CHAPITRE XI. OOi
iidividus mêlés aune population nombreuse de catholiques, on distingue pas de différence dans les habitudes. Je citerai à l appui de mon assertion, le major Weiss, sénateur de Berne, ( onnu par son attachement à la révolution française, dont il a \oulu, trop tard, empêcher les progrès dans sa patrie, et qui iMontre dans ses écrits une extrême prévention pour les nations protestantes : « Les deux nations les plus mâles ' de l'Europe, ' dit-il dans ses Principes philosophiques, l'anglaise et la prussienne, sont celles où les faiblesses de l'amour sont traitées )' avec le plus d'indulgence, » Chez les Anglais, le théâtre est iiune indécence révoltante, et M. Hugh Blair, célèbre professeur de belles-lettres d'Edimbourg, remarque que les Français, particulièrement, en sont choqués. Berlin est la ville de l'Europe la plus corrompue. Depuis longtemps, à Genève, la licence des principes l'avait emporté sur le rigorisme des formes, et il y avait plus de désordres que dans toute ville de France du même rang. Les mœurs, en France, étaient bonnes dans les campagnes, et décentes au moins dans les grandes villes. Il y a des départements où, même aujourd'hui, le divorce est inouï, et où le peuple n'en verrait le premier exemple qu'avec horreur. Enlin, là où l'identité de climat, de productions, d'aliments, les mêmes institutions politiques, les mêmes habitudes domestiques, une ignorance égale des arts agréables, permettent d'établir entre les peuples des deux communions un parallèle parfaitement exact, je veux dire en Suisse, l'avantage reste tout entier aux catholiques, et les mœurs étaient aussi pures à Fribourg qu'elles étaient dissolues à Berne. Je m'appuie encore ici de l'autorité de l'écrivain Bernois. « Je ne connais pas, dit- » il, de pays en Europe où le gros du peuple soit moins conti- » nent que dans le canton de Berne; » et il en cite des exem-
' C'est un compliment que M. le major Weiss adresse à deux nations, dont l'une enrichissait la Suisse de ses guinées, et dont l'autre accordait sa protection au canton de Berne. Les nations les plus màlcs sont les nations les plus fortes et les meilleures, et ce n'est, en Europe, ni l'anglaise ni la prussienne.
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pies fort étranges, qui rappellent les usages des Lapons envers leurs botes, ou ceux des insulaires de la mer du Sud.
D'ailleurs, il faut observer que, même à égalité de désordres, la faiblesse des mœurs est plus apparente, là où elle contraste davantage avec la sévérité des lois. L'ivresse, qui n'est pas même remarquée en Angleterre, est un pbénomène en Espagne; et dans tous les pays où le divorce est permis, c'est un bon ménage que celui où les époux ne forment pas ailleurs de nouveaux liens.
a C'est en vain, dit M"'" Necker, qu'on voudrait faire valoir, » en faveur du divorce, la bonne intelligence des époux dans » les pays protestants, et la pureté des mœurs domestiques dans » les premiers siècles de Rome. Cet argument me paraît nul; ); car il prouve seulement que la permission du divorce n'a » aucune influence dangereuse dans les lieux où l'on n'en » profite jamais. » En un mot, attribuer les bonnes mœurs d'un peuple à la faculté du divorce, dont il n'use pas, c'est faire honneur de la bonne santé des babitants d'une contrée, à un médecin du voisinage qui n'y serait jamais appelé.
Au fond, la bonté ou la corruption des mœurs conjugales est moins dans les actions qui en résultent, que dans le sentiment dont elles émanent. Un peuple, livré à l'amour du gain, comme le sont en général les peuples presbytériens, est moins accessible à tout autre sentiment. Là, si l'bomme est bon, il l'est sans vertu, parce qu'il l'est sans effort; et il n'y a pas de grands désordres dans les affections humaines, parce qu'il y a peu d'affection entre les hommes, Magis extra vitia quàm cum virtutibus.
Mais comment, après tout, ose-t-on alléguer, en faveur du divorce, la pratique des nations protestantes, lorsqu'on les voit elles-mêmes fatiguées de la licence qu'il a introduite, chercher dans les mœurs un remède contre la loi; des protestants euxmêmes ' écrire contre le divorce; et le parlement d'Angleterre,
' M"« Necker, et D. Home, 18* Essai.