DE LA. SOCIÉTÉ DOMESTIQUE
L'homme, la femme, sont l'un et l'autre; mais ils ne sont pas l'un comme l'autre ou d'une manière égale, et ils diffèrent de sexe.
Celte égalité dans l'être, cette inégalité dans la manière d'être, s'appelle similitude, et constitue des êtres qui sont seniblables, mais non pas égaux, et ne peuvent jamais le devenir.
L'union des sexes est la raison de leur différence ; la production d'un être est la fin de leur union.
Cet être produit est d'un sexe comme l'un ou l'autre de ceux qui lui ont donné l'être; mais ils sont formés, et il est à former; il est jeune, et ils sont vieux. Autre inégalité, autre similitude.
Homme, femme, petit, considérés chacun en soi, et sans aucune relation entre eux, forment chacun un individu, c'està-dire, un tout qu'on ne peut diviser sans le détruire. Leurs manières d'être , de sexe et d'âge, sont absolues, ce qui veut dire qu'elles existent l'une sans l'autre; car pour l'être organisé, jeune n'est pas relatif de vieux; et l'être organisé est, dans un sens absolu, jeune tant qu'il croît, et vieux quand il décroît.
Père, mère, enfiint, qui expriment à la fois l'union des sexes et la production de l'être, ne peuvent être considérés
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que dcpendammcnt lune de l'autre, et relativement Tune à l'aulro. Une femme pourrait exister sans qu'il existât d'homme; mais il n'y a pas de mère s'il n'y a pas un père, ni un enfant sans l'un et sans l'autre. Chacune de ces manières d'être suppose et rappelle les deux autres; c'est-à-dire qu'elles sont relatives. Ainsi considérées, elles s'appellent rapports, en latin ratio: père, mère, enfant, sont des personnes, et leur réunion forme la famille. L'union des sexes, qui est le fondement de tous ces rapports, s'appelle mariage.
Ainsi la similitude des êtres humains a produit des rapports entre eux, comme la similitude des êtres matériels, considérés dans l'étendue, produit des rapports arithmétiques ou géométriques; comme la similarité des êtres matériels, considérés dans leur substance, produit des affinités ou rapports chimiques. Ces points de contact entre les diverses sciences sont précieux à recueillir.
La production de l'homme est la fin du rapport des sexes; sa conservation est la fin du rapport des âges, c'est-à-dire, que l'homme et la femme produisent l'enfant, que le père et la mère le conservent. La production et la conservation de l'homme sont donc la fin de la famille, et la raison de tous les rapports de sexe et d'âge qui la constituent.
La brute naît avec une impulsion, selon les uns; avec une connaissance selon les autres; impulsion ou connaissance qu'on appelle instinct, qui guide invariablement chaque espèce, et infailliblement toutes les espèces dans leur reproduction et leur conservation, pour lesquelles elles ont reçu chacune tout ce qui leur est nécessaire. La brute n'est pas plus libre de ne pas se reproduire que de ne pas se conserver. Le temps, la manière, tout est déterminé pour elle; et ce que nos leçons ajoutent à son instinct, est pour nos besoins et jamais iK)ur les siens, et prouve bien moins son industrie que la nôtre.
L'homme, au contraire, naît ignorant et désarmé; et si la faculté de choisir et de vouloir, qui le distingue, n'est pas