LIVRE I
nérales des proportions et des rapports, même pour l'ordre moral, puisque l'identité d'expressions nous est un sûr garant de l'unité de vérités. Et d'ailleurs le raisonnement que nous allons faire sera soumis à l'expérience du langage universel, et l'être que nous cherchons par cette voie ne sera pas, s'il n'est pas déjà nommé ou connu par son nom (6),
Ainsi en consultant la règle générale, et la plus générale des proportions, le moyen égal aux extrêmes, et construisant ainsi la proportion générale ou métaphysique : Dieu est au moyen cherché ce que ce moyen est à l'homme, ou bien en renversant la proportion, commençant par l'homme et finissant par Dieu, nous trouverons toujours le nom, et par conséquent l'être Dieu-Homme ou Homme-Dieu, comme moyen ou médiateur entre Dieu et l'homme. Cet être prodigieux, s'il existe, aura un nom, et ce nom ne sera pas inconnu aux hommes : je le demande aux peuples modernes civilisés, et même les seuls civilisés qu'il y ait, et ils me répondent qu'il est parmi eux, depuis dix-huit siècles, un signe de contradiction,, sujet à la fois d'adoration et de scandale; je le demande au seul peuple de l'antiquité qui ait été civilisé, au peuple le plus ancien des peuples, au Juif, et il me répond qu'il le connaît dès les premiers jours du monde sous le nom de Messie, qu'il i'a attendu, et qu'il l'attend encore dans les derniers temps.
viir.
Si l'Homme-Dieu est le moyen ou médiateur cherché entre Dieu et l'homme, on peut donc dire : « Dieu est au Dieu- » Homme ce que le Dieu-Homme est à l'homme, » ou bien, « l'homme est à l'Homme-Dieu ce que l'Homme-Dieu est à » Dieu; » comme on dit : « La cause est au moyen ce que le » moyen est à l'effet, ou, l'effet est au moyen ce que le moyen
» est à la cause. » Non-seulement on peut le dire, mais on le dit, quoiqu'on d'autres termes. Tout l'enseignement du christianisme, principalement dans les Epîtres de saint Paul, se réduit à cette proportion développée sous mille formes, et traduite de mille manières dans la langue particulière du christianisme [c].
Ainsi, depuis dix-huit siècles, la religion chrétienne entretient avec simplicité les plus petits de ses enfants de ces vérités que la méditation la plus sévère du philosophe lassé de contradictions n'aborde qu'en tremblant, et comme ces terres inconnues oiî le navigateur est jeté après une longue tempête. Ainsi il se trouve même dans la philosophie ce médiateur ineffable entre Dieu et l'homme, ce ministre universel du pouvoir de Dieu sur les hommes, moyen par qui tout a été fait et réparé, et la raison montre la nécessité de l'être dont la religion enseigne l'existence. Qui n'admirerait cette doctrine sublime qui humanise Dieu, qui divinise l'homme, qui fait connaître comme Dieu, qui rend présent réellement comme homme [d], cet être auguste, fils de Dieu et fils de homme, envoyé par l'un, venu pour l'autre; faisant, dit-il lui-même, la volonté de celui qui l'a envoyé, et à qui tout pouvoir a été donné sur le monde des esprits et sur le monde des corps; réunissant dans sa seule personne la nature divine et la nature humaine, toutes les grandeurs de la Divinité, et toute l'infirmité corporelle de l'humanité? Mais l'admiration n'est-elle pas à son comble, lorsqu'on voit cette substance des forts mise en lait pour nourrir les faibles, et la religion chrétienne déduire de ces hautes vérités les conséquences usuelles les plus utiles au bonheur de l'homme, à la prospérité des familles, à la puissance des États, les plus propres à porter les hommes à la vertu, à les détourner du vice, à leur inspirer la modération dans la bonne fortune, la patience dans l'adversité, la fermeté dans le malheur, à leur enseigner les devoirs domestiques et