‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 155 sur 202 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

» on renverse le pouvoir des pores, parce que les enfants se » prêtent davantage aux nouveautés; l'autorité maritale n'est » pas respectée, parce que c'est par une plus grande liberté » donnée aux femmes, que l'on parvient à introduire de nou- » velles formes et un nouveau ton. »

3Iais les hommes s'écartent de la nature, et ne peuvent la détruire : même chez les Grecs, les termes qui exprimaient le divorce et les formes qu'il fallait suivre pour l'obtenir, conservèrent quelques traces de la supériorité naturelle du mari et de la dépendance naturelle de la femliie, du pouvoir que l'un avait de répudier, et du crime que l'autre commettait en brisant de ses propres mains le nœud conjugal. Le divorce, demandé par le mari, s'appelait renvoi; demandé par la femme, abandon; et la loi qui soumettait la femme, lorsqu'elle provoquait le divorce, à la cérémonie humiliante de présenter elle-même sa requête au magistrat, n'imposait pas à l'époux la même condition. Ce qui prouve l'étroite liaison du divorce mutuel avec la démocratie, est que le divorce ne fut en usage que chez les Athéniens; et qu'à Sparte, où le peuple n'avait point de part au pouvoir, il n'était pas permis aux femmes de quitter leurs époux. Aucune loi, dans le code de Lycurgue, n'autorise le divorce mutuel. Les Grecs, dans les temps héroïques ou monarchiques, ne le connaissaient pas. Gronovius le conclut, avec raison, d'un passage d'Euripide, dans sa Médée '; et la guerre de Troie eût été sans objet, si Hélène eût pu, à la faveur d'un divorce, abandonner son premier époux pour s'attacher à son nouvel amant.

Le pouvoir paternel suivit, chez les Grecs, comme il suit partout, la fortune du pouvoir marital; il fut nul à Athènes, et d'autant plus fort à Sparte, que chaque enfant comptait autant de pères que de vieillards. Ainsi, dans l'une et dans l'autre

' Non enim honesta sunt divortia jnulieribus, neque licet midieri abdicare maritum (Euripid. Medea, v. 230). L'expression abdicare esl romarguable : comme si une femme qui divorce abdiquait réellement le pouvoir sur ellemême, et devenait l'esclave de ses passions.

cité, le pouvoir domestique, qui se compose de Tautorilé maritale et de l'autorité paternelle, fut constitué comme le pouvoir public : constitutions opposées, qui produisirent le plus turbulent, le plus frivole, le plus faible, quelquefois le plus cruel ies peuples de la Grèce, ou le plus grave, le plus sage et le plus fort.

A Rome, la famille commença par la répudiation, comme l'État par le despotisme; car, ainsi que l'observe très-bien M. de Montesquieu, les anciens ne connaissaient pas d'États fondés suï' aucune loi fondamentale. 3Iais après que, par la violence des derniers rois, ou plutôt par l'ambition de quelques sénateurs, l'État fut tombé dans le gouvernement de plusieurs, ou dans l'aristocratie, en attendant qu'il tombât dans le gouvernement de tous, ou dans l'anarchie démagogique, le glaive, attribut essentiel du pouvoir conservateur de la société, passa ou resta dans la famille; et même une loi de Valérius Publicola ota au magistrat le pouvoir de condamner à mort un citoven. Le père eut droit de vie et de mort sur son fils, le mari sur .^a femme, le maître sur l'esclave, quelquefois même, et dans les moments de troubles civils, le citoyen sur le citoyen. Le pouvoir domestique usait même dans la famille du droit affreux doter la vie à l'enfant : car ce n'était pas assez pour ronfanl que le père lui eût donné la vie, il fallait que le pouvoir paternel lui permît d'en jouir. L'enfant naissant était mis aux pieds du despote, qui, eu le levant de terre, lui permettait de vivre (et de là vient notre expression, élever un enfant); et le père condamnait à la mort un enfant innocent, lorsque le magistrat ne punissait que par lexil le sujet coupable.

La pauvreté des premiers Romains, leur vie champêtre, ce terrible pouvoir du père de famille, y maintinrent quelque temps les mœurs privées contre des lois ou mauvaises ou imparfaites. La répudiation y fut même inconnue pendant plusieurs siècles, parce que tous les prétextes de renvoi, et même toutes les causes, sont plus rares chez un peuple simple et agricole, Mais à mesure que la nation s'agrandit et se forma, l'in-

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