‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 39 sur 79 · DE LA SOCIÉTÉ ET DE SES PROGRES · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ ET DE SES PROGRES

Dieu et l'homme, les hommes entre eux, êtres semblables de volonté et d'action, mais non égaux de volonté et d'action, sont tous, par le fait seul de cette similitude et de cette inégalité, dans un système ou ordre nécessaire de volonté et d'actions, appelé société; car si l'on suppose égalité de volonté et d'action dans les êtres, il n'y aura plus de société, tout sera fort ou tout sera faible ; et la société n'est que le rapport de la force à la faiblesse.

La société est religieuse ou politique, et chacune d'elles peut être considérée en état domestique ou en état public.

La société est religieuse lorsqu'elle embrasse les rapports de Dieu et de l'homme; elle est politique lorsqu'elle embrasse les rapports des hommes entre eux sous la souveraineté de Dieu. L'état purement domestique de la société religieuse s'appelle religion naturelle^ et l'état public de cette société est chez nous la religion révélée ; l'état purement domestique de la société politique s'appelle famille, l'état public de la société politique s'appelle État ou gouvernement.

Ainsi la religion naturelle a été la religion de la famille primitive, considérée avant tout gouvernement, et la religion révélée est la religion de lÉtal (a).

La connaissance de Dieu, venue primitivement par la parole de Dieu même à l'homme, et transmise par l'homme à ses descendants par la parole et avec la parole, produisit dans les premières familles un culte ou action domestique d'adoration de la Divinité, appelée religion, de religare, ou lien universel des êtres intelligents. La religion est encore domestique dans les peuplades qui vivent en familles, et c'est ce qui a été cause que quelques voyageurs, n'apercevant point chez elles de culte public, ont conclu qu'elles n'avaient aucune religion. Mais les familles se multiplièrent, se dispersèrent, se divisèrent. La connaissance de Dieu, comme nous l'avons vu, se chargea de vaines imaginations, le culte de pratiques bizarres ou cruelles, et ces pratiques varièrent dans les familles, selon le bonheur ou le malheur des événements, la reconnaissance ou la crainte des hommes. Cependant les familles qui habitaient un même territoire, ayant des besoins communs à satisfaire, ou des dangers communs à éviter, se réunirent en corps d'État pour se défendre ou même pour attaquer : tout devint public dans ces familles devenues publiques, les fonctions, les événements, et les sentiments qu'ils faisaient naître. Alors la religion passa des familles entre lesquelles elle était sujet de division par sa diversité, dans l'État où elle devint moyen puissant d'unioR par son uniformité; car il n'y a d'union qu'avec l'unité. Les sentiments étaient publics comme les événements; le culte devint public comme les sentiments : c'était la même religion, cQinme les familles réunies en corps d'État étaient les mêmes familles, et comme les hommes devenus publics étaient le^

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