DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Avant la révolution actuelle, le divorce en France, permis I quelques-uns par leur loi religieuse, était défendu à tous )ar la loi civile; mais la loi civile permettait aux époux la réparation, dont les exemples, inouïs autrefois, devenaient )lus fréquents à mesure que les mœurs devenaient plus faibles, elle condescendance du législateur, ou plutôt des magistrats, jlqui n'était pas restreinte par certaines conditions nécessaires )0ur en prévenir l'abus, avait porté des fruits amers depuis cinquante ans; et les séparations légales, ou seulement de fait, égèrement prononcés par les tribunaux, ou indiscrètement ;olérées par la police, avaient disposé les esprits à recevoir
comme un remède nécessaire la faculté du divorce, tandis que d'autres principes, répandus dans toutes les classes de la so-^ ciété, avaient préparé les citoyens à recevoir sans effroi, et comme des conceptions philosophiques, les institutions populaires. Mais le divorce et la déniocratie, introduits après un si long usage de constitution naturelle de famille et d'État, dans la société la plus éclairée et même la plus forte de l'Europe par une habitude de plusieurs siècles de raison et de nature, y supposaient un prodigieux obscurcissement dans les lumières, une extrême faiblesse dans les âmes, et devaient y produire des effets bien plus funestes que ceux qu'ils avaient produits à une époque plus reculée chez des peuples beaucoup moins constitués. C'est ce qui est arrivé; et sans parler ici des désordres publics dans les lois et dans les mœurs, à une certaine époque de notre révolution, (jui passent tout ce qu'on peut imaginer, le nombre des divorces, dans les trois premiers mois de 1793, fut, à Paris seulement, au tiers des mariages. Le divorce est peut-être aujourd'hui moins fréquent sur un seul point, mais il est plus répandu, et déjà il gagne les campagnes. Il y a été d'abord un objet d'horreur, bientôt il ne sera plus même un sujet d'attention. Il ne faut pas oublier de remarquer que le plus grand nombre des divorces est provoqué par les femmes; ce qui prouve qu'elles sont plus faibles ou plus passionnées, et non pas qu'elles soient plus malheureuses.
C'est surtout dans la révolution opérée en France qu'oni paru, avec tous leurs caractères, l'union intime et la parfaite analogie des deux sociétés, domestique et publique. En effet, l'assemblée constituante posa en principe la souveraineté populaire dans l'Etat, et même dans l'Église, par la constitution démocratico-royale de 1789, et la constitution civile ou presbytérienne du clergé, et par là elle prépara les voies au divorce, qui permet a la femme d'usurper le pouvoir sur son époux; er sorte que l'assemblée législative qui suivit, en décrétant h divorce, n'eut qu'une conséquence à déduire. A peine les rap-