‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 48 sur 79 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

mille, et Dieu lui-même, pouvoir suprême, ne voulait pas être rendu public au dehors, et représenté sous des 6gures ou images taillées, comme il le dit lui-même dans le Décalogue. Aussi, lorsque par la multiplication des familles la paternité devint une royauté, le sacerdoce s'unit naturellement à la dignité politique, et cet usage se retrouve chez tous les premiers peuples, les Hébreux exceptés, et s'apercevoit même chez les Romains {h).

Mais à mesure que la religion devint publique, tout dut y devenir public, lois et personnes. Ainsi Dieu donna aux Hébreux des lois écrites, et lui-même manifesta sa présence d'une manière extérieure dans le tabernacle. Le sacerdoce se distingua du reste de la nation juive, comme la nation elle-même, revêtue dans l'univers d'une sorte de sacerdoce, se distinguait des autres peuples. Enfin, lorsque la religion nationale des Juifs n'a plus convenu à l'état avancé du genre humain, et qu'elle a dû devenir non-seulement publique, mais générale, le pouvoir divin s'est manifesté d'une manière plus générale, et la plus générale possible pour les hommes, puisqu'il s'est fait homme; il a publié les lois de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain : lois les plus générales, puisqu'elles comprennent la loi, et même les prophètes, in his universa lex pendet et prophetœ; ses ministres ont reçu une mission générale pour instruire l'univers, ite, docete omnes gentes, et les sujets ont dû être actuellement ou éventuellement le genre humain, et fiet unum ovile et unuspastor. L'ordre public politique s'est également distingué de l'ordre domestique; l'État a eu son chef, ses ministres, ses sujets autres que ceux de la famille. L'homme de la religion, l'homme de l'État, l'homme de la famille, ont été distingués l'un de l'autre, au point que le ministre de la religion, et quelquefois celui de l'État, n'ont plus été des hommes de la famille. C'est là la raison générale du célibat, si justement prescrit aux prêtres, et dont nos lois même mili-

laires font à la plus grande partie des guerriers une nécessite. Là est la raison de la défense du mariage faite aux membres des ordres religieux et politiques, véritables familles, les plus anciennes, les plus puissantes de toutes, et dont le célibat des membres a fait la fécondité, la force et la durée.

Enfin, à considérer la société dans ses différents états, et à les comparer entre eux, on pourrait dire que la religion est le pouvoir, et que la famille et l'État sont ses ministres, et les moyens qu'elle emploie pour conserver l'espèce humaine par la reproduction des mdividus, la connaissance de la vérité, la répression du mal; minister Dei in bonum. 3Ialhcur aux gouvernements qui renversent cet ordre, et regardent la religion comme leur moyen !

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