‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 130 sur 202 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

permettre la dissolution la plus facile du lion conjugal, a justifié le concubinage et étendu son indulgence jusque sur Tadullère ? Kt n'est-ce pas préjuger déjà en faveur de l'utililé du divorce, que d'avancer dans le préambule de la loi qui l'autorise, quon na connu que dans ces derniers temps ce que cest que le mariage ?

f( Le mariage, qui existait avant l'établissement du chris- » lianisme, qui a précédé toute loi positive, et qui dérive de » la constitution même de notre être, n'est ni un acte civil, » ni un acte religieux, mais un acte naturel qui a fixé l'alten- » tion du législateur et que la religion a sanctifié. » Le mariage existait avant le christianisme, et a précédé toute loi positive; mais a-til précédé les rapports naturels entre les êtres sociables, dont la religion cbrétienne offre le développement le plus parfait, et dont toutes les lois religieuses ou civiles ne sont que l'expression et la manifestation?

La phrase qu'on vient de lire fait illusion à l'esprit, et les divers sens qu elle semble présenter s'évanouissent lorsqu'on cherche à les approfondir.

Le mariage est civil sous le rapport des intérêts, il est religieux sous le rapport des âmes; il est animal ou physique sous le rapport des corps; et comme la famille n'a pu, dans aucun temps, subsister sans propriétés, et que l'homme est toujours entré dans le mariage avec toutes ses facultés morales et physiques, il est vrai de dire que le mariage, en soi et au fond, a toujours été un acte civil, religieux et physique à la fois. Il n'était pas civil dans les premiers temps, dans ce sens que les intérêts de la famille fussent défendus par la force publique et réglés par les lois publiques, qui constituent ce que nous appelons Xélat civil; mais ils étaient défendus par le pouvoir domestique, élément du pouvoir public, et réglés par les mœurs ou lois domestiques, germes des lois publiques, comme la société domestique, ou la famille, est elle-même l'élément et le germe de la société publique. Le mariage n'était pas religieux dans ce sens qu'il y eût des prêtres pour le bénir; mais

dans ce sens qu'il était divin, et que le Créateur avait dit de la femme : « Elle quittera son père et sa mère pour s'attacher à » son mari; » et des époux : « Ils seront deux dans une chair. » C'est parce que le mariage a été dans les premiers temps et antérieurement à rétablissement des sociétés publiques, politiques et religieuses, un acte divin et humain (j'entends par humain, moral et physique), comme il est, depuis l'établissement des sociétés publiques, un acte civil et religieux; c'est pour cela, dis-je, qu'il dérive delà constitution de notre être, de notre nature, qu'il est un acte naturel: car la vraie nature de l'homme et la véritable constitution de son être consistent dans des rapports naturels avec l'auteur de son être, et dans des rapports naturels aussi moraux et physiques avec ses semblables. C'est uniquement parce qu: le mariage était divin et Ijumain au sens que je l'entends, qu'il a fixé V attention du législateur civil, et qu'il a été sanctifié par la religion; car si l'orateur dont je discute le raisonnement, qui oppose le naturel au civil et au religieux, comme si ce qui estKîivil et religieux n'était pas naturel, entend par la nature l'animalité de l'homme, il tombe dans la même erreur que le rapporteur au conseil d'État, du titre du Cod<; civil concernant le mariage, lorsqu'il dit : « les philosophes ne considèrent dans le mariage que le » rapprochement des sexes. » Certes, ce sont, pour le dire en passant, d'étranges philosophes; et il semble qu'il ne soit permis qu'aux anatomistes de considérer ainsi l'union de l'homme et de la femme.

Le mariage naturel, qui n'est ni civil ni religieux, donne naissance à l'homme naturel de J. J. Rousseau, qui n'est non plus ni civil ni religieux; et dire que le mariage nest ni un acte civil ni un acte religieux, mais un acte naturel, c'est avancer que l'état civil et religieux n'est pas dans la nature de l'homme, c'est retomber dans la doctrine de l'écrivain que nous venons de citer, lorsqu'il dit : a que la société n'est pas dans la nature de )> l'homme;» et ailleurs : «tout ce qui n'est pas dans la nature ); a des inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. »

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