LIVRE I
ia plus grande et la meilleure partie. Ce règne, entendu par des chrétiens fanatiques dans un sens physique et charnel, comme le règne du Messie l'était par les Juifs, a produit l'erreur des millénaires, qui attendent un règne de Christ visible, et en personne, pendant mille ans. Cette opinion inconnue à toute l'antiquité, dit Bossuet, s'est répandue en Angleterre au temps de sa révolution, elle n'a pas été étrangère à la nôtre, par la raison que les extrêmes malheurs ramènent sinon tous les hommes, du moins toutes les sociétés à l'idée de la Divinité, et sans doute aussi parce que les révolutions hâtent les progrès de la vérité et le retour de la société à l'ordre le plus naturel des lois, et que les lois de Jésus-Christ sont ce qu'il y a de plus naturel ou de plus parfait. C'est dans ce sens qu'il a été dit : Oportet hœreses esse ; il n'y a pas de vérité exprimée plus à découvert dans l'Évangile, que la royauté de Jésus-Christ sur la société même politique. Le passage, mon royaume n'est pas de ce monde, par lequel on a voulu lui en contester, pour ainsi dire, l'exercice, ne peut et ne doit s'entendre que du monde idolâtre et corrompu au milieu duquel il parlait, et qui avait pour roi le prince des ténèbres. Et quand Jesus-Christ dit à ses apôtres : « Allez par tout le monde, enseignez, etc., » que fait-il autre chose qu'une fonction éminente de son pouvoir sur ce monde ? Mais dans des siècles peu éclairés, on a cru que cette domination de Jésus-Christ devait être exercée par ses ministres, dans l'ordre temporel, et de là leurs querelles avec l'autorité politique. Cette domination n'appartient qu'aux lois du christianisme, qui doivent régler toutes les autres lois et affermir tous les autres pouvoirs. Il n'est pas besoin d'avertir que les lois religieuses sont différentes des lois ecclésiastiques : la loi de l'indissolubilité du lien conjugal est une loi religieuse, le pouvoir politique doit la maintenir; la loi du jeûne est une loi ecclésiastique, le pouvoir politique ne peut la porter.
[h] Quelquefois le sacerdoce était uni même à la maternité, sans doute à la mort du père : delà les prêtresses de l'antiquité, et l'opinion des peuples naissants, qui attribuent aux femmes quelque chose de divin et de prophétique. Inesse fœminis sanctum aliquid et proiidvm putant, dit Tacite en parlant des Germains.
Les Romains avaient dans le collège des prêtres le roi des sacrifices, pour offrir un sacrifice national.