‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 178 sur 202 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

« Législateurs, car c'est à vous seuls que je m'adresse, ceux dont vous avez recueilli l'héritage ont proclamé la souverai-

îielé du peuple, et c'est en son nom qu'ils lui ont donné des constitutions politiques, et que vous lui donnez vous-mêmes des lois civiles. Mais la nation française vous a-t-ellc donné, a-t-elle pu même vous donner le pouvoir de dénaturer sa constitution domestique, inébranlable fondement de rédifice qu'elle habite depuis tant de siècles? Avez-vous pu croire que les pères de famille, réunis dans les assemblées primaires, aient consenti à abdiquer en vos mains le pouvoir domestique, qu'ils tiennent de la nature même, a6n que leurs femmes reçussent de la loi le pouvoir de s'élever contre eux, de discuter leurs actior. de les traîner devant les tribunaux, d'y faire prononcer leui déposition, pour transporter en d'autres mains l'autorité maritale, ou soustraire leurs enfants à l'autorité paternelle? Non, le peuple français n'a pas oublié à ce point la nature, la raison et sa dignité; et si vous en doutez, voyez avec quelles marques éclatantes d'improbation il rejette au théâtre ' cette loi qui est l'objet des plus sérieuses délibérations des autorités publiques; et vous-mêmes, législateurs, ne la marquez-vous pas, à sa naissance, du sceau de la réprobation, et ne dirait-on pas, aux difficultés dont vous entourez son exécution, que vous ne nous la permettez qu'à condition que nous n'en ferons jamais usage?

» Une partie de la nation, dites-vous, professe une religion qui tolère le divorce^ Mais comptez-vous pour rien la nation entière, qui professe une religion qui le défend? Et si vous ne pensez pas devoir ôter à quelques-uns ce qui n'est pour eux qu'une simple faculté, pourquoi permettez-vous au plus grand nombre ce qu'ils regardent comme un crime?

» Vous accordez le divorce, parce qu'une partie de la na-

' À la représentation de la pièce de V Aimable Vieillard, que les spectateurs lie voulurent pas laisser achever. Encore la proposition du divorce n'y étaitolleque simulée.

- Depuis l'accroissement de la France, et par les derniers recensements, les protestants des deux communions font à peu près le quarantième de la population totale.

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