des moins sages des modernes, ne connaît que la cause et les effets, et nie le moyen ou médiateur. To on, dit Platon, to genomenon ; ce qui est. ce qui est fait. La philosophie chrétienne connaît seule la cause , le moyen et l'effet; seule elle connaît Dieu, l'homme, leur nature et leur rapport- C'est avec raison que saint Paul dit « qu'il ne veut connaître d'autre )) science que celle du médiateur, » puisque toute science en morale est renfermée dans la connaissance de l'être par qui tout a été fait ou réparé dans l'ordre moral , et il semblerait même, dans l'ordre matériel. En effet, on voit dans les livres qui contiennent cas hautes vérités, la sagesse de Dieu, que la religion chrétienne regarde comme la personne du Verbe ou du médiateur, « assistant la cause suprême de » l'univers, lorsqu'elle étendait les cieux, creusait les abîmes, renfer-

» mait la mer dans ses bornes, affermissait la terre sur ses fondements, j) balançait le globe sur ses pôles ; » architecte universel de ce souverain propriétaire des mondes, se jouant dans ses ouvrages , et faisant ses délices d'être avec les enfants des hommes : description sublime, étonnante de pompe et de magnificence, et à laquelle on ne connaît rien qui puisse être comparé. « Il semble que quelques Pères, dit Leibnitz' ». aient conçu deux filiations dans le Verbe de Dieu , avant qu'il se soit » incarné : celle qui le fait fils unique , en tant qu'il est éternel dans la » Divinité, et celle qui le rend l'ainé des créatures, distinguant et sé- » parant le fils unique du premier né, et concevant que, dès le com- » mencement des choses , le Verbe éternel a été revêtu d'une nature » créée , la plus noble de toutes, qui le rendait l'instrument de la Divi- » nité dans les productions des autres natures, etc. » L'autorité religieuse n'a pas prononcé sur cette opinion inutile au salut des hommes , et je n'ai moi-même voulu autre chose que faire voir que le philosophe pouvait aller sur ces matières aussi loin que le docteur.

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