‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 46 sur 79 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

lions constituent les personnes de la société religieuse, et l'ordre de leurs rapports.

2° La proportion générale, « le pouvoir est au ministre ce » que le ministre est au sujet,... » traduite dans la langue particulière de la société domestique, devient celle-ci : « Le » père est à la mère ce que la mère est à l'enfant; » proportion qui constitue les personnes domestiques, et l'ordre de leurs rapports (a).

3" Enfin la proportion de la société en général, « le pouvoir » est au ministre, » etc., traduite dans la langue particulière de la société politique, devient celle-ci : « Le chef, prince, » empereur, roi, kan, etc., est à ses magistrats ou officiers ce » que ceux-ci sont aux sujets; » proportion qui constitue les personnes publiques-politique?, et l'ordre de leurs rapports [b). Dans ces trois proportions particulières, qui ne sont chacune que la traduction différente de la proportion générale du pouvoir traduite elle-même de la proportion universelle de la cause, est tout l'ordre des êtres en société.

Ainsi cette proportion générale, « la cause est au moyen » ce que le moyen est à l'effet, » peut être considérée comme une expression algébrique, a : b : : b : c; donc on fait l'application à toute sorte de valeurs particulières.

Dans tous ces ordres particuliers de société, la première personne, ou le pouvoir, veut la société, c'est-à-dire sa conservation; la seconde personne, ou le ministre, agit en exécution de la volonté du pouvoir; la troisième personne, ou le sujet, est l'objet de la volonté du pouvoir, et le terme de l'action des ministres. Le pouvoir veut, il doit être un; les ministres agissent, ils doivent être plusieurs, car la volonté est nécessairement simple, et l'action nécessairement composée.

Là est la raison métaphysique ou générale des trois personnes de toutes les langues, exprimées dans la langue familière de la société domestique ou singulière par je, tu, il, et dans la langue plus noble de la société publique ou plurielle, par nous, cous, eux. Je et nous, premières personnes, expression de supériorité, servent à exprimer, l'un le pouvoir domestique^ l'autre le pouvoir public, auquel il est spécialement affecté; tu et vous, secondes personnes, s'emploient pour commander directement à ceux dont on exige le service; il et eux, troisièmes personnes, expriment la dépendance, et même quelquefois sont interdites par la civilité, comme expressions de mépris (c).

Dans tous les différents ordres de société, le ministre, interposé entre la volonté du pouvoir et la dépendance du sujet, est le moyen terme entre les deux extrêmes; le prêtre, moyen entre Dieu et les hommes, participe par sa consécration du pouvoir de la Divinité, et par ses besoins, de la dépendance du fidèle; le magistrat, moijen entre le prince et le sujet, participe de la dépendance du sujet et de l'autorité du pouvoir, et la mère elle-même, vrai ministre de la société domestique, moyen entre le père en l'enfant, pour recevoir de l'un ce qu'elle transmet à l'autre, participe, dans sa constitution physique et même morale, de la force de l'un, et de la faiblesse de l'autre.

Dans cette hiérarchie de rapports, ceux de cause, de moyen, àeff'et, embrassent tous les autres dans leur universalité. Ainsi c'est considérer Dieu sous un rapport plus général de le considérer comme cause universelle de tous les êtres, que de le considérer comme pouvoir suprême de la société. Ainsi Jésus-

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