‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 40 sur 79 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

mêmes hommes. Le cuUe fut plus sensible, et cela devait être pour qu'il fût public. De là naquirent le paganisme, religion de plusieurs dieux ou plutôt des dieux de plusieurs familles, qu'elles adorèrent en commun, et la religion judaïque, religion publique ou plutôt nationale, religion du vrai Dieu, du Dieu un, uniformément adoré dans toutes les familles de cette nation, que l'oppression de maîtres idolâtres et la foi inébranlable aux mêmes promesses préservèrent dans un temps de l'idolâtrie, malgré les nombreux exemples qu'elle en avait sous les yeux, et que l'écriture du dogme, moyen merveilleux particulier au peuple hébreu, en préserva dans la suite, malgré sa pente prodigieuse à adorer plusieurs dieux [b).

Mais si la religion patriarcale, si la religion judaïque sont des religions de vérité, comme le soutiennent les chrétiens, la vérité fondamentale de toute religion véritable, la vérité nécessaire à la connaissance de Dieu, de L'homme et de leurs rapports, je veux dire le dogme du moyen ou médiateur, doit y avoir été connu. Or, nous voyons dans les livres qui contiennent l'histoire des premières familles et du peuple juif, le médiateur annoncé et promis: cette promesse toujours subsistante dans ces sociétés, plus obscure dans les sociétés patriarcales, plus développée chez les Juifs, et toujours plus expresse a mesure que les temps de la venue du médiateur ' approchent; accomplie enfin dans la personne du divin fondateur du christianisme : foi constante au médiateur, qui est prouvée également par les chrétiens qui ne l'attendent plus, et par les Juifs qui l'attendent encore.

' Tacite et Snétone disent tous les deux que vers ces temps, qui sont pour nous ceux de l'ère chrétienne, l'univers attendait un grand homme, qui devait sortir de la Judée; et comme ils se servent tous deux précisément des mêmes expressions, on serait tente de croire que ce sont celles qui étaient dans la bouche de tout le monde, et les propres termes de la prédiction qui courait.

Ainsi le progrès, le développement, l'accomplissement de la société religieuse a été de faire passer le genre humain de la religion domestique des premiers hommes à la religion nationale des Juifs, et de celle-ci à la religion générale du christianisme [c], qui doit réunir tous les hommes dans la croyance des mêmes dogmes, et la pratique de la même action religieuse ou du même culte [d] ; société la plus parfaite ou la plus civilisée, parce qu'elle est la plus éclairée, la plus forte et la plus stable des sociétés, même à ne la considérer que politiquement.

Ainsi le progrès, le perfectionnement de la société politique en Europe a été de faire passer les hommes de 1 elat domestique, errant et grossier des peuplades scythiques, germaines ou teutonnes, dont l'état social se retrouve encore chez les Tartares de la haute Asie, ou chez les sauvages du Nouveau- Monde, à l'état public et fixe des peuples civilisés qui composent la chrétienté; car les peuples naissants sont des nations divisées par familles, et les peuples civilisés sont des familles réunies en corps de nation Familiœ genlium, dit l'Ecriture.

Ainsi, à observer, depuis Homère jusqu'à nos jours, les progrès de la littérature, qu'on peut regarder comme l'expression de la société, on la voit passer graduellement du genre familier et naïf, et en quelque sorte domestique, au genre d'un naturel plus noble, et qu'on peut appeler pM^Zic (c).

Ainsi la famille elle-même, qui, dans l'état civilisé, s'élève

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