‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 131 sur 202 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Disons donc que le mariage est un acte social, domestique, civil et religieux à la fois; acte fondateur de la société domestique, dont l'autorité civile, venant au secours de l'accord domestique, doit garantir les intérêts, et où l'autorité religieuse fait intervenir la Divinité d'une manière extérieure et sensible, pour consacrer l'union des cœurs et épurer celle des corps.

Le principe du rédacteur est erroné, mais il est conséquent, et l'on a dû nier le lien civil et religieux du mariage, qu'on voulait dissoudre par l'autorité civile, au mépris de l'autorité religieuse.

Je crois qu'on peut trouver, dans les principes que je viens d'exposer, une solution satisfaisante à la question célèbre agitée dans l'école, de savoir : si l'essence du mariage consiste dans la foi mutuelle des époux, ou dans le sacrement que l'Eglise confère. Si l'on considère le mariage dans l'état de société purement domestique, tel qu'il a existé nécessairement dans les premiers temps, ou tel qu'il existerait encore et aussi nécessairement entre deux êtres humains de différents sexes, jetés sur une île inhabitée, le mariage consiste dans la foi mutuelle des époux; si on le considère entre les chrétiens vivant dans l'état public de société religieuse, il consiste dans l'union des mœurs, ratifiée, consacrée par le sacrement; et la décision contraire, quoique donnée dans de bonnes intentions, se ressent de l'esprit du siècle, et peut avoir des conséquences dangereuses.

Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas s'élever une question plus simple dans ses principes, mais plus féconde dans ses conséquences que la question du divorce, puisqu'elle remue à elle seule toutes les questions fondamentales de la société sur le pouvoir et sur les devoirs; et je ne crains pas d'affirmer, et j'espère même faire voir que de la dissolubilité du lien conjugal ou de son indissolubilité, dépend en France et partout le sort de la famille, de la religion et de l'État.

On eut, en 1789, préservé la famille de sa destruction, en

476 DU DivoRce.

défendant la conslilulion politique contre la démocratie : il faut aujourd'hui, pour sauver l'État, défendre la constitution domestique contre le divorce; faculté cruelle, qui ôle toute autorité au père, toute dignité à la mère, toute protection à l'enfant, et qui change la société domestique entre la force et la faiblesse, entre le pouvoir et les devoirs; qui constitue la famille eu un bail temporaire, où l'inconstance du cœur humain stipule ses passions et ses intérêts, et qui finit où commencent d'autres intérêts et de nouvelles passions.

Le divorce fut décrété en 1792, et il n'étonna personne, parce qu'il était une conséquenct inévitable, et depuis longtemps prévue, du système de destruction suivi à cette époque avec tant d'ardeur; mais aujourd'hui que l'on veut réédifier, le divorce entre comme un principe dans les fondations de l'édifice social, et il doit faire trembler ceux qui sont destinés à l'habiter.

Je vais plus loin. Le divorce était en harmonie avec la démocratie qui a régné trop longtemps en France sous différents noms et sous divers modes C'étaient, de part et d'autre, le pouvoir domestique et le pouvoir public livrés aux passions des sujets; c'était désordre dans la famille et désordre dans l'État : il y avait entre eux parité et analogie de désordre. Et il V a, si l'on peut le dire, quelque espèce d'ordre là où tout est désordonné de la même manière et dans le même sens. 3Iais le divorce est directement contradictoire à l'esprit et aux principes de la monarchie héréditaire ou indissoluble. Il y a alors ordre dans l'État, et désordre dans la famille, indissolubilité dans l'un, dissolubililé dans l'autre, défaut d'harmonie par conséquent; et il faut, dans cette situation de choses, que la famille finisse par dérégler l'État, ou l'État par régler la famille. Il y a plus. Dans une démocratie, le peuple a le privilège de faire les lois et de les abolir au gré de ses caprices. Mais à cause de la brièveté de ses magistratures, il y a rarement des particuliers assez puissants pour faire fléchir les lois au gré de leurs passions; au lieu que dans la monarchie, où

Page 1