CHAPITRE XII
îomrae une preuve de la nécessité du divorce la fréquence des éparations. Législateurs, connaissez la nature humaine et ses )enchanls : si vons décrétiez aujourd'hui qu'il est permis aux infants de repousser par la force les vivacités de leurs pères, lemain vous seriez entourés de parricides.
» La loi, direz-vous, permet le divorce; mais loin de l'orlonner, elle en gêne la faculté. Mais s'agit-il de rendre le diorce difficile, au de rendre le mariage honorable? Les pasions qui luttent aujourd'hui contre la loi de l'indissolubilité, especteront-elles les barrières dont on entoure le divorce? et l'y en eût-il, comme chez les Romains, qu'un exemple au (out de plusieurs siècles, la législation française en est-elle iioins déshonorée dans son principe, et la nation française noins affaiblie dans ses lois? La loi n'ordonne pas le di-
orce Législateurs, chez un peuple peu avancé dans les
rts, la tolérance du divorce est sans danger, parce qu'elle st sans exemple. A cet âge de la société, l'homme ne voit !ans la femme que la mère de ses enfants et la gouvernante 6 sa maison. Son amour pour elle est de l'estime, et l'amour e la femme pour son époux est du respect. La virginité, la hasteté sont en honneur; et tous ces raffinements de sensibité, qui présentent un sexe à l'autre sous des rapports de missance personnelle et d'affections sentimentales, sont inonnues à leur simplicité. Mais lorsqu'une société en est enue à ce point, que les folles amours de la jeunesse, allient inépuisable des arts, sont devenues, sous mille formes entretien de tous les âges; lorsque l'autorité maritale y est ne dérision, et l'autorité paternelle une tyrannie; lorsque des vres obscènes, partout étalés, vendus ou loués à si vil prix, u'on pourrait croire qu'on les donne, révèlent à l'enfant ce ue la nature n'apprend pas même à l'homme fait, et que )ut l'étalage de l'érudition et toute la perfection de l'art sont mployés à nous transmettre l'histoire des vices de la Grèce ',
' La scandaleuse histoire des courtisanes de la Grèce parut eu même temps
après nous avoir entrelenus si souvent du roman de ses vertus, pour nous corrompre à la fois par les mœurs de ses prostituées, et par les lois de ses sages; lorsque la nudité de rhomme, caractère dislinctif de l'exlrêmc barbarie, s'olîre partout à nos regards dans les lieux publics, et que la femme elle-même, yètue sans être voilée, a trouvé l'art d'insulter à la pudeur, sans choquer les bienséances; lorsqu'il n'y a entre les hommes que des différences physiques, en non des distinctions sociales, et qu'à la place de ces dénominations respectueuses qui faisaient disparaître les sexes sous la dignité des expressions, nous ne sommes tous, le dirai-je? que des mâles et des femelles; lorsque la religion a perdu toutes ses terreurs, et que des époux philosophes ne voient dans leurs infidélités réciproques qu'un secret à se taire mutuellement, ou peut-être une confidence à se faire : tolérer le divorce, c'est commander la prostitution et légaliser l'adultère; c'est conspirer avec les passions de l'homme contre sa raison, et avec l'homme lui-même contre la société. Après cela, fondez des rosières pour récompenser la vertu des filles; faites des idylles pour chanter la félicité des époux; accordez des primes à ia fécondité, et mettez des impôts sur le célibat, et vous verrez, avec tous ces moyens philosophiques, les désordres de la volupté croître avec le dégoût du mariage, et nos mœurs devenir, s'il est possible, aussi faibles que vos lois. Le territoire de la France s'est accru; mais sa dignité, le premier moyen de sa puissance, fondée sur la décence de ses mœurs et la sévérité de ses lois, s'est éclipsée. Les étrangers n'ont pu entamer ses frontières, et ses propres enfants y ont ruiné la famille, la religion et l'Etat, avec la licence du divorce, du philosophisme et de la démagogie. L'homme moral a disparu; et tel que ces eaux qui se perdent dans le sable, inutiles à la culture quand elles ne sont retenues par aucune digue, son
que la première édition de cet ouvrage. Heureusement ia sottise en diminue le danger.