‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 134 sur 202 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

éclairée par l'inslruclion, il n'aura pas de choix; il aura une impulsion et point de volonté, des mouvements et point d'action. Il cédera à quelques besoins involontaires, mais il ne saura ni prévoir aucun danger ni s'en défendre; hors d'état de se conserver et peut être de se reproduire', il sera au-dessous de In brute, ou plul(')t il ne sera rien, parce qu'il ne sera pas ce qu'il doit être, et qu'il n'a pas reçu, comme la brute, un instinct pour suppléera sa volonté.

(( L'homme n'est donc pas, comme le dit M, de Saint-F.nm- » bert, une masse organisée et sensible qui reçoit l'esprit dv » tout ce qui l'environne et de ses besoins; » mais l'homme est une intelligence servie par des organes, qui reçoivent de leur conformation et de l'instruction une disposition à seconder l'intelligence dans l'exercice de sa volonté et la direction de son action ^

Le moyen de cette instruction est la parole; car l'homme en société n'agit pas sans moyen, milieUy médiateur, mots absolument synonymes.

La parole, qui exprime la pensée du père pour former la pensée du Gis, l'enseigner h vouloir, et par consé(|uent à agir, est connue du père, inconnue au fi!s; car même on n'a pu désigner le petit de l'espèce humaine qu'en disant celui qui ne parle pas, infans.

Ainsi, dans la conservation ou instruction de l'homme, comme dans sa reproduction, le père est actif ou fort, l'enfant passif ou faible; la mère, moyen terme entre les deux extrêmes de cette proportion continue, passive pour concevoir, active pour

' Les hommes des deux sexes, hors de toute sociéfé, sans langage, et par conséquent sans raison, se fuiraient, se battraient, et ne s'uniraient pas. Ce qui le prouve, est que la passion de l'amour est plus faible dans l'homme à mesure qu'il est plus voisin de l'élat barbare, et plus forte dans la brute à mesure qu'elle se rapproche de la vie sauvage. Tous les hommes trouvés dans des bois ont montré de l'éloignement pour les femmes, et réciproquement.

- Tantùm abest ut corpus quoquo modo sui juris sit, dit le célèbre Sthal, ul potiùs alterius sit juris, aniinœ inquam, et intdWjen^U ac vo'.endi artiii tninistret.

produire, reçoit pour Irausmellre, apprend pour instruire, e( obéit pour commander.

Celte gradation dans leurs rapports, dans laquelle seule se trouve la solution de la question du divorce, est marqué « d'une manière sensible dans les relations même purement physiques des êtres. L'homme, doué de connaissance, n'est père qu'avec volonté; la femme, même avec connaissance, peut devenir mère malgré sa volonté; l'enfant n'a ni la volonté de naître, ni la connaissance qu'il naît.

Cette coopération nécessaire de la mère à l'action du père pour. l'enfant, ce double rapport qui l'unit à l'un et l'unit à l'autre, et qui fait que, dans son corps comme dans son esprit, la femme participe de la force de l'un et de la faiblesse de l'autre, s'appelle moyen ou ministère.

Ainsi l'on peut dire, « que le père a, ou est le pouvoir d'ac- » complir, par le moyen ou le ministère de la mère, l'action h reproductive et conservatrice, dont l'enfant est le terme ou )) le sujet. »

Qu'on me permette d'éliminer, comme dans l'analjse, l'expression des rapports physiques, père, mère, enfant, qui conviennent à la brute comme à l'homme, et nous aurons l'expression pouvoir, ministre, sujet, relatifs comme père, mère, enfant; expression des rapports moraux qui ne conviennent qu'a l'être intelligent; mais qui conviennent à tous les êtres intelligents, embrassent la généralité, l'immensité de leurs rapports, et ouvrent à la méditation les portes mêmes de l'infini.

Père, mère, enfant, étaient les personnes physiques; leurs rapports étaient physiques, et formaient la famille animale : pouvoir, ministre, sujet, sont les personnes morales ou sociales, ou simplement les personnes '; leurs rapports sont moraux ou

' Personne \\cTd de per se scnat, qui exprime par lui-même une relation sociale. Paul est un mol qui dt-signe un individu, et n'énonce aucune qualité. Pouvoir, minhtre, sujet, sont dasj^ersonnes; c'est-à-dire qu'ils expriment par eux-mêmes, perse sonant, des rapports, et ne désignent point d'individu.

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