‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 4)Chapitre 53 sur 79 · VU · texte numérisé non relu

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La question se réduit donc à des preuves de fait, et pour trouver la vérité (et la vérité existe dans le monde, puisque le mot reViVe existe dans la langue), pour trouver la vérité, il faut < hercher la force. Je dis la force et non la violence, car la violence se trouve avec la faiblesse; mais la force n'existe qu'ave*; la raison.

Or la société judaïque. « que cinq mille ans, dit J.-J. Rous- » seau, n'ont pu détruire ni même altérer, et qui est à l'épreuve » du temps, de la fortune et des conquérants... dont les lois » et les mœurs (c'est-à-dire, les lois de famille et d'état) sub- » sistent encore, et dureront autant que le monde, « et la société chrétienne, qui s'étend partout, et règne sur toutes les autres sociétés par la force de son industrie, de ses lumières, de sa raison, de ses armes, de sa religion et de sa politique, sont les sociétés où nous Rêvons trouver la révélation de la loi écrite, ou autrement l'écriture de la loi générale dont tous les autres peuples nous offrent dans leurs lois locales une connaissance imparfaite.

ÎX.

Effectivement les Juifs et les chrétiens nous montrent un livre, le plus ancien qui soit connu, sublime dans les pensées, <lans les sentiments, dans le style, qui nous fait connaître Dieu

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et l'homme, et qui nous instruit dans un petit nombre d'axiomes des rapports naturels et généraux des personnes sociales entre elles, et de ces lois fondamentales, dont nous retrouvons des vestiges plus ou moins altérés jusque dans les sociétés les plus ignorantes et les plus corrompues.

Ainsi c'est un fait que le Pentateuque est le livre le plus ancien qui nous soit connu, celui où l'on trouve le plus de hautes pensées exprimées dans le style le plus simple, et les plus grandes images rendues dans le style le plus magnifique. C'est un fait qu'il n'existe que chez les Juifs et chez les chrétiens; c'est un fait qu'il contient dix lois énonciatives des rapports fondamentaux de la société, lois dont on aperçoit des traces chez tous les peuples de la terre ; c'est un fait qu'il n'y a jamais eu de civilisation au monde, c'est à-dire, de raison ' dans les lois, et de force dans les institutions, que dans les sociétés juive et chrétienne, les seules de toutes qui n'aient pas eu de fois fausses, absurdes, atroces, contraires à la nature des êtres et de leurs rapports, et tous ces faits, si l'on y prend garde, et si l'on a bien suivi la chaîne des raisonnements, tiennent au fait, au seul fait de la nécessité physique de la transmission ou de la révélation de la parole, et de l'impossibilité de son invention.

Voici celte loi primitive et générale, cette loi naturelle, parfaite, divine (tous mots synonymes), telle qu'elle se trouve au livre des révélations divines, conservé chez les Juifs et chez les chrétiens avec une religieuse fidélité, quoique dans des vues différentes et même opposées, et porté par les uns et par les autres dans tout l'univers *.

' Je dis ration des lois, et non pas esprit des lois; car il y a de l'espiit , même aux lois les plus contraires à toute raison.

' L'existence des Juifs a quelque chose de si extraordinaire, qu'elle ne peut

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1"' « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de la maison » de servitude et de la terre d'Egypte. Tu n'auras point » d'autre Dieu devant ma face; tune te feras point d'image » taillée, ni aucune figure de choses qui sont sous le ciel, » sur la terre et dans les eaux, pour les adorer et pour les » servir [g] . »

2" « Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dien en » vain : le Seigneur ne tiendra pas pour innocent celui qui » aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu. »

3" « Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat; tu tra- » vailleras et tu feras tous les ouvrages pendant six jours. Le » septième est le jour du repos du Seigneur. Tu ne feras auw cune œuvre en ce jour, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton » serviteur, ni ta servante, ni tes bestiaux, ni l'étranger qui » est parmi vous [h). »

4° « Honore ton père et ta mère, afin que tu vives long- » temps sur la terre que le Seigneur ton Dieu t'a donnée. »

5° « Tu ne tueras pas. »

G** « Tu ne commettras point d'adultère. »

7° « Tu ne déroberas pas. »

8° « Tu ne porteras point faux i^^moignage contre ton ); prochain. »

9" « Tu ne désireras point la femme de ton prochain. »

10" « Tu ne désireras point sa maison, ni son serviteur, )> ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune autre » chose qui lui appartienne [i). »

XIÏ.

Ces paroles, déclaration é'crite d€S personnes sociales et de

être expliquée que par la nécessité d'attester à tous les peuples de l'univers , et dans tous les temps de sa durée, l'aulhenlicité d'une loi écrite pour tous les peuples et pour tous les temps. C'est la branche aînée de la grande famille, et elle a le dépôt des titres originaux. Cela a été dit cent fois , et toujours avec raison; mais, comme l'observe un homme d'esprit, « les pensées vieillissent » par l'usage, el les mots par le uon-usage. »

leurs rapports naturels, sont la promulgaliou de la vérité, l'institution de la raison humaine et le fondement de la société ; declaratio scrmonum tuorum illuminât, et intellectum dat parvulis. Et comme l'écriture donne un corps à la parole, en la mettant sous les sons, on peut, avec Ch. Bonnet, appeler la loi écrite « l'expression même physique de la volonté de Dieu, » de la volonté du "plus général des êtres [k). On peut donc définir la loi Vexpression d'une volonté générale, et la déclaration des rapports dérivés de l'état naturel des êtres : définition philosophique, donnée par tous les publicistes, absolument tous, depuis Cicéron qui appelle la loi « un rapport dérivé de h » nature des choses, » l'atio profecta à naturd rerum, jusqu'à J. J. Rousseau qui appelle la loi « l'expression de la volonté » générale, » et qu'il confond avec la volonté populaire; définition enfin qui, traduite du langage philosophique en langage familier, veut dire que la loi est la volonté de Dieu, et la règle de l'homme.

Cette loi paraît, dans son énoncé, plutôt relative à l'état domestique qu'à l'état public de société, parce qu'elle a été donnée à un peuple naissant, et qui sortait de l'état domestique. En elle est le germe de toutes les lois subséquentes, parce que le germe de tout état ultérieur de société est dans la famille, et c'est de cette fécondité de la loi primitive que parle le psalmiste, quand il dit à Dieu : Latum mandatum tuum nimis.

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