Elles doivent désigner le pouvoir
2" Elles doivent distinguer les fonctions.
Ainsi il faut une marque distinctive générale pour distinguer, dans la société, ceux qui commandent de ceux qui obéissent;
Et une marque particulière qui désigne quelle espèce de commandement ou de supériorité l'on exerce.
Toutes les fonctions publiques ont cela de commun, qu'elles imposent le devoir de commander, et supposent le devoir d'obéir, car dans une société constituée il n'existe pas de droits^ il n'y a que des devoirs '.
' Ce n'est que pour me conformer aux manières déparier usitées que j'ai oraployé quelquefois le mot droits : il est partout, dans cet ouvrage, synonyme de devoirs.
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Dans le militaire, le général commande, et le dernier officier ( ommande, et l'un doit être obéi comme l'autre.
Dans l'ordre judiciaire, le Parlement ou cour du roi juge souverainement; et le premier juge ou cour du seigneur juge lussi souverainement, puisqu'il juge en dernier ressort jusqu'à une somme déterminée, et les sentences de la cour du seiixneur doivent être exécutées comme les arrêts de la couràyx roi.
Si toutes les fonctions publiques imposent le devoir de commander et supposent le devoir d'obéir, il faut une marque distinctive commune à toutes les fonctions publiques, qui annonce le devoir de commander, et prescrive par conséquent le devoir d'obéir.
Cette marque distinctive générale doit être égale pour toutes les fonctions, puisque toutes les fonctions imposent le même devoir de commander, et supposent le même devoir d'obéir.
Cette marque doit être précieuse sans être chère, et visible sans être embarrassante; elle doit être emblématique, parce qu'il faut, en parlant aux sens, dire quelque chose à Vesprit et surtout au cœur.
Cette marque distinctive serait l'anneau d'or pour toutes les fonctions militaires brevetées du roi, et qui supposent un commandement militaire, et pour toutes les fonctions judiciaires qui ont un exercice quelconque de souveraineté ou de dernier ressort.
Ainsi je ne le donnerais pas à ceux qui remplissent, auprès des armées, en quelque degré que ce soit, des fonctions administratives ou économiques, ni à ceux qui exercent, auprès des tribunaux, des fonctions sabalternes, quelle que puisse être leur importance et la finance de leurs charges.
Le roi, source de toute autorité militaire et judiciaire, porterait le double anneau entrelacé. Ce serait la marque distinctive de la royauté, parce que ce serait le symbole de l'accord de la force et de la justice, accord qui constitue le pouvoir royal de la société.
Personne ne pourrait partager cette marque avec le mo-
narque; parce que toute autre personne, un pair, par exemple, n'est pas militaire au ParlemerU ni juge à l'armée : mais le roi est toujours et partout le chef de la force armée et la source de la justice.
La marque distinctive de l'anneau d'or est précieuse sans être chère, et visible sans être embarrassante; elle est emblématique, puisque, portée immédiatement sur le corps, elle présente à Vesprit, et plus encore au cœur l'idée de l'union inséparable de la personne el des fonctions, des fonctions et du pouvoir dont elles émanent; et c'est pour cette raison que l'anneau est, chez toutes les nations, le symbole de l'union la plus intime qui puisse exister sur la terre, celle de l'homme et de la femme.
L'anneau d'or était chez les Romains la marque distinctive de cet ordre qui exerçait à la fois des fonctions militaires et judiciaires. Or, dans tout ce qui a rapport à la partie extérieure et symbolique des fonctions publiques, les Romains n'ont rien laissé à imaginer.
Il y a des troupes en Europe, chez lesquelles le général a la canne, et le caporal a la canne aussi; mais cette marque, dangereuse avec la vivacité française, contraire aux mœurs d'une société constituée, c'est-à-dire contraire à la constitution, présente plutôt l'idée de la force que l'emblème du pouvoir.
Le noble porterait l'anneau d'or, parce qu'en sa qualité de noble, et par sa seule existence, il est toujours en fonctions.
Les bas officiers porteraient l'anneau d'argent, parce qu'ils sont autorité militaire, et que leur autorité n'émane pas directement du pouîjoir général, puisqu'ils ne sont pas brevetés.
Le don de l'anneau serait l'investiture de la fonction; la perte de l'anneau en serait la dégradation; l'investiture comme la dégradation pourraient être accompagnées de quelquesunes de ces cérémonies religieuses que nos pères, qui croyaient une âme à l'homme et un Dieu à l'univers, avaient si fort multipliées dans la réception des chevaliers et dans leur dégradation.
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Il me semble que cette marque distinctive, que le bas officier porterait comme l'officier supérieur, l'officier particulier comme l'officier général, l'officier général comme le roi; que le juge inférieur porterait comme le magistrat en cour souveraine, et celui-ci comme le roi, serait bien propre à donner à l'homme une haute idée de ses fonctions, et à lui inspirer ce respect pour soi-même et pour son état, qui ne manque jamais d'en imposer à l'inférieur, et qui, mieux que les châtiments ou la morgue, maintient la subordination et dispose à l'obéissance.
