LIVRE I
Christ est le moj/en universel de rédemption de tous les hommes, et en particulier le pontife suprême de la société religieuse du christianisme. Ainsi tous les hommes sont les effets de la cause universelle, tous appelés à jouir du moyen de la rédemption, et les chrétiens seuls sont les sujets, et les disciples, les enfants de Dieu fait homme.
Ainsi l'Homme-Dieu est envoyé de Dieu, missiis à Deo, pour conserver la vérité et le bien parmi les hommes, et comme juge suprême de tous les bons et de tous les méchants; l'homme-roi est envoyé de Dieu pour le bien de l'Etat, pour y maintenir l'ordre, mimster Dei in bonum, a y récompenser » les bons, et y punir les méchants, » ad vindictam malefctctorum, laudem verô bonorum; Thomme-père est envoyé de Dieu pour le bien de sa famille, pour y maintenir l'ordre, y récompenser, y punir ; et les livres sacrés, dépositaires de toutes les vérités, recommandent aux pères et aux rois d'user de leur pouvoir comme étant émané de Dieu, et aux enfants et aux sujets d'y obéir, comme représentant à leur égard le pouvoir divin. Ici la plus saine philosophie est en accord parfait avec la religion, qui a appelé les hommes à la liberté des enfants de Dieu, en leur apprenant que l'homme ne peut rien sur l'homme qu'en qualité de ministre de Dieu, et pour la portion qu'il exerce du pouvoir général de la Divinité [d).
Ainsi le pouvoir souverain, que nous appelons souveraineté, est en Dieu : « Je suis le Seigneur ton Dieu;... » et le pouvoir immédiatement subordonné à Dieu, que nous appellerons simplement pouvoir, est de Dieu : Potestas ex Deo est [e).
Ainsi Dieu, pouvoir souverain sur tous les êtres; l'Homme-
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Dieu, pouvoir sur riiuraanité toute entière qu'il représente dans sa personne divine; l'homme chef de VÈial, pouvoir sur les hommes de l'État qu'il représente tous dans sa personne publique; l'homme-père, /JoutoiV sur les hommes de la famille qu'il représente tous dans sa personne domestique, fornient la chaîne et la hiérarchie des pouvoirs sociaux (/").
JDans cette hiérarchie de pouvoirs concentriques, si l'on peut parler ainsi, le plus général embrasse celui qui lui est immédiatement subordonné. Ainsi le pouvoir de Dieu est supérieur à celui de l'Homme-Dieu, puisqu'il Fa envo'^é; celui de l'Homme-Dieu supérieur à celui des rois, princep» regum terrœ ;... celui des rois supérieur au pouvoir domestique, non pas pour l'affaiblir ou même le partager, car sous ce rapport le pouvoir domestique est indépendant de tout pouvoir humain, mais pour en maintenir et en protéger l'exercice. Ainsi, comme le pouvoir public seul peut, par la force dont il dispose, ôter à une famille un père coupable, le chef de tout pouvoir, celui à qui tout pouvoir a été donné, même sur la terre, peut seul, par les événements qu'il permet ou qu'il dirige, changer dans un Etat un chef prévaricateur; et Ion peut regarder comme une preuve de celte dernière proposition, que l'affaiblissement du christianisme que les chefs des nations cessent de protéger, a été en Europe le principe de ces terribles révolutions dans lesquelles les nations ont été entraînées, et où leurs chefs ont péri par les mains des peuples que l'irréligion avait pervertis [g).
Dans la religion primitive ou patriarcale, qui formait le culte des premières familles, tout était domestique; le ministère ou sacerdoce était uni à la paternité; les fidèles étaient la fa-