DE LA SOCIÉTÉ CHEZ LES ORIENTAUX, LES GRECS ET LES ROMAINS
La pluralité simultanée des femmes était reçue chez les Asiatiques, comme elle l'est encore, car ce peuple enfant n'a jamais pu sortir de l'état imparfait. Mais, ainsi que je l'ai déjà observé, cette forme de mariage porte à l'excès le pouvoir du mari et la dépendance de la femme. Ce despotisme domestique s'accorde donc avec le despotime politique, et le despotisme politique maintient et fortifie le despotisme domestique. C'est ce qu'on a vu dans tous les temps en Orient; c'est ce qu'on y voit encore, et il y a toujours eu des esclaves dans la famille, et des esclaves dans l'Étal. Les enfants, en Egypte, n'osent pas s'asseoir devant leur aïeul, tandis que le peuple tremble devant les beys; et c'est uniquement l'excès du pouvoir domestique, qui, dans ce malheureux pays, ainsi qu'autrefois à Rome, maintient les familles sous quelque forme d'état public de société.
Soil que la faculté mutuelle du divorce ait été la cause du gouvernement populaire, ou qu'elle en ait été l'effet, il est certain que le divorce mutuel, véritable démocratie domestique, qui donne à la partie faible de la société juridiction sur la partie forte, et même le droit de la déposer, pour transporter ailleurs le pouvoir, se retrouve chez les Grecs avec la démocratie publique ou politique, qui attribue au peuple le pouvoir souverain, et la faculté de le déléguer : car le peuple, comme k femme, ne fait divorce d'avec le pouvoir que pour passer à un second engagement; et lorsque Dieu, dans l'Écriture, reproche au peuple juif de vouloir renoncer à son alliance, il ne l'appelle jamais que le peuple adultère.
Ce fut donc dans la démocratie d'Athènes où, pour la première fois, les lois de Solou permirent le divorce à la femme, que peut-être elle se permettait avant la loi. Ce peuple enfant, comme l'appelle Platon dans le Timée, et chez lequel, dit-il, il n'y eut jamais de vieillards, parce qu'il n'avança jamais dans la vie sociale; ce peuple, dans sa vaine sagesse, qu'il chercha toujours hors de la nature, Grœci sapientiam quœrunt, dénatura tout dans la société domestique, politique et religieuse. Il porta dans la famille la loi du divorce mutuel, et celle des amours abominables : Jlihi quidem hœc in Grœcorum gymnasiis nata consuetudo videtur, in quibus isti liberi et concessi sunt amores, dit Cicéron. Il enseigna l'athéisme à l'Univers :
Primum Grains homo mortaks toUere contra Est oculos au sus ;
dit Lucrèce. Il ût passer le pouvoir politique aux mains du peuple, et il abolit l'unilé du pouvoir, à cause des vertus de Codrus : en cela, bien moins raisonnable que les Romains, qui prirent au moins pour prétexte les vices de Tarquin. Enfin, avec ses arts et ses lettres, il perdit tout dans les mœurs et dans les lois, comme le lui reprochait le vieux Calon : Gens ista quoties Hueras suas dabit, omnia perdet.
A mesure que l'on avance dans l'histoire du monde, on retrouve souvent ensemble les mêmes désordres domestiques, politiques et religieux : car tout à la fois se dénature dans l'homme.
Ainsi, dans les démocraties italiennes du moyen âge, les mœurs infâmes des Grecs s'aperçoivent à côté de la turbulence de leurs institutions politiques. Ainsi, la philosophie n'a pu soulever les peuples contre leurs chefs, sans soulever les femmes et les enfants contre les maris et contre les pères, les hommes contre Dieu, et même sans autoriser les désordres les plus monstrueux; et ion peut en voir la preuve dans l'ouvrage posthume de Condorcet : « Alors, dit le projet de Code civil,