CHAPITRE XII
voil la société poliliquc, forcée d'employer à son service toule la jeunesse d'une nation, lui rendre le célibat indii^pensable, cl condamner même le plus grand nombre à une mort prématurée, avant d'avoir goûté les douceurs du mariage,
)) 11 est temps de le dire : le divorce est une opinion purement humaine; et certes, lorsque tous les partis convenaient de l'indissolubilité naturelle du lien conjugal, il y avait peu de philosophie à en conclure qu'il pouvait être humainement dissous. C'est cependant cette conclusion que tirèrent les réformateurs du seizième siècle; mais au fond, législateurs, qui êtes venus vous-mêmes réformer une grande nation, leurs droits à réformer étaient-ils meilleurs que les vôtres? Leurs partisans ne leur attribuent aujourd'hui aucune mission divine, et ils n'avaient pas, comme vous, été envoyés par des assemblées électorales : ou si l'on voulait, aujourd'hui comme de leur temps, regarder la propagation rapide de leur doctrine comme un miracle qui prouve la vérité de leur mission, quel avantage n'auriez-vous pas sur eux, même sous ce rapport? Luther, au seizième siècle, entraîna des Allemands et des Suisses, et vous, au dix-neuvième siècle, vous vous êtes fait obéir par des Français '.
» Plus éclairés aujourd'hui par les progrès des temps et des lumières, et plus forts par les moyens dont vous disposez, osez ^ réformer les réformateurs eux-mêmes : tant d'autres l'ont fait depuis qu'ils ont paru. Ne parlez pas au nom de
' Les sectateurs de Liillier regardaient les progrès rapides de sa doctrine comme un miracle qui prouvait sa mission; et certes, il est vrai que les opinions de Luther firent à leur naissance bien plus de bruit que la doctrine même de l'Évangile. Il est des opinions qui font explosion comme un volcan, et qui entraînent tout comme des torrents grossis par l'orage; il est des doctrines qui gagnent peu à peu, et par des progrès insensibles, comms la pâte qui fermente, ou comme la graine qui prend racine avant de s'élever et de devenir un grand arbre.
2 La délibération seule, pour savoir si l'on doit admettre le divorce ou le rejeter, est un coup mortel porté à la religion protestante comme à la religion catholique; car si l'on a pu admettre le divorce contre les principes de Tone, on pouvait le rejeter contre les opinions de l'autre.
l'Église catholique, on ne vous croirait pas; parlez au nom de la nature el de ia raison, et l'on vous écoutera. Que dis-jeî les réformateurs eux-mêmes réformeraient aujourd'hui leurs principes, et ils jugeraient qu'au dix-neuvième siècle, au siècle des richesses et des arts, le divorce doit produire des effets bien plus funestes qu'il n'en a produits au seizième siècle, lorsqu'il n'y avait encore ni grandes villes, ni commerce, ni théâtres, ni promenades publiques, ni statues, ni romans, que les époux ne connaissaient que leurs foyers, et les citoyens d'autres lieux publics que l'hôtel de ville et l'église; et déjà ne voyons-nous pas leurs descendants fatigués du joug intolérable de la licence, s "élever contre la faculté du divorce, et le parlement d'Angleterre délibérer sur son insuffisance? Entendez M""' Necker, tout attachée qu'elle est à la religion calviniste, approuver sur ce point la doctrine de l Église catholique. (( Avant de blâmer, dit-elle, les pères de l'Église, qui » ont élevé le mariage au rang des sacrements, il fallait con- » naître le principe de cette décision. Un peu de réflexion nous )) persuadera que rien Ji était plus conforme à l'indication, aux -» lois et aux droits de la nature : car faire du mariage un » contrat simplement civil, c'est prendre, pour base de cette ); institution, la circonstance la moins importante. Et en effet, ); la fortune, l'État, toutes les convenances du ressort civil, » sont de simples accessoires dans un engagement destiné à l'association des cœurs, des sentiments, des réputations et des vies; et puisque toutes les grandes affectations ont été constamment jointes à des idées religieuses, puisque, dans la société, les serments cimentent tous les engagements que la loi ne peut surveiller, pourquoi excepter le mariage de celte règle générale, le mariage, dont la parfaite pureté ne saurait avoir de juge et de témoin que notre propre conscience? L'exclusion de la polygamie et du divorce, dit M. Hume (dix-huitième Essai , fait suffisamment connaître l'utilité des maximes de l'Europe, par rapports aux mariages. » » Ici même les inconséquences se multiplient : le Code civil