‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 123 sur 202 · DE LADMIXISÏ RATION EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DE LADMIXISÏ RATION EXTÉRIEURE

celte mesure est extrêmement utile, pourvu qu'elle ne gêne pas la circulation et quelle laisse assez de jetons au jeu. Mais une société qui n'a pas de guerre à craindre, et dont le numéraire s'accroît annuellement, prête son argent à une autre nation, et tombe, par conséquent, dans sa dépendance, comme Gènes, la Suisse, et même la Hollande à l'égard de la France et de l'Angleterre. Si elle laisse l'argent dans ses coffres, il peut tenter la cupidité et devenir une cause de révolution et un instrument tout prêt pour l'ambition, surtout dans des sociétés qui, par la nature de leur gouvernement sans pouvoir général, sont toujours à la veille ou au lendemain d'une réyolulion. Ainsi, un riche capitaliste place son argent sur les autres particuliers ou sur l'État, et devient dépendant de la bonne foi des uns, ou de la solvabilité de l'autre; ou s'il le garde dans son coffre, il finit par être la proie d'un domestique infidèle ou d'un enfant dissipateur.

L'administration ne doit pas confondre l'intérêt du commerce et l'intérêt des commerçants. Le véritable intérêt, l'intérêt éclairé du commerce s'accorde avec l'intérêt de la société, puisque son objet unique est de procurer à la société les denrées nécessaires que son sol ou son industrie lui refusent, en les échangeant contre le superflu des productions de son sol et de son industrie. L'intérêt des commerçants, souvent opposé aux vrais intérêts du commerce, aux intérêts de la société, à l'intention de la nature, est d'accroître, sans mesure, les exportations et les importations, en multipliant, dans les objets de luxe, la matière des unes et des autres, et enfin de considérer l'argent lui-même comme denrée, pour en faire, par l'agiotage, un vaste et nouvel objet de ses avides spéculations.

L'Europe a sous les yeux une preuve évidente qui l'intérêt des commerçants est souvent opposé à l'intérêt du commerce et à celui de la société. L'intérêt de la société en général, l'intérêt du commerce, l'intérêt de l'Europe était de repousser les assignats comme le fruit et le gage d'un vol manifeste, du

renversement de tous les principes sur lesquels repose la société. Car lintérêt du commerce ne peut pas être opposé à l'inlérèt de la société. L'intérêt des commerçants a été de les accueillir, de les répandre, de spéculer sur les différentes variations de leur valeur, et même sur la probabilité de leur contrefaçon. Le plus fjrand nombre l'a fait sans remords, comme sans pudeur, et tandis qu'on égorgeait les malheureux propriétaires des biens qui servaient d'hypothèque à cet infâme papier, ils s'associaient eux-mêmes à leurs bourreaux, et ils associaient toute l'Europe au partage honteux de ses sanglantes dépouilles.

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