Cette distinction s'étendrait à toutes les fonctions publiques qui impriment caractère; car un ministre d'État, un ambassadeur, sont toujours ou magistrats ou militaires, et l'administrateur suprême d'une province est toujours un magistrat.
J. J. Rousseau, dans son Gouvernement de Pologne, propose une hiérarchie de grades qu'il distingue par des plaques de métal, dont la valeur spécifique décroît à mesure que le grade s'élève, en sorte que la plaque d'or répond au grade inférieur, et la plaque de fer au grade supérieur. C'est une sottise philosophique, qui est contre la nature des êtres, et par conséquent contre la raison. Ne dirait-on pas que la valeur de l'or, comparée à celle des autres métaux, est purement arbitraire, et qu'elle ne tient pas à la solidité, à la ductilité, à l'homogénéité de ses parties? Ah! c'est par de moins petits mojens qu'on doit inspirer aux hommes le mépris des richesses! il faut que l'homme connaisse le prix de l'or, et qu'il lui préfère la vertu.
2° Non-seulement il faut une marque distinctive générale pour désigner le pouvoir, il faut encore une marque distinctive particulière pour distinguer les fonctions; car il est dans la nature du pouvoir d'être connu, et dans la nature des fonctions d'être distinguées entre elles.
Cette distinction doit être très-visible, et ne peut par conséquent être que dans les vêtements. Elle existe en France pour
toutes les professions sociales, et doit être soigneusement maintenue.
Il faut observer qu'il ne doit jamais être permis a Thomme d'église ni au magistrat de quitter le costume de leur état, parce que la religion et la justice doivent être toujours présentes, et qu'il faut que le peuple contracte, en les ayant sans cesse sous les yeux, l'habitude de les aimer; mais il n'est peutêtre pas également nécessaire que le militaire porte continuellement le sien, parce que la force ne doit se montrer qu'au besoin, et qu'en se familiarisant avec elle, le peuple peut cesser de la craindre.
Le roi, dans les cérémonies publiques, porte un costume qui tient à la fois du militaire et du magistrat, et plus du magistrat que du militaire; parce que le ^pouvoir général est, relativement au sujet, plus justice que force : peut-être devrait-il porter constamment un habit qui rappelât cette double fonction.
Faut-il une marque particulière pour distinguer les différents grades dans la même {>rofession ?
Cette distinction existe en France dans le militaire, où des épaulettes ou autres marques caractérisent les différents grades avec une précision bien minutieuse, et je ne crains pas de le dire, bien inutile, pour ne rien dire de plus.
Dans les grades militaires, on doit distinguer les classes et non les grades. Je m'explique : on distingue deux classes d'officiers : officiers particuliers d'un corps, officiers généraux de l'armée.
Il est dans la nature de l'organisation militaire de distinguer les officiers particuliers des corps, des officiers généraux de l'armée; parce que le service et la constitution même mettent entre eux cette différence, que les officiers particuliers n'appartiennent qu'à un corps, et les officiers généraux à toute l'armée.
Toute autre distinction me paraît fausse et puérile; elle ne . peut avoir été imaginée que par le petit esprit et par l'orgueil;
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et elle est en effet une nouveauté dans le militaire Français. Entrons dans le détail. Quel est le but de cette distinction entre les officiers particuliers d'un même corps?
Ce n'est pas sans doute d'apprendre aux officiers d'un même corps ce qu'ils sont dans le corps, ou de l'apprendre à leurs soldats : officiers et soldats du même corps, tous doivent se connaître entre eux : celte connaissance est même un des principaux devoirs de l'officier. Dans toute administration, il est plus important qu'on ne croit que le supérieur puisse appeler l'inférieur paj^ son nom. Il acquiert dès-lors sur lui un grand ascendant, parce que tout homme est flatté d'être connu, surtout de ses supérieurs, dont la connaissance semble lui répondre de l'intérêt qu'ils prennent à sa personne '.
Le but de cette distinction est-il de classer entre eux des militaires inconnus les uns aux autres, que le hasard assemble à une table d'hôte, et d'établir entre eux des rangs et une préséance? Dans ce cas, il ne peut y en avoir d'autre que celle de l'âge et de la décoration qui l'exprime. C'est un grand inconvénient politique de ces distinctions minutieuses, qu'elles ne laissent pas même à l'ancienneté d'âge la ressource d'une méprise.
Est-ce d'apprendre au soldat qu'il doit un autre respect et une autre obéissance au lieutenant qu'au sous-lieutenant, au capitaine qu'au colonel, etc.? Mais s'il y avait des nuances à marquer, aux yeux du soldat, dans la subordination, la différence serait à l'avantage du supérieur immédiat; et dans la hiérarchie des grades, l'inférieur doit reconnaître, avant tout, les ordres de celui qui les lui transmet sans intermédiaire.
Est-ce enfin d'avertir les gens du monde de mesurer leurs
' Le cardinal de Retz, terrassé dans une émeute populaire, par un homme qu'il ne connaissait pas, et au moment d'en être poignardé, lui cria : Ak! malheureux, si ton père te voyait! Cet homme crut être connu du cardinal, et se retira tout confus et en lui demandant pardon. C'est un des traits de la vie du coadjuleur, qui prouve le plus sa profonde connaissance des hommes, et son extrême présence d'esprit.