‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 172 sur 202 · CHAPITRE XI. Ô5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. Ô5i

pourlÈlal. En effet, la polygamie laisse les enfants auprès de ceux qui leur ont donné le jour, le divorce les sépare forcément de l'un ou de l'autre. La polygamie, renfermée dans le secret de la famille, se pratique sans trouble et sans scandale; le divorce fait retentir les tribunaux de ses plaintes, et amuse l'oisiveté des cercles de ses révélations indiscrètes. Les Turcs achètent la fille de leur voisin; nous, avec le divorce, nous enlevons la femme de noire ami. En Orient, les femmes sont réservées : « Rien n'égale, dit M. de 3Iontesquieu, la modesti<' » des femmes turques et persanes. » Partout où la faculté du divorce permet à une femme de voir dans tout homme un mari possible, les femmes sont sans pudeur, ou du moins sans délicatesse, parce que la pluralité des hommes, qui est la suite du divorce, est plus contraire à la nature et aux mœurs publiques, que la pluralité des femmes qui permet aux hommes la polygamie d'Orient. « Si on laisse, dit 31"*^ Necker, aux » femmes mariérs (a liberté de faire un nouveau choix, » bientôt leurs regards erreront sur tous les hommes, et » bientôt le seul privilège du parjure les distinguera des ac- » trices, qui ont le droit des préférences et le goût des chan- )j gements. »

Que sont auprès de ces raisons naturelles en faveur de lindissolubilité du lien conjugal, tous les motifs humains qu'on peut alléguer pour justifier la faculté de le dissoudre? Qu'importe, après tout, que quelques individus souffrent dans le cours de celle vie passagère, pourvu que la raison, la nature, la société, ne soient pas en souffrance? Et si l'homme porte quelquefois avec regret une chaîne qu'il ne peut rompre, ne souffre-t-il pas à tous les moments de sa vie, de ses passions (ju'il ne peut dompter, de son inconstance qu'il ne peut fixer; et la vie entière de l'homme de bien est-elle autre chose qu'un combat continuel contre ses penchants? C'est à l'homme à assortir dans le mariage les humeurs et les caractères, et à prévenir les désordres dans la famille, par l'égalité de son humeur et la sagesse de sa conduite. Mais, lorsqu'il s'est décidé dans

son choix contre toutes les lois de la raison, et uniquement par des motifs de caprice ou irintérêt, lorsqu'il a fondé le bonheur de sa vie sur ce qui ne fait que le plaisir de quelques instants, lorsqu'il a empoisonné lui-même les douceurs d'une union raisonnable, par une conduite faible ou injuste; malheureux par sa faute, a-t-il le droit de demander à la société compte de ses erreurs ou de ses torts? Faut-il dissoudre la famille, pour ménager de nouveaux plaisirs à ses passions, ou de nouvelles chances à son inconstance, et corrompre tout un peuple, parce que quelques-uns sont corrompus?

Combien plus sage est la religion chrétienne! Elle interdit aux hommes l'amour des richesses et des plaisirs, cause féconde de mariages mal assortis; elle ordonne aux enfants de suivre les conseils de leurs parents, dans cette action la plus importante de leur vie. Une fois l'union formée, elle commande 1^ support au plus fort, la douceur au plus faible, la vertu à tous. Elle s'interpose ^ans cesse pour prévenir les mécontentements, ou terminer les discussions. 31ais si, malgré ses exhortations, les défauts et les vices changent le lien de toute la vie en un malheur de tous les jours, elle le relâche, mais sans le rompre. Elle sépare les corps, mais sans dissoudre la société; et laissant aux humeurs aigries le temps de s'adoucir, elle ménage aux cœurs l'espoir et la facilité de se réunir; et cette religion, qui défend tout aux passions, et pardonne tout à la fragilité; celte religion, qui ordonne à l'homme coupable d'espérer en la bonté de son créateur, ne veut pas que la femme imprudente ou légère désespère de la tendresse de son époux. La philosophie élève le divorce entre des époux comme un mur impénétrable; la relio-ion place entre eux la séparation comme un voile officieux. La philosophie, qui rejette de la société humaine comme de la religion tous les moyens de grâce ' et de rémission, flétrit sans retour une femme plus faible que coupable, par le sceau

' Les philosophes qui gouvernaient ou inspiraient la révolution en France, en donnani au peuple le droit de condamner, avaient ôté au roi celui de faire jjràce.

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