‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 159 sur 202 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

humaine avait pu survivre à celle législation épouvantable, seraient aujourd'hui pires que leurs lois; et l'Europe, centre de toute civilisation et de toule politesse, l'Europe, qui a rendu l'univers entier tributaire de ses connaissances ou de sa force, et où est, pour ainsi dire, le dépôt général de toutes les vérités et de toutes les vertus, de tout ce qu'il y a de naturel dans les lois et dans les arls, l'Europe serait, comme le reste du monde, livrée à toutes les erreurs et à tous les désordres. Grâces immortelles lui en soient rendues! Ce n'est pas ainsi que le législateur des chrétiens considère l'homme et la société. Il connaît l homme et ses penchants, parce qu'il connaît son ouvrage et celui de l'homme; et loin de proposer à l'homme des lois faibles, complices de ses passions, ou témoins impuissants de ses désordres, il les lui impose comme un frein, ou les lui oppose comme un digue : Perfecti estote, « so}'ez par- » fails, )) nous dit-il; parole sublime qu'aucun législateur avant lui n'avait fait entendre, qu'aucun législateur après lui n'a répétée, « Sovez parfaits, » non comme Aristide et Galon, de celte perfection païenne qui, à coté des vertus privées qui honorent l'homme, laisse subsister tous les vices qui oppriment Ihumanilé '; mais de la perfection de Dieu même, c'est-à-dire de cette perfection qui consiste à obéir en tout aux lois les plus naturelles, qui, elanl Fenoncé des ra[)ports naturels des êtres, sont l'expression de la volonté générale de leur auteur; car c'est là le sens général ou mélaphvsique de ce passage : (( So^ez parfaits comme voire Père céles(e esl parfait, w Et non-seulement il dit aux hommes qu'il appelle à la vérité, d'être meilleurs que les païens; « car quel mérite auriez- vous )) leur dit-il, à faire ce que font les païens? « Nonne ethnict tt

' Caton assistait aux jeux infâmes de la déesse Flore : sa présence gênait ic peuple. Caton s'en aperçut, et sortit poui lui laisser toute licence. Telle était la Acrtu du magistrat romain le plus \erlueux. Martial en a fait le sujet d'une epigramnie. Ces vertueux Romains assistaie.-it aux combats de gladiateurs, aux sacrifices de sang humain, lorsqu'il y en a eu; souffraient l'exposition des enfants, etc., etc.

hoc faciunt? mais d'être meilleurs que les Juifs eux-mêmes, le moins imparfait de tous les peuples; et il leur déclare que, « si leur justice n'est pas plus abondante que celle des scribes h et des pharisiens, ils n'auront point de part à la société cé- » l^ste qu'il est venu former. » Il leur met sous les yeux la différence d'une loi imparfaite à une loi parfaite, lorsqu'il leur dit : « Il a été dit à vos pères d'aimer ceux qui vous aiment, et » moi je vous dis d'aimer ceux qui vous haïssent. » Il leur présente la distinction des œuvres mauvaises des passions, des œuvres imparfaites de la loi, des œuvres parfaites de l'amour du prochain, dans cette parabole sublime où l'on voit un homme maltraité par des voleurs, négligé par le lévite, secouru pae le samaritain; car il est à remarquer que le lévite représente ici létat imparfait de la loi, dont il était le ministre.

Cette parole puissante tire le monde social du néant de l'erreur et du chaos du crime; l'ordre, ou l'unité du pouvoir, prend, dans la société, la place du désordre de la pluralité. Le monothéisme dans la religion, la monogamie dans la famille, la monarchie même dans4'Etat, chassent peu à peu le polythéisme, la polygamie, la polycratie même ou le popularisme; et, pour nous renfermer dans le sujet que nous traitons, le mariage est ramené par le législateur lui-même à son institution du commencemmt, c'est-à-dire à sa loi naturelle; car lanature est au commencement de tout. La répudiation, et même pour cause d'adultère, est interdite à des hommes qui n'alléguaient pas même de prétexte pour divorcer; et jusque dans la voluptueuse Égvpte, où l'inceste avait été une loi politique et le moven de la succession de ses rois, des milliers d'hommes s'interdisent les plaisirs les plus légitimes, pour s'adonner avec une entière liberté à la contemplation de la vérité.

La loi mosaïque fut donc accomplie dans la loi chrétienne, et la perfection des lois et des mœurs commença pour l'univers. La loi judaïque, avec ses pratiques multipliées, ses observances minutieuses, ses peines et ses récompenses toutes temporelles, convenait à l'enfance de la société, à cet âge où un

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